lundi 30 avril 2018

3 septembre 1939, journée de dépiquage à Lapège.


Booz s'était couché de fatigue accablé.

A vrai dire, le vieux Père Rieux ne savait rien de Victor Hugo: mais, entendant un jour murmurer le sublime poème la légende des siècles «Booz endormi,» il avait imaginé ce Booz sous les traits d'un vieux paysan fatigué comme lui par la rude journée de labeur.

Peut-ètre comme lui, fatigué par une journée de dépiquage! Ç’avait été dur pour venir à bout de l’ouvrage avant la nuit. Tant de blé cette année! Les hommes ahanaient à force de monter les sacs pleins au grenier. Il y en aurait à revendre et jusqu'à la prochaine récolte on pourrait échanger sans crainte avec le boulanger de Siguer 80 kilos de grains contre 18 gros pains. Pas de famine à redouter. L'année est bonne.

Maintenant les travailleurs bénévoles, tous des voisins et des amis, au nombre d'une vingtaine, dînent dans la grande cuisine, servis par les femmes jeunes et vieilles, dont pas une ne s'assied au milieu d'eux. 

L’Azinat au choux avec sa Rouzole, les Taillous en salade avec des oeufs et jambon sec, les Coustellous grillés, les Percajounes flambées à l’eau de vie de prune, se sont si longtemps succédés que le vieux Rieux est sorti pour voir un peu les étoiles. Car il sait, qu’elles rafraîchissent comme une eau de source!

Accroupî au pied du pailler nouveau, le dos et la nuque enfoncés dans ce mol oreiller, il rêve doucement comme rêvent dès qu’ils ont le droit de se détendre un peu, ceux qui ont peiné toute leur vie.

Il rêve. Au fils tué au Bois de Bouchot au sud de Verdun en lui confiant sa jeune femme et le petit âge de cinq ans. Aujourd'hui, c’est un homme sérieux, travailleur malgré les gâteries dont on l'a comblé, un homme sur, un peu rude, bien capable de laisser un bien arrondi autour des deux berceaux qui déjà égayent son foyer.

Un bon gars si semblable à son père que, parfois, le vieux se trompe et qu'il l'appelle Louiset, comme le jeune mort du Bois de Bouchot...

La paille est fraiche et molle; les étoiles d'un blanc doré grandes comme des marguerites et la lune ronde, nette, sans halo, promettent le beau temps pour demain.

De la colline calcaire toute argent entre ses buis noirs tombe le glapissement d'un renard en maraude. Dans le poulailler, les coqs vigilants murmurant un : « Crr… crr… » avertisseur. Les chiens, repus comme il leur arrive de l’être une fois l'an, somnolent près de leur maître. Et les hôtes de la ferme chantent et rient.

Douceur du soir! Douceur de vivre, malgré la douleur qui s’assoupit d'année en année au fond de l'âme... Encore quelques minutes et le vieux va dormir. Mais soudain il tressaute :
-Hé, la, Bergérotte! Qu'est-ce que tu as vu ?
La chienne aboie furieusement. Il se lève, fait quelques pas vers la route sinueuse qui surplombe la ferme agrippée à flanc de coteau. Il distingue une silhouette debout derrière une lanterne rouge. Pourquoi a-t-il peur sans raison ? Pourquoi sa voix tremble-t-elle ? Parce qu'il est vieux ? Allons donc Il sait encore commander aux hommes et aux bêtes, il sait s'en faire obéir.

- Qui est là ?
- Gendarme! Je viens pour Rieux, Jean. C'est ici?
- Pour le petit-fils? halette le vieux. Je ne comprends pas ?

Il monte le long du talus, s'agrippe aux ronces, se blesse, mais ne sent rien en sa chair tant il souffre en son âme!
- Père Rieux, n’y a pas que le votre, fait le gendarme apitoyé. Y en a pour tous cette nuit!
Un silence. Le gendarme fouille dans sa sacoche. Il en retire un papier.
- Voilà. C'est pour rejoindre son régiment le 14 RI à Pamiers...
Un autre silence martelé par les battements de cœur du vieux. Alors, c'est comme il y a vingt-quatre ans, mais un peu plus tard dans la saison : on n'en était alors qu’à la moisson. Cette fois les blés sont battus et engrangés. Il y a du pain pour un an. Et puis? Le fils de son fils en mangera-t-il dans un an ?

Des pensées confuses tournent en rond comme des oiseaux de nuit dans la tête du vieux laboureur. Machinalement, il tend la main, une autre main s'avance : un geste, un rien : un monde.
-Et… et les autres, qu'est-ce qu'ils disent? Ceux de Gestiès, ceux de Lercoul, les voisins?
- Ce qu'ils disent, père Rieux? Rien. Ils partent.

Il va s'éloigner sur ce mot dur comme un coup de couteau, mais qu'il est bien obligé de jeter au vieux qui défaille... Soudain, au moment de disparaître, il se rappelle qu'il est, lui aussi, un homme avec des gosses et une femme, avec des vieux qui souffrent, et il a pitié :
- Père Rieux, faut pas vous tourner le sang comme ça.
On fait ce qu'on doit, mais ce n'est pas ce que vous croyez.
On est tous unis devant le danger, on part, mais on reviendra bientôt...
  - Alors… Ce n'est pas sûr ?
- On espère parce qu'on se sait forts, père Rieux.
Allons ! Remontez-vous : le garçon sera là pour les labours de l'automne.
- C’est vrai, murmure le vieux redressé, qu'on s'en est assez vu et qu'on a bien mérité la paix!

Il redescend le talus péniblement, car il n'a qu'une main et qui saigne; l'autre tient serré le papier lourd comme le monde... Il regarde le ciel pâle où les étoiles écrivent d'éternelles promesses de durée que les peuples comprendront un jour. 

Au sud il regarde le Pic du Midi de Siguer d'où suintent les eaux qui alimentent le Vicdessos dans la vallée. Comme tout cela est bien arrangé, bien remonté pour marcher longtemps, longtemps, sans que la haine et la mort s'en mêlent!

Dans le commerce constant de la terre, il a puisé la certitude qu'il y a du blé pour tous les êtres s'ils veulent bien l'ensemencer. Une si puissante, une si solide paix emplit le ciel et l'espace que le vieux Rieux  entrevoit, comme un prophète inspiré, le jour où elle s’insinuera, eau purificatrice, au fond du cœur des hommes.

Son pas se raffermit, ses épaules se redressent. Il se dirige vers la maison pleine de chansons et pour ne troubler personne avant l'heure il dit d'une voix ferme :

- Dites au fils qu'il vienne, j'ai à lui parler.




dimanche 29 avril 2018

Il est bon de rappeler les droits et les devoirs des habitants de la vallée du Vic-De-Sos.


Dénombrement du comté de Foix.

VIC-DE-SOS.

L'an 1672 et le 10 mars, dans la ville de Tarascon, par devant MM Pierre Barassus et Jean Bastard... ont comparu les sieurs Joseph Barbe et Jean Mallaurens, consuls de la vallée de Vic-de-Sos, agissant en vertu de la délibération du conseil du 6 mars.

Les consuls ont fait les déclarations suivantes :

Etendue du lieu. — Vic-de-Sos est chef de châtellenie. Ses limites sont : au levant, le roc de Romenenc, où a été autrefois fixée une croix de bois faite à pointe de pique; au delà du pont de la Ramade; touchant les terres de Signer et Junac; midi, les terres de la vallée d'Andorre; couchant, celles de Bacherrer, pays de Catalogne; aquilon, les terres et forêts de Massât, Rabat et lieu de Lapège.

Seigneurie. — Le roi est seul seigneur foncier, haut, moyen et bas justicier. Les seigneurs de Rabat, Junac et Arignac, prétendent avoir quelque directe.

Justice. — Les consuls exercent, au nom du roi, la justice civile et criminelle avec un assesseur; les appels vont au parlement. Ils jouissent de ces privilèges, en vertu de la concession faite par le comte de Foix, Roger-Bernard en 1272. Les consuls ont toujours fait leur dénombrement et hommage à M. de Caulet, commissaire, en 1612, et à M. de Doat, en 1667. Il y a, en outre, un procureur du roi assesseur. Les consuls ont toute la police de la vallée.

Consuls. — Il y a quatre consuls, créés par vingt-quatre électeurs nommés par vingt-quatre conseillers politiques. Le premier consul prête serment entre les mains de l'ancien premier consul; il le reçoit ensuite de ses collègues, — Il n'y a pas de sceau, et le greffe appartient au roi.

Baile. — Il y a un sergent créé par les consuls et qui exécute tes actes de justice. Il y a aussi un baile institué par les fermiers du domaine; il a le pas après les consuls. Il assiste aux exécutions judiciaires et a le droit de porter l'épée comme marque de son office.

Prison. — Il n'y a pas de prison; quand il y a un prisonnier pour le civil, le baile en a la garde; pour le criminel, les consuls doivent le garder.

Saisies-exécutions. Lods et ventes. — Le baile qui assiste aux exécutions faîtes par le sergent, prend 15 sols sur chacune d'elles pour son droit qu'il afferme au roi. Les habitants sont exempts de tous droits de lods et ventes; censives, bladage, depuis l'an 1332, privilèges confirmés par les roi Henri IV, Louis XIII et par Sa Majesté régnant.
Le baile du roi prend 24 sols pour l'épanchement du sang.

Confiscation. — Les confiscations appartiennent au roi, après avoir payé les frais de justice.

Château. — Il y avait autrefois un château dans la vallée, au lieu d'Olbier, appelé Montréal (1), et dont il reste encore les masures. Un autre à Vic-de-Sos, dit le Fort et démoli depuis longtemps.

Eaux et forêts. — Les forêts et les eaux de la vallée appartiennent en propre aux habitants par donation du comte de Foix, en 1272.

Pâturages. — Toutes les montagnes de la vallée appartiennent aux habitants en vertu de leurs privilèges. Ils possèdent les communaux appelés : Camp Senes, Saint-Estebé, Pougaux, Lairoulle, le grabié de Cabré, les grabiers de Sausel (II) et Vic-de-Sos. — Il est vrai que la reine se réserve le droit de faire paître dans les montagnes deux mille bêtes à laine pour ses épingles.

Banalité. — Il n'y a pas de four banal; chacun a le droit d'en avoir chez lui. Les forges et moulins de la vallée appartiennent à des particuliers, sans payer aucune redevance au roi. Les privilèges, les terres, les eaux et forêts furent donnés aux habitants par les comtes de Foix, pour exploiter et cultiver ce lieu inhabitable et couvert de rochers, et aussi afin que les Espagnols ne vinssent pas envahir la France de ce côté.
Moyennant la somme de 36 sols qu'ils payent annuellement, les habitants sont exempts de péage dans la ville de Tarascon.

Les consuls, ayant entendu la lecture de leurs déclarations, ont dit ensuite n'avoir plus rien à faire connaître aux commissaires.


(I) Olbier et Goulier forment une commune de 1,110 habitants, canton de Vic-de-Sos. Les restes du château de Montréal, prés des frontières de Pailhars et d'Andorre, se montrent encore sur les flancs de la montagne.

(II) Les grabiers sont probablement les graviers du pic de Crabie et de Sauzel. — Sauzel est un petit hameau perdu dans la montagne  de la commune d’Auzat.

samedi 28 avril 2018

Le jour de la Saint-Pierre à Massat.

Saint-Pierre (29 juin)

«Vers les années 1800, en plein été (juin-juillet), la neige se mit à tomber drue et serrée sur toute la région de Massat et du Port. Toutes les récoltes furent détruites et les troupeaux mouraient, atteints d’un mal mystérieux. En même temps une épidémie de choléra sévit sur toute la région et en quelques jours la population fut décimée. Croyant que tous ces maux venaient de la malédiction du ciel, suivant les conseils de leur prêtre dévoué, les paysans, tous sans exception, décidèrent de faire une neuvaine de prières à saint Pierre.» La neuvaine terminée, le mauvais temps cesse, les épidémies humaines et animales régressent. Pour remercier le ciel, les habitants des deux villages font le vœu de célébrer une cérémonie religieuse chaque année au 29 juin (saint Pierre est le patron de Massat et du Port). 
«Elle comporte une messe solennelle en l’église de Massat qui réunit ce jour-là tous les paroissiens du canton. À la fin de la grand-messe une procession s’organise qui emprunte toutes les rues de Massat. Le soir, vers 9 heures, à la tombée de la nuit, sur la grand-place du village on allume un grand feu préparé la veille. Le bois est acheté avec le produit d’une quête que plusieurs semaines auparavant organisent les jeunes en passant dans chaque maison. Plus on est généreux, plus le feu est important. Après avoir béni le feu, le prêtre doyen entouré de tous les prêtres du canton allume le feu et tout le monde chante les mêmes cantiques que durant la procession. Et à la fin de la cérémonie, chaque personne prend un des tisons encore pas tout à fait consumé et on le garde précieusement dans un coin de la maison qu’il a la vertu de protéger.» 

(Le Port, 1968, Mme Sutra ).




vendredi 27 avril 2018

La légende de l’arbre rond.



En vallée de Bethmale existe une légende d’un arbre habité,  cet arbre, un hêtre de forme ronde a poussé en soulane (au soleil) alors qu'il fait partie des essences dites d'ombre. 

On raconte que les Ancantadas habitent autour de l'arbre et qu'elles ne sortent que les nuits de pleine lune. Renseignent alors les bergers et les agriculteurs sur les meilleures dates de montée en estive, de semailles ou de récolte.

Si en partant du petit village de Villargen, vous prenez le sentier balisé qui vous conduit sur les pentes de l’Echart, vous trouverez ce fameux hêtre.



Devins et sorciers dans le Donnezan au XVII° siècle


Vers 1654, la récolte fut si médiocre dans le Capsir que la famine fut  affreuse. On attribua la cause de cette calamité aux sorciers ou conjureurs. 

Les habitants du Capsir firent monter de Carcassonne un homme qui avait la réputation de connaître les sorciers et de savoir lever les sorts. Ce malheureux monta à Rieutord, prit au hasard trente-deux femmes, et les fit retenir prisonnières par le bayle. On n’avait qu’à fixer le genre de supplice à leur faire subir On choisit le feu. Les curés, au désespoir de ne pouvoir calmer la rage populaire, avertirent du crime qu’on allait commettre le Vicaire forain, curé de Rouze, commune du canton actuel de Quérigut, qui se rendit en toute hâte à Alet, chef-lieu du diocèse. A cette nouvelle, l’austère prélat janséniste Nicolas Pavillon, intime ami de François-Etienne de Caulet, de Pamiers, et, comme lui, irréductible adversaire de Louis XIV dans l’affaire de la Régale, se mit en route malgré la pluie et la neige.

Avant l’entrer dans le Pays de Sault, il lui fut représenté que le vent, la neige, le tourbillon et les sentiers impraticables rendaient son voyage impossible. L’évêque congédia les guides et les ecclésiastiques de sa suite, sauf le curé de Rouze et deux domestiques, qui ne voulurent pas l’abandonner. Ils affrontèrent vaillamment le mauvais temps et mirent deux jours pour parcourir l’espace de quatre lieues. 

Après s’être reposés une nuit à Rouze, connue les mulets et les chevaux ne pouvaient sortir à cause de la prodigieuse quantité de neige, ils repartirent à pied, précédés de quelques paysans qui frayèrent un sentier dans la neige à travers le Donnezan, le Col des Ares et le Capsir. Comme les maris des femmes accusées s’opposaient fortement à ce qu’on les exécutât, Pavillon eut le temps d’arriver à Rieutord, pour confondre l’imposteur et arracher ces malheureuses femmes à une mort cruelle. 

L’évêque fit venir devant lui le devin et une des femmes inculpées, et lui demanda comment il savait qu’elle était sorcière. L’imposteur, qui vit le curé de Rouze écrire les demandes de l’évêque et prêt à recueillir ses réponses, se troubla. Cependant, il affirma que cette femme avait la marque distinctive des sorcières à la tête. L’évêque lui fit raser la tête et on ne trouva rien. Sur les menaces de Pavillon, le devin implora sa miséricorde et la vie en présence des Capsirois prêts à le mettre en pièces. 

Pavillon mit en liberté les trente-deux prisonnières ; et l’homme de Carcassonne fut remis entre les mains d’un officier, gouverneur de Perpignan, qui était venu dans le Capsir avec des archers pour comprimer l’émeute du peuple. 

A ce trait de la vie de Pavillon vient se joindre un fait digne d’éloges. Durant sa visite épiscopale à Axat, il apprit qu’il y avait une  fille malade au hameau de Saint-Martin de Lez, qu’il n’y avait pas de prêtre, tant les chemins, le long de la vallée, étaient impraticable. Pavillon alla au secours de la malade, passa au Pas-de-Lesplandy, qui est un bout de chemin long de quatre toises sur un rocher qui est fort incliné : vers le milieu il y avait de petites cavités, où il fallait mettre le pied sans pouvoir le fixer solidement et au risque de tomber dans le précipice. Pavillon instruisit la paralytique, la confessa, et remonta à Cailla chercher le saint Viatique. Après avoir administré cette pauvre chrétienne, il visita les lieux et avisa aux moyens de procurer aux habitants les secours spirituels. 

Il érigea en cure le prieuré ruiné, fit bâtir une église et un presbytère, fit bâtir aussi au Pas-de-Lesplandy un ouvrage, mur d’appui, qui rendit le passage moins dangereux.

 Abbé de ROQUELAURE.
L’Ariège pittoresque N°94 du 2 avril 1914 


jeudi 26 avril 2018

C'est pas pour autant L'Autan.


Le vent d'Autan, le vent des fous ?

Dans la région ariégeoise, le vent du midi est rare, et le vent du nord peu fréquent. Le vent d'ouest-nord-ouest, ou du golfe de Gascogne, est le vent dominant; il souffle sans interruption pendant de longues séries de jours. Le vent de l'est, ou vent d'autan, est le seul qui de temps à autre lui dispute avec succès l'empire des airs ; l'Autan vient des plaines du Languedoc et des parages méditerranéens (Autan provenant du latin altanus, altanus ventus signifie « vent qui souffle de la mer »); ses périodes, moins fréquentes et moins durables que celles du vent d'ouest, n'atteignent pas toujours et dépassent rarement la durée d'une semaine. Il est plus chaud, plus sec que le vent d'ouest, peut-être aussi un peu malsain ; il énerve certains tempéraments, leur donne des migraines et des agacements, surnommé "le vent des fous ?"  Parfois, il souffle avec bruit, avec violence ; il brûle les végétaux par l'excès d'évaporation qu'il produit, et il n'est pas toujours sans causer quelque avarie aux arbres et aux habitations. On dit de lui:

Le vent d'autan 
Passe en chantant.

Le vent d'ouest au contraire verse la pluie aussitôt que par une saute brusque il succède au vent d'autan, ce qui a fait compléter ainsi le proverbe déjà cité :

Le vent d'autan 
Passe en chantant,
Et il revient en pleurant.

Un effet remarquable de la dominance du vent d'ouest se produit chaque année dans les longues vallées ariégeoises qu’il ouvrent du côté de l'ouest et qui se terminent du côté de l'est par un col élevé, telles que la vallée de Rieuprégon, qui monte de Massat au col de Port, la vallée d'Ascou, qui monte d'Ax au col de Paillères, et plusieurs autres vallées moins importantes pour la circulation. 
Ce vent, poussant de son souffle presque continu tous les flocons libres des neiges de la vallée, finit par les accumuler au sommet du col et jusque sur le versant opposé en telle quantité qu'il n'est pas rare de voir ces passages fermés pendant plusieurs mois de l'hiver et du printemps. L'on doit déblayer presque chaque année par des tranchées dans la neige la route du col de Port ; et, de mémoire d'homme, les ardeurs du soleil d'été n'ont jamais pu fondre entièrement les névés de la partie orientale du col de Paillères, qui persistent invariablement d'un hiver à l'autre.

La transition de l'un des deux vents principaux au vent opposé s'opère de la manière suivante : quand le vent d'ouest est bien établi par ciel beau ou légèrement couvert et par baromètre élevé, le premier signe de changement est donné, après un certain nombre de jours, par une baisse barométrique qui ira en s'accentuant jusqu'à la pluie ; dès ce moment le ciel devient plus serein ; des cirrus élevés marbrent l'azur du ciel ; ils s'étendent; ils sont promenés dans les hautes régions par le vent d'est, pendant que le vent d'ouest règne encore sur le sol ; celui-ci diminue de plus en plus en hauteur, l'Autan s'abaisse toujours; l'on voit parfois les deux vents superposés pousser les nuages dans les deux directions contraires; enfin la saute se produit ; et le vent souffle de l'est au lieu de souffler de l'ouest, avec beau temps et adoucissement de température. Le beau temps et la descente du baromètre persistent pendant le souffle de l'Autan.

Mais le moment critique n'est pas éloigné. Le baromètre approche de l'extrémité inférieure de sa course; le vent d'ouest est apparu de nouveau dans les hauteurs du ciel ; il charrie des nuages ; il s'abaisse à son tour graduellement, et enfin il reprend brusquement possession de la région inférieure jusqu'au ras du sol. A ce moment le baromètre commence à remonter ; le ciel se couvre et la pluie tombe. Le vent d'ouest persiste avec des ondées et éclaircies jusqu'après le relèvement complet du baromètre et le rétablissement du beau temps.

Trutat, Eugène 1894

Autrefois,  sa force était utilisée pour actionner les moulins à vent.

L'Autan dou dissatte ba pas a Brespo le dimeché.
Le vent d'Autan du samedi, ne va pas aux vêpres du dimanche.

L'Autan é la tourrado traucou la courado.
L'Autan et la gelée trouent la poitrine.

« Le vent d'Autan s'en va voir les parents malades, il s'en retourne en gémissant. »


Quand la jupe à Mireille 
Haut se troussa,
Découvrant des merveilles : 
Quel joli vent s'est permis ça ? 
C'est pas le Zéphyr, 
N'aurait pu suffir, 
C'est pas lui non plus, 
L'Aquilon joufflu, 
C'est pas pour autant 
L'Autan........



Village de Vals.


La Vierge poursuivie par le diable :

   La Vierge, son enfant dans les bras, était poursuivie par le diable; elle se cacha dans la grotte donnant accès à l’église semi-rupestre de Vals. Des paysans, à qui le diable demanda s’ils avaient aperçu une femme et son enfant, répondirent: «C’était tout à l’heure, pendant que nous semions notre champ.» Comme ils étaient déjà en train de moissonner, le démon conclut que les fugitifs devaient être loin et la Vierge fut ainsi sauvée. La Madone a laissé l’empreinte de son coude dans le long couloir creusé dans la roche qui mène à l’église. A l’extérieur, une excavation, servit, dit-on, de berceau à Jésus.


mercredi 25 avril 2018

Les Fées de Vernajoul.


Des fées bien actives : 

Les fées de Vemajoul se réunissaient autrefois sous un tilleul près du viaduc du chemin de fer (désaffecté aujourd’hui). En crachant, la présidente des fées, Falbala, donna naissance à un ruisseau. Un jour, alors qu’elle s’était endormie près d’un chêne, elle fut brusquement réveillée par un chevalier. Pour le punir, elle projeta son cheval au loin; l’animal, pétrifié, est toujours visible à l’extrémité de la serre de Venajoul en direction de Foix. On raconte également que la fée décida de séparer les deux rivières de Foix et d’élever, entre les deux, le Rocher de Foix sur lequel, plus tard, s’élèvera le château aux fameuses tours de Gaston Fébus. On dit aussi qu’elle arracha le bonnet de nuit d’un pauvre vieux et qu’elle le lança au-dessus de Foix; il retomba bien-delà : c’est le promontoire appelé le Pain de Sucre ou pic de Montgaillard.



mardi 24 avril 2018

Légendes de la ville de Saint-Lizier.


La Madone de Marsan :  
A deux reprises, une statue de la Vierge déterrée dans la colline de Marsan fut placée dans l'église de Saint-Lizier, mais, pendant la nuit, elle retournait sur sa colline. On lui éleva alors une chapelle sur le lieu de sa découverte (la chapelle de Notre-Dame-de-Marsan). Depuis, la Vierge de Marsan veille sur Saint-Lizier.

Le châtiment Des Sarrasins : 
Lorsque les Sarrasins remportèrent le siège de Saint-Lizier, l'évêque de la ville sortit par la porte du Casse, voisine de la
cathédrale, et remit la clef de la ville au chef des infidèles. Quand celui-ci voulut l’utiliser, la clef était devenue de cire. Selon une autre version, à l'époque où saint-Lizier défendait lui-même sa ville des attaques des Sarrasins, deux faux pèlerins se présentèrent à la porte du Casse et demandèrent l'hospitalité pour la nuit, le chapelain s'apprêtait à ouvrir la porte lorsque sa clé fondit comme de la cire. Le lendemain, alors que saint-Lizier était monté sur la plus haute tour de la ville surveiller les environs, un aigle laissa tomber le glaive qu'il tenait dans ses serres dans un ravin qui se trouvait derrière un petit bois où se tenait l'ennemi. La main tendue en direction de l'endroit désigné par le rapace. saint-Lizier prononça une formule d'exécution. Aussitôt. les murailles de la ville tremblèrent, bois et ravin disparurent au milieu de hurlements et de bruits d'armes et les Sarrasins furent engloutis. Depuis, tous les cinquante ans, au premier chant du coq, au lieu-dit le clôt de Cérizols (Le « Trou des Sarrasins ») où eut lieu leur supplice, la terre s’entrouvre, un aigle passe et on entend les malédictions des Sarrasins qui, chaque fois, s'enfoncent un peu plus dans l'enfer. La légende veut aussi que, tous les cinquante ans, une nouvelle lézarde apparaisse dans le mur de soutènement qui monte du ravin en direction de la route de Montejoie-en-Couserans et qu’une crevasse se forme en travers du chemin.

La chèvre d’or : 
Non loin de la, une chèvre d'or apparaissait parfois sur un tumulus dans lequel serait enterré le trésor de l'antique cité disparue d'Auria. Des fouilles ont été effectuées mais aucun trésor n'a été retrouvé. Quant à la chèvre d’or, elle disparaissait mystérieusement dès qu'on tentait de l'approcher.

Le pont du diable : 
Les habitants de Saint-Lizier n'avaient qu'une poutre pour franchir la rivière du Salat, aussi voulurent-ils faire construire un pont. Mais le meilleur maçon des environs Roumeniù, considérait la tâche impossible. Le diable, qui habitait une grotte proche, fut sollicité et promit de le construire en une nuit en échange de l'âme du premier qui le franchirait. Le pont était quasiment achevé, lorsqu'on fit passer un chien. Fou de rage, le diable poussa un tel juron que l’édifice s’effondra. Le diable accepta de le bâtir à nouveau avant le lever du jour en échange, cette fois-ci, de l’âme de Roumeniù. Le maçon alla trouver la Vierge de Marsan et tous les coqs des environs se mirent miraculeusement à chanter. Le diable, qui s'apprêtait à poser la dernière pierre du pont, la laissa tomber et disparut de la région. On voyait l'emplacement de la pierre manquante au milieu de la plus grande arche.




dimanche 22 avril 2018

Soulan, la vertu des filles et les sorciers.


     Des pierres du col d’Ayens (à la limite de Soulan et d’Erp) se rapprochent de plus en plus. Lorsqu’elles les pierres se toucheront, les filles «n’auront plus de pudeur». Elles passent aussi pour être un lieu réputé de sabbat.



La légende de la fontaine de Fontestorbes.



Autrefois, il y a bien longtemps, chaque été, les prés étaient asséchés: des fossés, des vannes, des chaussées furent alors édifiés pour recueillir l'eau des rivières. Mais, parfois, ces ouvrages s’écroulaient et les fossés se comblaient. Ces incidents se produisaient toujours nuitamment. Aussi, une surveillance fut-elle organisée. Les hommes qui veillèrent la première nuit virent une sorte de bête velue, à tête cornue, dressée sur ses pattes arrière, détourner l’eau des prés. On accusa, à tort, le diable qui, furieux, dénicha le vrai coupable : un homme vêtu d’une peau d'ours et coiffé de cornes de boeufs. Le démon lui dit : « Je t’attends quand tu seras mort. et je te promets de te rassasier de tourner l'eau. » A sa mort, l’homme alla en enfer et le diable le tint enfermé dans un grand lac souterrain situé sous la sapinière de Bélesta. «Maintenant lui dit-il, à la saison où tu allais desséché les prés, je te condamne à arrêter l'écoulement de ce lac. La peine durera tant que tu n’aurras pas retenu l’eau pendant une heure sans qu'elle sorte. »  Le damné s’arrêta avant l’heure et se reposa autant de temps qu’il avait travaillé. De là vient la fontaine intermittente de Fontestorbes, qui sourd au pied d'un immense rocher au sud de Bélesta.



dimanche 8 avril 2018

Pierres de légende de l’Ariège, le menhir de Peyro-Quillado.


La Peyro-Quillado au village d'Ayet (Ariège).

Sur la rive gauche du Balamet, non loin du village d'Ayet, dans les pentes d'une prairie, se dresse un de ces monuments mégalithiques que l'on ne trouve que rarement dans nos contrées, le menhir de Peyro-Quillado. C'est un gros bloc de granit fiché en terre par la pointe et qui mesure sept pieds de haut.

Le pré au milieu duquel s'immobilise ce froid et silencieux témoin d'événements et de jours oubliés appartenait jadis à un homme qui était fort soupçonné d'avoir obtenu du diable par un pacte secret, des pouvoirs extraordinaires. Un jour qu'il fauchait avec son jeune domestique.

- « Mon petit, lui dit-il, tu devrais monter sur ce cerisier qui est là-bas au milieu de la prairie et me cueillir quelques bouquets de cerises. »
- « L'arbre est trop haut, répliqua l'enfant, je ne pourrais y atteindre. »
- « Portes-y cette pierre, cette pierre longue qui est quillée sur le bord du ruisseau. »
- « Çà, maître, il n'y aurait, dit-on, que vous pour le faire. » 

Sur l'heure de midi, le maître et le petit espiègle s'assirent pour prendre leur repas et s'endormirent un instant.
A leur réveil, la pierre longue du bord du ruisseau fut au milieu du pré, sous le grand cerisier.

La chose est sûre, car beaucoup de survivants d'Ayet l'ont vue et c'est eux qui nous l'ont contée. 



David Cau-Durban, 
La vallée de Bethmale (Ariège), Toulouse, 1887.