dimanche 5 mai 2019

Echappées belles sur l'Ariège 5 mai 2019 sur FR3.


L'Ariège reste aujourd'hui un département méconnu en France. Ce territoire, niché entre l'Espagne et la Haute-Garonne, cultive les paradoxes. Plus vaste que la Côte d'Azur mais moins peuplé que le Lot, il abrite également la deuxième plus petite préfecture de France : Foix. L'Ariège, il faut l'aimer pour y rester. Au cours de son voyage, Jérôme Pitorin fait la connaissance de celles et ceux qui rendent l'Ariège si attachante.




samedi 4 mai 2019

Photographies stéréoscopiques de l'Ariège au XIX siècle.





Je suis nostalgique d'une époque que je n'ai pas connue et que je peux vivre à travers ces vieilles photographies, ces vieilles photographies qui sont les fragments d'un temps qui ne reviendra plus jamais.





samedi 27 avril 2019

Mon Dieu que j'en suis à mon aise.



Mon Dieu que j'en suis à mon aise est une très vieille chanson. La musique d'origine n'était pas celle-là. Par contre quand j'ai regardé ce texte qui doit avoir dans les 300 ans. 
Quand j'ai vu dans un couplet «alors j'ai versé tant de larmes que trois moulins en ont tourné, petits ruisseaux grandes rivières pendant trois jours ont débordé.»... 
Si cette chanson a du succès, c'est que tellement de gens se reconnaissent dedans. Et surtout ce qui est curieux, c'est que pour tellement de jeunes elle devienne l'hymne de nombreuses équipes de rugby. C'est une chanson triste mais c'est de la bonne tristesse. Ailleurs, ils appellent cela le blues.



Je crois que dans le monde où on se trouve actuellement et surtout en France où on a tendance à nier l'identité, on n'échappe pas à ce qu'on est. Et surtout ce n'est pas souhaitable. À un moment donné, il faut se trouver une identité et quelque chose qui vous dépasse. Une terre, une culture. Dans le plus petit des villages de montagne, on peut arriver à penser le monde aussi. On a le droit aussi d'avoir son coin, son histoire de tout ce qui fait qu'il y a un caillou qui était derrière et qu'on essaie de le transmettre à ceux qui sont devant.

«On est du pays de ceux qui nous ont aimés»...

Joan de Nadau.

La piemontaise, la chanson d’origine (1704) est un souvenir des campagnes d'Italie, à travers un thème que l'on retrouve fréquemment dans les chansons de soldat : le départ toujours triste et la fiancée éplorée, inquiète de ce qui attend son amoureux. Ici, ce n'est pas la mort qui est redoutée, mais la terrible concurrence des belles italiennes. Elles devaient avoir une jolie réputation à l'époque! La campagne d'Italie dont il est question ici est celle de 1705, pendant les guerres de succession d'Espagne. Commandé par le duc de Vendôme, arrière petit fils de Henri IV, les français sont vainqueurs à Luzzara et Cassano, le Piémont est conquis, mais c'est l'échec devant Turin. Le Piémont dut finalement être évacué.


Paroles de « Mon Dieu que j'en suis à mon aise ».


Ah Dieu que je suis à mon aise 
Quand j'ai ma mie auprès de moi, auprès de moi
Tout doucement, je la regarde 
Et je lui dis « Embrasse moi » 
Tout doucement, je la regarde 
Et je lui dis « Embrasse moi »
Ah Dieu que je suis à mon aise 
Quand j'ai ma mie auprès de moi, auprès de moi 
Tout doucement, je la regarde 
Et je lui dis « Embrasse moi » (Bis)

Comment veux tu que je t'embrasse 
Quand on me dit du mal de toi , du mal de toi 
On dit que tu parts pour la guerre 
Dans le Pièmont servir le Roi (bis)

Ceux qui t'ont dit cela ma belle 
Ils t'ont bien dit la vérité, la vérité 
Mon cheval est à l'écurie 
Sellé, bridé prêt  à partir (bis)

Quand tu seras dans ces montagnes 
Tu ne penseras plus à moi, non plus à moi 
Tu penseras aux Piémontaises 
Qui sont cent fois plus belles que moi (bis)

Si fait, si fait, cela ma belle 
Je penserais toujours à toi, toujours à toi 
Je ferais faire une belle image 
Tout à la ressemblance de toi (bis)

Quand je serais à table à boire 
A tous mes camarades je dirai, oui je dirais 
Chers camarades venez voir 
Celle que mon coeur a tant aimé... (bis)

Je l'ai z'aimée, je l'aime encore 
Je l'aimerai tant que j'vivrai 
Je l'aimerai quand je serai mort 

Si c'est donné aux trépassés (bis)


jeudi 25 avril 2019

Retour à Tarascon, le Pays de mes aïeux.



Je suis et je serai toujours un Parisien de Toulouse, comme je connais ici des Toulousains de Paris. La goutte d’eau que le pèlerin emporte dans sa gourde se réclame de la source originelle et garde la saveur du ruisseau natal.



Je pouvais avoir une dizaine d’années quand, accompagnant, une tante souffrante aux bains d'Ussat, durant mes premières vacances, je vis le pays de mes aïeux. 

Les chevaux s’arrêtaient un instant, pour souffler à Tarascon. J’en profitai pour descendre; j’allai droit, sans qu’on m’eût montré aucun chemin, à la maison où était né mon père, où les siens avaient vécu, et je me mis à pleurer. On eut grand peine à me faire reprendre-ma route. Une douleur d’enfant était née en moi qui avait été subite, sans cause apparente, et dont j’avais grand-peine à me consoler. Comme trois kilomètres à peine séparent Ussat de Tarascon, tous les jours suivants j'y revins et longtemps je demeurai à la même place, regardant l'Ariège couler sous les fenêtres de la même maison. Je causais avec les gens. En ce temps-là, beaucoup vivaient qui avaient été les camarades d’enfance et de polissonnerie de mon père. Et les petits gamins que je voyais passer, jouant par l’unique rue, se faisant des niches et agaçant les chiens, j'avais envie de les embrasser parce qu'ils ressemblaient à ce qu'avait été mon père. Les vieux avaient connu mon grand-père, ma réelle excuse; paraît-il, devant ceux qui me reprochent la gauloiserie outrée de mes propos et de mes imaginations. Ils me montraient le pont, le court pont de pierre, bâti en 1820, où ce philosophe tenait ses assises communales et joyeuses devant tous les badauds de l’endroit rassemblés, c'est-à-dire devant le bourg tout entier. Dès le matin, il venait, s’asseoir sur le large parapet, une longue pipe à la bouche, et jusqu’à la nuit tombante, à custodiâ matutinæ usque ad noctem, comme dit l’Ecriture, l'heure des repas exceptées, il y demeurait, une jambe croisée sur l’autre, à raconter des balivernes et des indécences, d’épouvantables mensonges et d’interminables histoires de cocus devant un public béant d’aise. Il a laissé la réputation d'un saint dans le pays. Certes il avait, sur moi, l’avantage moral de faire gratuitement le même métier. Il ne m'eut donné pas moins une atavique raison d’être ce que je suis. 

Mon Tarascon, à moi, n’a pas eu de Tartarin, mais une façon d’Homère jovial dont l’Iliade parlée amusa les gens durant cinquante ans. Jamais, si ce n’était pour aller mentir sur le pont, il n'avait quitté la maison dont la vue m'avait, d’instinct, si vivement attendri et d’où ses parents, à lui non plus, n'étaient jamais sortis, même pour aller à Toulouse.

Ah ! mon cher Paul Arène, un de ces contes récents qui m'ont si fort touché, toi que j'aimerais, en dehors de notre vieille camaraderie, rien que pour avoir trouvé mon Tarascon «aussi beau» que ton Sisteron, ce qui est pour toi le dernier mot de l'admiration ou de la concession, tu te montrais assis dans le vieux fauteuil paternel, caressé par le vieux chat qui te prenait maintenant pour ton père, depuis que ta courte barbe s'est floconné d'argent. Tu es un heureux, ami, toi dont les tiens n’ont pas quitté la  demeure des ancètres et qui t'y retrouves chez toi.

Moi, quand je vais à Tarascon, — toutes les fois que je viens à Toulouse, 
il y a deux jours encore, je n'ose pas demander à ceux qui l’habitent aujourd’hui, aux étrangers qui l'ont fait leur, la permission d'entrer dans la maison.

Comme un voleur, je cueille une fleur à la muraille et m'en vais en la baisant. Le pied du grand rosier qui court sur les pierres est si vieux ! Mon père, sans doute, et mon grand-père aussi, y ont autrefois cueilli des roses, le vieux, qui était très galant, ou les offrir sournoisement aux jolies filles du pays.

Car elles sont jolies, mes sœurs incertaines de là-bas, et elles me regardent avec des yeux étonnés, de beaux yeux noirs qui éclairent leur face latine. Elles ne me donnent pas cependant la pensée d'amour. Elles me restent sacrées par je ne sais quelles mystérieuses raisons.

Comme les mœurs étaient sages de ceux des miens qui y ont fait souche et que je la trouve belle, la pauvre maison de là-bas, qui m'a gardé tout entier, comme l'invisible berceau où j'ai grandi, me croyant dans un autre, et dont chaque pierre m'est la relique d’un souvenir que je ne saurais formuler! Comme  je la trouve belle et comme je l'aime!

Bien que, le long du fleuve au quai profond pendue, 
Elle n y mire pas son toit clair et Joyeux 
Et ses murs droits encore, la maison des aïeux, 
Que d'ombres, au couchant, baigne la roche ardue!
Sous l’écume qui court aux replis de ses eaux, 
Neigeuse et blanche ainsi que la barbe d’un mage, 
L'Ariège au flot d'argent ne redit nulle image 
Et ne reflète pas ses rives sans roseaux.

Le ciel n’y descend pas tendre son lit de rêve 
Où la langueur des nuits verse l'or de ses pleurs.
Comme au cœur d’une gemme aux changeantes couleurs,
S'enfonce le regard jusqu'à son fond sans grève.
Dans mon cœur seulement, flot par les temps calmé, 
Et qu'un souffle du soir refoule vers sa source, 
Dont ma mémoire, seule, encore guide la course,
Se mirent les vieux murs et le toit bien-aimé,
Se reflète ton ombre, ô maison paternelle !
Dans un scintillement de larmes où je vois
Aux fenêtres en fleurs, les hôtes d'autrefois,
Sur la brique un ramier tout blanc couvrant son aile,

O mensonge clément qui ne devrait finir !
O trop rapide adieu des visions aimées !..
Les fenêtres se sont lentement refermées.
L'oiseau s'envole au ciel, portant mon souvenir !

Armand Silvestre.

Tarascon. 13 juin 1894.




lundi 22 avril 2019

Un conte patois, le Fauré e le Ritou, ou la multiplication des pains et des poissons.




CONTE PATOIS
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Le Fauré e le Ritou.
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AVANT - PROPOS

Le conte n’est souvent qu’une anecdote à l'allure humoristique, se terminant par un trait piquant. La verve populaire se donne libre cours dans ces petites compositions où elle trouve l'occasion de s'égayer aux dépens d’autrui.
L'éloquence de certains curés de campagne a fourni maintes fois à de malins plaisants la matière de récits facétieux.
Le conte que nous publions met en scène un curé et un forgeron de village, qui ayant fait son tour de France, est considéré par ses compatriotes comme un homme de savoir et d’expérience.
Un dimanche, le curé monta en chaire, et essaya d'établir par des exemples quelle était la puissance de Dieu. Entre autres preuves, il cita le miracle de la multiplication des pains et des poissons. La langue lui tourna dans la bouche en faisant son énumération. L'occasion était belle pour un raisonneur comme le forgeron ; il se hâta d'en profiter et de faire des plaisanteries au détriment du pauvre curé. Celui-ci ne voulut pas se tenir pour battu et tenta de prendre sa revanche devant les fidèles assemblés; mais il avait à faire à forte partie. Son adversaire, prompt à la riposte sut, encore une fois, mettre les rieurs de son côté.
Le conte est amusant; et, le patois, quoique se ressentant de l'influence du français, a conservé bon nombre d'expressions pittoresques, qui donnent au récit une saveur particulière.

Cette petite histoire d’un curé maladroit et d’un paroissien facétieux je la connais depuis bien longtemps, je ne me serai jamais douté qu’elle était déjà connu au dix huitième siècle et de plus en Ariège. 
Elle conte le sermon d’un curé qui interverti les quantités « Jésus avec cinq mille pains et cinq mille poissons nourrit cinq personnes ! ». Un paroissien assis au premier rang pouffe de rire en disant qu’il est capable de faire de même.
La semaine suivante le pauvre curé fait le même sermon, sans se tromper cette fois et apostrophant le paroissien lui dit : « en faites vous autant cette fois ci ? », et celui ci sans se démonter lui répondit : « avec tout ce qu’il me reste de la semaine dernière, pas de problème ! ».



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Le Fauré e le Ritou

Un dimenge de Caresmé, un ritou préchec à sious paroissiens:
Mous calis fraires,
L'Ebangéli de bey probo le poudé de Diu. Quand le siu filh benguec sus laUn dimenge de Caresmé, un ritou préchec à sious paroissiens :
Mous calis fraires,
L'Ebangéli de bey probo le poudé de Diu. Quand le siu .filh benguec sus la terro per croumpa nostris pécats, arribec qu'un joun, que s’en anabo sus uno mountagno ambé les sius apostouls, fasquec en cami forço miracles en garin les malaus, e que per mou (4) d’aco, un floc de gens le sigudégen. Arribat al cap de la mountagno s’assiétec sus l’herbo, e, en se biran, fous quec estounat de beire que tant de mounde le sigudabo.
« Et aro ça diguec à l’apostoul Plulippo, chin (2) anan fé per douna à manja an aquellos gens ?
« N'at (3) sabis ges, Seignou, ça y respoundec Philippo.
« Cependant se boutec à cerca tout ço que se poudio manja e troubec cinq millo pas e cinq millo arencs que suflisquèguen e al dela per nouri cinq persounos. »
« Biétaze ! ça diguec le fauré de! bilatje, un home qu'abio feyt soun tour de Franço, e que sens essé un maychant crestia, risio qualqué cop des ritous e se détnourabo praco costo l’ayguoségnal, (4) biétaze, ça diguec, nou se gamo (5) ges Nostre Seigne de nouri cinq persounos ambé cinq millo pas e cinq millo arencs: y en débec démoura per tant de fam que toulis agesson. »
Aquo fasquec rire les bézis del fauré que se couitèguen, en sourtin de la messo, d'a racounta al ritou.
« La lenguo se m’es birado, ça diguec le brabe homé. Le fauré, qu’es toutjount le mesmo, s’en es serbit per fe l’esprit fort. Mes dimenge y clabeillarè les pots e beiren que rira le darè. »
So que fousquec dit fousquec feyt. Le dimenche d’aprex, le ritou tourno mounta en cadiero, e en gaitau del coustat del ayguoségnal ount éro le fauré :
« Mous calis fraires, ça diguec, dimenge daré, la lenguo se me trabec, quand bous apprenguengui qu’ambé cinq millo pas e cinq millo arencs, Jésus-Christ nourisquec cinq persounos. Es le countrari qu’es la bertat ; et aco es ambé cinq pas e cinq arencs que cinq mille gens dèjunéguen e fousquèguen rassatiats à un tal punt que se pousquéguen pos acaba toutis les taillous e qu’en démourec un floc de descados. » (6)
« Eh bè, fauré, tu que fas le sapient, auros pouscut ne fè autant ! »
Nou pas de bey, moussu le ritou, ça respoundec le fauré, mes dimenge daré ja m'en siro pla cargat.


(1) Per nou d'aco, à cause de cela.
(2) Chin anan, contraction, pour coussi n'anan.
(3) At est un pronom qui signifie, le, cela.
(4) Ayguoségnal, bénitier.
(5) Gamo, se gêne.
(6) Descado, le contenu d’une corbeille.

Bulletin de la Société Ariègeoise.

Octobre 1882

vendredi 22 février 2019

Le Pots de Paysa à Salsein ( le diable métamorphosé en cheval ).



Non loin de Castillon-en-Couseran au lieu dit «Le Pots de Paysa» sur la commune de Salsein, existe l’entrée de la grotte de Paysa. Passé l’entrée de la grotte une galerie plongeante aboutit à plusieurs salles aux  parois tapissées d'excroissances calcaires. 
De ce trou  béant, l'imagination populaire en a fait une porte de l'enfer devant laquelle on passe en courant. 

Le Diable,  sous des apparences diverses, guette les humains à la lisière des bois pour les entraîner dans ces sombres domaines. 

Du récit qui va suivre vous ne trouverez pas trace dans les archives communales de Salsein, celles-ci ayant malheureusement brulés dans la nuit du 4 octobre 1889. Mais la personne qui m'a rapporté ces faits est tout à fait digne de foi.

Une jeune fille  aperçut, un jour sur la Coume d’Estrète, un superbe cheval noir qui était en train de brouter. Elle monta sur la bête, dans l'intention de faire une promenade, mais le cheval tourna bride et au galop, s'engouffra  dans la grotte. Plus jamais on ne vit l’imprudente jeune fille. 


Peu après, sa mère désolée, puisant de l'eau à la fontaine du village, reconnut au fond de sa cruche l'alliance de sa fille qui brillait.

Sur le chemin du Col de l'Arraing.


dimanche 10 février 2019

Idée de menu pour la Saint Valentin. Cuisine traditionnelle de l'Ariège.



Voici un menu de la Saint Valentin comme vous auriez pu le préparer autrefois. Tous les plats de ce menu ont réellement existé et appartiennent à la cuisine traditionnelle Ariègeoise. Il suffit de les réaliser de nouveau pour qu'ils retrouvent leur place sur nos tables.

Bon appétit et belle Saint-Valentin.









Les recettes du Menu de la Saint Valentin.























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mardi 5 février 2019

Le 5 février, si l'hiver n'est pas au fond du sac de Sainte Agathe, il est au sommet !



LES COUTUMES RELATIVES A SAINTE AGATHE.

Dans la Haute-Garonne et les départements voisins, l'Ariège et l'Aude, notamment, la fête de sainte Agathe est caractérisée par un certain nombre de coutumes qui sont pour la plupart tombées en désuétude, mais dont le souvenir s'est conservé dans les traditions populaires.
L'interdiction de filer, et surtout celle de laver la lessive ce jour là, l'influence attribuée à sainte Agathe sur la formation des orages sont les traits principaux de ces croyances.
Nous allons examiner successivement ces trois éléments folkloriques qui donnent à sainte Agathe une physionomie si particulière.
Nous ne citerons qu'un petit nombre de localités ; ce sont celles où les circonstances nous ont permis d'obtenir des informations ; mais sans nul doute, une enquête méthodique permettrait d'en allonger considérablement la liste.

Interdiction de filer. 

— Cette coutume se rencontre à Erp (Ariège) et à Saint-Félix-de-Caraman (Haute-Garonne). Dans cette dernière localité on raconte à ce sujet l'histoire suivante.

Une femme était restée occupée à filer la nuit de sainte Agathe jusqu'à neuf heure du soir. Quelqu'un frappa à sa porte. On ouvrit. Une femme inconnue entra et dit : « Tout aussi bien, je filerais. » La visiteuse reçut de l'étoupe et se mit à l'ouvrage. Mais elle filait avec une rapidité prodigieuse ; elle abattait quatre fois plus de besogne que la femme de la maison. Celle-ci effrayée va trouver la voisine, qui lui conseille de dire en rentrant : « Le feu est au cimetière ! ». La femme suit le conseil. L'inconnue se lève aussitôt et sort en « s'écriant : « A ma petite maison ! » (Al miu oustalou !). La visiteuse revient ensuite et dit à la femme qu'elle l'a échappé belle, car sans cela, elle lui aurait filé son suaire. C'était sainte Agathe.

Interdiction de laver. 

— On trouve cette croyance à Erp, Gabre, Bedeilhac (Ariège) ; à Saint-Félix-de-Camaran (Haute-Garonne) ; à Villemagne (Aude), et probablement dans beaucoup d'autres endroits.

On raconte à ce sujet une histoire analogue à celle qui vient à l'appui de l'interdiction de filer. C'est à Villemagne (Aude), que nous avons trouvé la variante la plus caractéristique.

Une femme dit à sa voisine qu'elle veut faire la lessive. La voisine qui fait observer que c'est le jour de sainte Agathe et que, ce jour-là, on ne doit pas laver. La femme répond irrévérencieusement : « Sainte Chatte fera des petits chats et la lessive se fera. » (Santo Gato gatara e la ruscado se fard). — Il y a ici un jeu de mots intraduisible en français et reposant sur le fait qu'en languedocien « Gato » veut dire également « Agathe » par aphérèse, et « chatte ». — La femme, fait donc sa lessive. Une sorte de chat se met au coin du feu et crie: « Vide ! vide ! vide ! » chaque fois qu'elle va vider le chaudron. La femme, effrayée, va raconter ce qui se passe à sa voisine. Celle-ci lui conseille de se mettre à la fenêtre quand elle aura à vider le dernier chaudron et de crier : « Le feu au cimetière ! » (Foc al cementeri !). La femme suivit le conseil. Aussitôt l'apparition s'écria : «A ma petite maison ! A ma petite maison ! » (Al miu oustalou ! Al miu oustalou !) et partit aussitôt. La femme vida le chaudron et alla se coucher. Quand elle fut dans son lit, l'apparition revint et lui dit : « Ah ! tu es bien heureuse ! Autrement il te fallait y aller, dans le cuvier, avec le chaudron dessus ! » C'était la sainte qui avait quitté sa tombe sous la forme d'un chat, pour punir la femme qui n'avait pas respecté le jour de sa fête.



A Bedeilhac (Ariège), sainte Agathe se montre moins sévère. Une femme avait voulu laver le jour de sa fête. Ses voisines l'en avaient dissuadée et, comme la laveuse de Villemagne (Aude), elle leur avait répondu que pendant qu'Agathe ferait des petits chats, elle ferait sa lessive. Elle lave son linge et le met dans le cuvier. Elle voit alors entrer une belle dame, qui s'assied sans mot dire au coin du feu, pendant qu'elle faisait chauffer l'eau dans le chaudron. Epouvantée, la femme va trouver une voisine, qui lui conseille de renverser le cuvier. Elle suit le conseil. La visiteuse lui dit alors : « Elle t'a bien conseillée, celle qui t'a indiqué de faire ce que tu viens de faire ! ». La belle dame était une incantado envoyée par sainte Agathe ; elle lui aurait brûlé la lessive pour la punir. (Les Incantados sont des fées habitant les cavernes. La légende les représente comme faisant des lessives nocturnes en se servant d'un battoir en or).

Dans une autre légende ariégeoise publiée sans indication d'origine, mais qui semble provenir de la région de Tarascon-sur-Ariège, comme la précédente, la sainte apparaît sous la forme d'un chat qui aurait fait brûler la lessiveuse dans le dernier chaudron si elle n'avait pas crié : « Feu à la maison ! Feu à la petite église ! » (Foc à l'ouslal ! Foc à la gleizeio !).

Sainte Agathe et les orages. 

— Le jour de sainte Agathe, on observe d'où vient le mauvais temps ; les orages suivront la même voie dans l'année. (Erp, laBastide-de-Sérou (Ariège) ; Villemagne (Aude), etc.).

Dans la région de Montgiscard (Haute-Garonne), on se livre à la pratique divinatoire suivante : la nuit qui précède la fête de sainte Agathe, on place cinq grains de gros sel sur une table : un au milieu et un à chaque coin. Le lendemain, on regarde quel est le plus humide : si c'est celui du milieu, les orages traverseront la localité dans le courant de l'année ; si c'est un des autres, les orages passeront de son côté. Certains se contentent de quatre grains de sel.

Pour écarter le mauvais temps pendant l'année, on sonne les cloches toutes les deux heures pendant la nuit du 5 au 6 février à Ayguesvives (Haute-Garonne). La coutume de sonner les cloches pendant le nuit lors de la fête de sainte Agathe se retrouve dans diverses paroisses de la région toulousaine, à Rebigue (Haute-Garonne), notamment.

Orage sur Soulcem.

Enfin, il y a lieu de citer une dernière coutume. A la Bastidede-Sérou (Ariège), les bouviers mangeaient des crêpes le jour de sainte Agathe.

D'où vient cet ensemble de croyances et de coutumes que nous venons de passer en revue ? La conclusion qui se présente tout naturellement à l'esprit est que sainte Agathe a hérité des attributions d'une divinité du paganisme.

Pour ce qui est de nos régions méridionales nous nous rangerons à l'avis de notre collègue M. Fernand Benoît. La vieille coutume artésienne qu'il signale et d'après laquelle le jour de Sainte-Agathe les enfants demandaient à une vieille femme qui personnifiait la sainte, d'emporter le froid dans son sac, montre sans aucun doute que sainte Agathe a représenté la mauvaise saison finissante.
Les constatations faites en Provence éclairent la question pour le Languedoc et le comté de Foix. Des coutumes analogues ont dû exister dans ces régions car on y trouve, dans l'Ariège notamment, divers proverbes faisant allusion à un sac dans lequel l'hiver est enfermé.
Ainsi, quand l'hiver se fait attendre, pour dire qu'il finira par arriver, on citera le proverbe suivant :
« L'hiver est dans un sac et les rats ne l'ont pas mangé ! »

Autre proverbe exprimant la même idée :

« L'hiber es dins un sac — Se n'es pous al founze es al cap. »  (L'hiver est dans un sac — S'il n'est pas au fond, il est au sommet).

La légende de sainte Agathe explique très bien, ainsi que le dît à juste raison M. Fernand Benoît, comment la Sainte s'est vu  attribuer un pouvoir particulier sur le mauvais temps et comment elle a succédé, dans les croyances populaires, à la divinité malfaisante personnifiant la mauvaise saison. L'homonymie qui existe dans certaines régions de langue d'oc entre le nom d' « Agathe » et celui de « chatte » a dû contribuer à lui faire revêtir le caractère d'une fée malfaisante. Chacun sait, en effet, quels rapports étroits unissent les chats et les sorciers dans les croyances populaires.

L'interdiction de filer à la date de sainte Agathe, qui inaugure une nouvelle période de l'année est à rapprocher de la même interdiction appliquée au premier jour de l'an. P. Saintyves explique cette défense par le fait que la rotation du fuseau était considérée, en vertu d'un principe de magie imitative, comme pouvant entraver le cours de la nouvelle année. Il pourrait cependant y avoir une raison de plus en ce qui concerne sainte Agathe. En effet, parmi les faits que cite P. Saintyves, est une croyance des Alpes vaudoises d'après laquelle il ne faut pas filer la veille de Noël si l'on ne veut pas que le vent enlève le toit de la maison. On peut se demander, par conséquent, si l'interdiction de filer ne tiendrait pas, dans une certaine mesure, à la crainte de provoquer un tourbillon de vent le jour où se décide la marche des orages, en imitant avec le fuseau le mouvement de rotation du vent.
L'interdiction de laver se rencontre pour d'autres dates de l'année: le Jeudi Saint, les Rogations, dans l'Ariège ; mais pour ce qui est du jour de sainte Agathe, cette coutume semble être en rapport avec la magie imitative, comme la défense de filer. On sait que les tempestaires étaient accusés de provoquer des orages en agitant l'eau des fontaines, cette pratique étant probablement une survivance de rites de faiseurs de pluies dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Or, le geste de la laveuse frappant l'eau avec son battoir a quelques rapports avec le rite des tempestaires, bien que le but poursuivi soit tout différent. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que la défense de laver le jour de sainte Agathe soit due à cette analogie.


Nous aurions ainsi dans l'interdiction de filer et dans celle de laver en ce jour fatidique où est censée se fixer la marche des orages pour tout le cours de l'année, des précautions d'ordre négatif prises pour les écarter, les sonneries de cloches qui les accompagnent constituant dans les croyances populaires un procédé positif de préservation.
Il se peut, du reste, que la question soit complexe et que des traditions relatives aux fées lavandières soient venues se combiner à des croyances sur la vieille année. Diverses légendes pyrénéennes nous représentent ces fées, dont les noms varient suivant les régions, comme ayant un pouvoir sur les temps. La légende recueillie à Bedeilhac, que nous avons citée plus haut, fait intervenir une de ces fées à la place de sainte Agathe, ce qui vient à l'appui de notre hypothèse.
Nous croyons que le problème qui se pose au sujet du rôle joué par sainte Agathe dans la région toulousaine ne comporte pas une solution simple. Nous avons vu comment la similitude de son nom avec celui de la chatte a évoqué des idées de sabbat, de sorcières, et contribué à accentuer le caractère sinistre attribué à la vieille année qu'elle a personnifié. Nous venons de voir qu'elle a été plus ou moins apparentée à des fées lavandières en certains endroits. L'aspect sous lequel la sainte nous apparaît aujourd'hui semble être ainsi le produit d'un mélange entre divers courants mythologiques ou folkloriques qui se sont pénétrés mutuellement et qui se sont greffés sur la tradition chrétienne. Un des côtés les plus curieux de cette évolution est le caractère semi-humain, semi-animal donné à sainte Agathe et qui rappelle à l'esprit la mentalité des peuples primitifs tout imprégnée d'idées totémiques.

Revue de folklore français 
1937-01

samedi 26 janvier 2019

Albert, le sage de Saurat.


C’est un pays où la neige pose son empreinte six mois par an, où l’été flamboyant signifie fenaisons et non baignades, où les pulsations du monde n’arrivent qu’à pas feutrés.
Cette terre, close et préservée, a marqué au fer rouge tous ceux qui se sont laissés bercer entre les flancs de ses montagnes. Elle a façonné des êtres tout d’une pièce, indomptables, irréductibles, pétris d’orgueil et de fierté, mais si humains, si proches de la nature impérieuse que leur sensibilité s’en trouve exacerbée.

Ces hommes et ces femmes, au soir de leur vie, catalysent l’essence même de ce pays de montagnes, pays où la beauté fait partie du quotidien, pays dur où nos ancêtres ont plus connu la misère que le pain quotidien.
Ces hommes et ces femmes sont les derniers témoins d’un monde qui s’achève, les derniers maillons d’une race aux valeurs non encore “ abâtardies ”.

Que leurs voix s’élèvent enfin, pour dire et témoigner avant que le silence efface leur cheminement.

Albert est un sage. Dans son regard profond se lit cette sérénité bien particulière, apanage des gens simples et solitaires qui puisent en eux-mêmes et dans la nature mille raisons d’être heureux.
Ce visage de paysan, tanné par le soleil, ridé par le temps est empreint de douceur et de quiétude mais aussi d’une force étonnante, celle de ces êtres d’une pièce, droits et purs qui ignorent les chemins de traverse, les faux-semblants, les égarements de l’envie et des bas-fonds de l’ambition.



Albert , est un humble parmi les humbles et il rayonne.

Albert n’a jamais quitté son hameau, là-haut, perché sur la montagne au-dessus de Saurat. “ Stable ”, c’est une pincée d’ardoises sur un faux-plat boisé, un nid de pierres grises où le temps a coule sans trop faire de dégâts. Ici la terre est souveraine. Tant de générations se sont succédées, lui faisant allégeance, que même le silence porte en lui ce foisonnement passé.

Rien de triste dans cette fin de règne, nul sentiment d’abandon ne vient perturber la promenade du visiteur. Le temps s’est simplement arrêté et il coule à nouveau inexorable quand Albert égrène ses souvenirs. Ce ne sont pas des fantômes qui surgissent mais la vie simplement qui reprend possession des lieux. Dans la cuisine de la maison familiale, le trépied attend la marmite noircie, le moulin à café tend son bras de métal et l’on entend déjà le crissement des grains écrasés. Les “ tripous ” suspendus à la poutre s’imprègnent de la fumée qui s’échappe de la cheminée.

Albert emplit d’autorité les verres Duralex d’un muscat liquoreux, gage de bienvenue, qu’il serait mal céans de refuser. L’homme a le sens de l’hospitalité, ce n’est pas un sauvage, ni un rustre. Il aime bien causer, de la pluie et du beau temps, de la récolte de haricots , de ses aventures désopilantes avec le voisin néo-rural, celui qui a choisi le refuge des bois, bien plus haut. Albert a de l’esprit mais nulle ironie et encore moins d’aigreur.

Pourtant, il aurait matière comme tant d’autres de ceux qui ont trimé sur les pentes ingrates de la montagne et qui, au soir de leur vie, ne sont plus que regrets.

Albert reconnaît : “ J’aurais aimé partir ailleurs, travailler le bois par exemple. Je me serais débrouille c’est sûr, sans voler je me serais bien tiré d’affaire et je n’aurais pas une retraite de misère, celle de paysan que je touche aujourd’hui. Mais je ne me plains pas. Je vis bien. Le luxe ne m’intéresse pas. Qu’est-ce que je ferais du téléphone et de la télévision ? La boîte à images elle a tué les veillées. Je ne vais plus le soir chez les uns et les autres. Ils ont tous le regard tourné vers cet écran et en fait je les gêne en parlant ! Si je suis resté c’est à cause de ma mère. Elle aurait eu trop de peine de me voir partir et abandonner le cheptel et les terres. Elle était veuve et n’avait que moi. Mes ancêtres ont commencé comme ça : paysan, alors moi j’ai fini comme ça aussi. Et puis, il y a eu la chasse. Ça c’était magnifique et c’est aussi un peu pour ce plaisir-là que ma vie s’est faite ici. ” 



Dans les années 20, la route de Cabus n’existait pas. C’est donc par des sentiers à flanc de montagne qu’Albert, le petit écolier descend à l’école. Chaussé de sabots de bois sur lesquels le grand-père a cloué une tige montante de cuir, durant les hivers rigoureux, il trace le chemin dans la neige poudreuse, l’oreille aux aguets. Et ce, afin de deviner qui, des grives ou des merles vient le narguer sur les arbres proches.

Quand le silence est trop oppressant, lui reviennent alors les récits de son pépé, ceux qui parlent des loups et de cette peur terrible qu’il a gardé au fond de lui jusques au grand âge. Ces loups qui suivent les hommes dans les chemins creux, au retour des veillées. Ces loups que l’on éloigne en tapant le bâton ferré sur les cailloux pour faire naître une gerbe d’étincelles. Ces loups qui, attirés par l’odeur du cochon que l’on tue et éviscère, ont le toupet de grimper sur le toit de chaume. Ces loups qui vivent en bande jusqu’aux abords du village et hurlent dès la nuit tombée.

Le certificat d’étude en poche, Albert, orphelin de père, “ attrape la faux ” et se collette à cette terre pour la vie. Avec 6 vaches, 5 hectares de bois et de prés qui montent haut dans la montagne, personne n’oserait se plaindre. Il y a seulement le travail de l’aube à la nuit qui dévore tout. Durant la saison d’été, Albert monte matin et soir dans les pacages les plus hauts et redescend le lait de la traite. La mère bat le beurre dans la baratte et le stocke au frais jusqu’au dimanche suivant. Ce jour-là, en effet, les paysannes de Stable vont jusqu’à Saurat, à pied, vendre dans les épiceries, leur production délicieusement parfumée. L’argent sert à acheter le café, le sucre, le tabac et c’est tout.

Les vêtements durent des années à grand renfort de pièces et si l’on va voir le tailleur pour un complet veston, c’est une fois dans la vie. Dès la pointe du jour, dans les prés alentour, retentissent les coups sourds du marteau qui s’écrasent contre la lame de la faux.

Avant la grosse chaleur, les hommes dessinent des andains dans les hautes graminées et s’arrêtent à intervalles réguliers pour redonner du mordant au fil de la lame. L’herbe, une fois séchée, est charriée sur le dos, en gros fagots, dans les granges disséminées sur le flanc de la montagne.
La grand-mère cuit la soupe dans l’âtre, un bon “azinat” avec du lard. Quand la presse est grande, l’aïeule gagne les prés ou Albert et sa mère font le foin. Elle leur apporte du pain cuit au four de la maison, une épaisse tranche de jambon et un fond de saucisson. Les Marrot tuent deux cochons pour l’année. Ils ne manquent jamais de viande salée et de charcuterie. A la grande satisfaction du grand-père qui évoque sans cesse cette faim qui dans sa jeunesse lui tordait les boyaux. Aussi, ce pain fabriqué pour quinze jours est-il mangé jusqu’au dernier quignon aussi dur soit-il. Pour l’attendrir, on le trempe dans du lait, c’est le “paparat”.



Malgré la dureté de la Vie, la carcasse de ces villageois est solide. “ Le docteur on ne le dérange pas pour une épine dans le doigt ! ”, et quand il est appelé c’est que la mort rôde. Si elle remplit son office, le cercueil est placé sur un brancard et descendu sur le dos de quatre hommes jusqu’à Saurat et ce, par tous les temps. “ C’était une vie, dit Albert aujourd’hui, où le travail commandait tout. Parfois j’étais si fatigué que j’avais envie de tout foutre en l’air. ” Mais la fatigue n’a jamais empêché de faire jeunesse. Les “drolles” du hameau descendent à Saurat danser au son de l’accordéon du Prosper et boire un coup au café. Albert qui a bricolé un vélo avec des pièces de récupération, s’échappe avec d’autres Sauratois jusqu’au Rieuprégon, dans la vallée de Massat.

La route est cahoteuse et raide aussi s’arrête-t-on pour se désaltérer à la fontaine de Guindoulé où coule une eau glacée et fort réputée. Au Village du Rieuprégon, sur le versant ouest du Col de Port, ll y a bal dans l’ancienne école. Qu est-ce qui donne tant d’ardeur à ces jeunes hommes ? Est-ce à dire que les Massatoises sont plus belles ou moins farouches que les Sauratoises ? Aux dires d’Albert il n’en est rien mais alors que motive ces gaillards pour qu’ils tirent autant sur leurs jarrets ? Mais Albert est catégorique : “ Les filles pour leur voir les cuisses, il fallait être bien copain avec elles. Mais n’empêche, des choses il s’en passait quand même ! Bien sûr, elles avaient peur de faire un gosse... et nous on ne pensait pas à se marier. C’est que la liberté ça vaut de l’or. Même encore je l’apprécie. ”

Par contre, la grande passion d’Albert c’est la chasse. Dès son plus jeune âge, le grand-père lui apprend à fabriquer des collets et à les poser sur les branches d’un sorbier pour attraper les grives. L’aïeul vend chaque oiseau 2 francs 50 à l’épicerie de Prat Communal puis ramène avec le produit de la vente du tabac à priser. Il place la précieuse poudre dans de ravissantes tabatières en écorce de bouleau ou de merisier qu’il façonne de ses propres mains. Quand le premier duvet ombre sa lèvre su supérieure, Albert se lance dans le même commerce pour payer son tabac gris.

La chasse pour le jeune paysan c’est non seulement oublier le travail de la journée mais aussi goûter à ce sentiment de liberté qui le possède, communier avec la nature dans le plaisir et non plus dans le labeur. Il monte vers les crêtes et tire le lièvre. Dans les bois, il guette le coq de bruyère. Lorsqu’il garde les vaches près des granges, en haut de la montagne, il ne quitte jamais son fusil, toujours fin prêt à abattre quelques perdreaux. Même la chasse au sanglier le trouve solitaire. Seul, dans le soir d’hiver, il se poste à l’affût et attend patiemment. Il connaît “ la combine ” : les lieux de passage, les empreintes dans la neige. Les hordes de 30 hommes et de 20 chiens qui battent la campagne pour traquer l’animal ne l’intéressent pas.

Il appelle cela la guerre. Albert ne consent à se joindre à d’autres chasseurs que pour la palombe. Les Sauratois retrouvent les Massatois à Martiole au-delà de la pique de la Journalade et ensemble, ils guettent les vols qui tels des nuages gris franchissent le col. Au soir, la musette bourrée de palombes, Albert festoie avec les copains autour d’un onctueux civet de lièvre préparé par la mère.

Si aujourd’hui, au soir de sa vie, Albert continue à faire rôtir dans la cheminée, bon nombre de brochettes de grives, c’est qu’au jour de ses 20 ans, il a décidé de planter près de la maison, un sorbier pour, a-t-il dit, “ pouvoir chasser encore dans le vieil âge même si je suis perclus de rhumatismes. ” I’heure est venue. Il la savoure, guettant les oiseaux friands de baies rouges.



Quand les vaches ont quitté définitivement l’étable, Albert le paysan a appris tout seul le travail du bois. Dans le buis ou l’aubépine, le noyer ou le pommier, il sculpte de petits objets qu’il aligne sur la cheminée de la cuisine. Quand il a bien travaillé, il descend à Saurat placer sa production pour les touristes et amateurs d’authentique. Et il roule toujours son tabac gris, assis devant le feu, le feutre du grand-père piqué d’une plume de geai, élégamment posé sur son crâne. “ Le muscat d’Andorre, ça se refuse pas, vous en reprendrez bien un peu. Après, on ira voir le jardin, si vous voulez des échalotes, ce sera avec plaisir... ” 

Albert est comme ça, le cœur sur la main et le regard bien droit. Par les temps qui courent…


D'après: MEMOIRES D’ARIEGE      
de   Nadine MASSAT  
ISBN: 2-9509010-0-X
Editions Impact & Communication
La Gazette Ariégeoise

Texte publiés dans la Gazette Ariégeoise d’octobre  1993 à décembre 1994.