vendredi 28 décembre 2018

Voeux de "L'Ariège pittoresque" pour l'année 1914.



La revue hebdomadaire "L'Ariège pittoresque" souhaitait ses voeux pour cette nouvelle année à ses lecteurs, des voeux pleins de gravité comme si le rédacteur présentait la catastrophe à venir.

En se premier janvier 1914  on se souhaitait la « Bonne Année », on s’embrassait joyeusement en échangeant des voeux de santé et de prospérité, de bonheur et de paix.

Qui donc alors s’imaginait que six mois de cette année, qu’on se souhaitait bonne, ne seraient pas totalement accomplis avant qu’un terrible engrenage d’évènements ne se mette en mouvement, inexorablement, et n’entraîne la vieille Europe, et le monde tout entier, dans quatre années de guerre, après lesquelles rien ne serait plus comme avant !





































mercredi 26 décembre 2018

Quelques rites Pyrénées de la période de Noël.



LES FEUX DE NOËL

Si les feux de la Saint-Jean d'été font chaque année davantage leur réapparition, en revanche on a presque partout oublié les feux de la Noël. Et pourtant ceux-ci ont illuminé la nuit du solstice d’hiver pendant des générations...

Leur tradition s'est maintenue dans certains villages catalans et aragonais. En Andorre en effet, après la Missa del Gall, la messe de minuit, les jeunes partent à la recherche de tout ce qui peut se brûler, ils en font un tas sur la place publique et y mettent le feu. Cette tradition perdure également dans le Serrablo aragonais où cette cérémonie a été reportée au début du mois de janvier ; les jeunes font alors le tour des maisons pour récupérer ce que les habitants ne veulent plus conserver. A Sabinanigo ce feu du mois de janvier s'est transformé en une séance de défoulement collectif pendant laquelle on brûle les objets les plus hétéroclites.

Mais si, d'une façon générale, ces feux ont disparu des coutumes populaires, certains rites de Noël continuent à se dérouler autour du foyer domestique, la Llar en Catalogne et le Laré des Pyrénées gasconnes. Des termes qui évoqueraient les dieux Lares et leurs anciens cultes. Les Lares Familiares des Romains, esprits domestiques protecteurs, disposaient d'un autel dans chaque maison et la flamme y brillait en permanence. Du caractère sacré du foyer au sens propre découle peut-être aujourd'hui la croyance catalane selon laquelle le fait de cracher dans le feu attire le malheur sur l'impie et sur sa maison !

La fête de saint Jean l'Apôtre à la fin de l'année correspond aussi au renouveau du soleil, au solstice d'hiver, et à l'ancienne fête du Sol Invictus des cultes de Mithra. Les coutumes traditionnelles et symboliques de cette nuit de Noël dans la maison pyrénéenne s'expliquent en grande partie par ces origines pré-chrétiennes. 

La renaissance du soleil, amenant au foyer un feu ravivé, se préparait dans les familles et ce nouveau feu n'était pas qu’une image. Ainsi dans les pays de Foix et en Andorre, un membre de la famille était tiré au sort pour rester près du feu pendant la messe de minuit car «le danger d'incendie était particulièrement grand à ce moment-là»! 
En Euskadi, demeure la tradition du nettoyage de la cheminée par un ramonage à cette période de l'année, mais il s'agissait autrefois de faire honneur au feu nouveau incarné par le personnage d'Olentzaro qui, croyait-on, apportait la bûche par la cheminée. Cette coutume étendue sur une très large aire des Pyrénées, a dévié pour se transformer en une simple habitude de nettoyage des locaux d'habitation et d'exploitation.
En Ariège cette pratique a subsisté jusqu'à la période de l'entre-deux- guerres. A Orlu, Belesta, Larcat, les paysans mettaient un soin particulier à déloger les araignées des étables, les animaux recevaient une litière fraîche et, à Belesta, la coutume voulait que le maître de maison brûle une touffe de poils à la queue des bovins !



Autre rite de préparation et d'attente de la Lumière, le jeûne de la veille de la Noël. C'était un jeûne complet de la journée et en Couserans on l'appelait le « jeûne det caliu ». En effet, celui qui l'observait strictement avait, disait-on, le pouvoir de poser, à main nue, un caliu (tison) sur la nappe du repas du soir, sans la brûler ni se blesser la main !
Un cierge a aussi symbolisé dans certaines régions pyrénéennes la renaissance du soleil. Il y a encore une cinquantaine d'années, les enfants de Labastide de Sérou et de Mirmont (Couserans) allaient chercher chez l'épicier des bougies et le plus jeune de la famille devait l'allumer au début de la veillée. A Larcat (vallée d'Aston, Ariège), le dernier enfant de la maison allumait également un cierge aux premiers coups de l'Angelus et, d'après l'inclinaison que prenait la chandelle, on prévoyait si l'année serait bonne ou mauvaise en se basant sur les traditionnelles attributions de la Fortune à la droite et du Malheur à la gauche...
A Monségur, c'était en revanche le grand-père qui mettait le feu à une bougie au-dessus de la tête du garçon aîné, en prononçant cette formule: 

« T'alumi Iou cierge suI cap, 
Que sios la lum de l’oustal
Dious te benasisco e te fas creiche»

« J'allume un cierge sur ta tête . 
Sois la lumière de la maison 
Dieu te bénisse et te fasse grandir »


LA BÛCHE ET LES CADEAUX

Le grand moment de la Noël, avant la messe de minuit, commençait avec la mise à feu de la bûche dans l'âtre. Souvent, elle avait été soigneusement choisie et mise à sécher dès le printemps précédent, mais on ne l'allumait qu à la suite de petites cérémonies apparentées à de véritables rites d offrande au Feu.
L'homme le plus ancien de la famille devait en effet verser sur la bûche du sel, du vin, du pain ou du gâteau, et cette pratique s'est maintenue en partie dans les Pyrénées aragonaises. La bûche ainsi parée, et en Bigorre on l'appelle encore « eth catsau de Nadau », la « parure de Noël » on pouvait l'allumer. Cette tradition sans doute très ancienne, a évolué pour aboutir aux dons des cadeaux déposés devant la cheminée. Ainsi en Pays d'Olmes, on choisissait une Turro de Nadal, une bûche, avec de petites cavités dans lesquelles les hommes cachaient des friandises pour les femmes et les enfants. Ceux-ci tapaient ensuite sur le bois en s'écriant : « Degorjo ! degorjo ! » (« Rend ! Dégorge ! ») et tous prenaient ces menus cadeaux. Cette coutume se déroulait autrefois dans toutes les Pyrénées occitanes et elle subsiste en Andorre. Cela s'appelle « Fer cagar el lio », faire rendre la bûche (le terme catalan est plus cru !). Les enfants doivent réciter une contine, dans laquelle on trouve trace du vin, tout en tapant sur la grosse bûche :

« Tio de Nadal, 
Caga torrons 
Pixa vi blanc,
No caguis arengades
 Que son salades 
Caga torrons 
Que son molt bons »

« Bûche de Noël,
Chie des tourons 
Pisse du vin blanc. 
Ne chie pas des harengs 
Qui sont salés 
Chie des tourons 
Qui sont si bons » 

En Aragon (Serrablo et Sobrarbe), même survivance de la tradition ; le plus jeune de la famille se met à cheval sur la bûche, au début de la soirée et il récite :

« Buena casa, buena brasa 
Buen tizon, buen varon 
Dios bendiga la casa 
Y a los que de ella son »

« Bonne maison, bonne braise 
Bon tison, bon garçon 
Que Dieu bénisse la maison 
Et ceux qui l'habitent » 

Puis l'enfant prend de la pastilla (gâteau de noix) tout en faisant une croix sur le tronc. Autrefois, le maître de maison prenait le poron et versait du vin sur la bûche avant de la mettre au feu.

En Cerdagne, l'ancienne coutume s'apparentait à ce rite du Tio, mais avec une pratique des offrandes encore plus marquée. Durant trois ou quatre jours avant la Noël, les enfants de la maison allaient en effet chaque soir porter du pain et du vin à la grosse bûche. Et au matin, après le passage nocturne des parents, ils s'imaginaient ou feignaient de croire que la bûche avait mangé cette nourriture. A la veillée de Noël, les enfants lui demandaient alors de rendre à son tour ces cadeaux et ils la battaient en disant :

« Tio, tio, caga turro 
D'avellana i de pinyo 
Si turro no vols cagar 
Su'l cul te vindrem a picar ! »

« Bûche, bûche, chie des tourons, 
A la noisette et au pignon 
Si ce n'est pas du touron,
On te tapera sur le cul ! » 

La manière et la durée de combustion de la bûche de Noël a aussi donné lieu à différentes coutumes, mais celles-ci ont sombré dans le folklore, avant de disparaître dans la confusion et la contradiction. En général, la bûche devait brûler jusqu'au premier de l'an sans interruption, mais dans certains endroits la mère de famille ne l'allumait qu'un peu chaque jour pour la faire durer... jusqu'au Mardi Gras ! Dans le Vicdessos (Ariège), il fallait même garder un tison pour mettre à feu la bûche de l'année suivante et assurer ainsi symboliquement la continuité des saisons.

Quant aux vertus attribuées au tiso de Nadal, elles évoquent les propriétés mythiques des brandons du feu de la Saint-Jean d'été. D'ailleurs, dans les vallées aragonaises, navarraises et catalanes, la cendre du feu de Noël sert toujours à protéger les animaux des maladies et la maîtresse de maison en mélange un peu à leurs aliments. De même cette cendre aboutit dans les champs pour en éloigner la grêle, la foudre et la sécheresse, alors que d'une manière utilitaire les restes des cendres étaient autrefois conservés pour les lessives. En Navarre, les femmes avaient l'habitude de tracer une croix sur la réserve de ces cendres afin d'éviter que les sorcières ne viennent " retourner " ses bienfaits. En Couserans, le cap d'oustau effectuait le tour de la ferme avant le soleil avec un tison de la bûche de Noël pour conjurer les maladies de l'étable ou du poulailler et pour chasser, l'année durant, le renard et la vermine . Un peu partout les tisons de la bûche ont joué un rôle de protection, une fois placés dans les différents bâtiments de la maison. La similitude évidente des utilisations des restes du feu de la Noël avec celles du feu du solstice d'été, montre à quel point l'année se partageait, symboliquement, au rythme de la naissance et du déclin du soleil.

Cabane de berger de Prat-Commenal à Baloy dans l'Ariège (1930)

LE REPAS DES MORTS

La nuit de Noël était aussi, dans la mythologie populaire, un instant privilégié de contacts avec l'au-delà. Ainsi dans beaucoup de légendes les fées se manifestaient au foyer de la maison et il fallait leur faire bon accueil. Ces croyances sans doute issues de l'époque pré-chrétienne, se sont christianisées et les anges, la Sainte Vierge ou l'Enfant Jésus lui-même ont remplacé les dames blanches.
Toutefois une croyance particulière s'est longtemps attachée au retour des morts de l'année. Ceux-ci revenaient chez eux, croyait-on, durant la messe de minuit et la maîtresse de maison devait leur laisser de la nourriture.
En Comminges (vallée du Louron, d'Aure et de Luchon), un repas accueillait les revenants dans la nuit du 31 décembre, la porte d'entrée n'était pas verrouillée et la lumière d'une chandelle éclairait la table. Le lendemain matin, le maître coupait le pain resté sur la table et le distribuait aux membres de la famille. Une telle pratique a été également suivie dans la vallée de Campan (Bigorre) où le maître de maison devait tremper le pain dans du vin avant de le partager autour de lui. A Montségur et un peu partout en Ariège, le soupa de los amos attendait aussi les disparus de l'année pendant la nuit de Noël. A Larcat, il suffisait de laisser un pain entamé avec un couteau contre l'entaille fraîche, afin de nourrir... saint Prim! Celui-ci, toujours affamé, se servait pendant l'office de minuit et il continuait, croyait-on, à protéger la maison contre les risques d'incendie accrus durant cette nuit. Ce saint, absent de tout calendrier, et dont le nom signifie " mince, maigre " en occitan, pourrait être une des dernières personnifications christianisées d'un dieu Lare. Le pain laissé sur la table se conservait tout au long de l'année car on lui a attribué de multiples propriétés aussi bien pour faciliter l'enfantement d'une mère que pour éloigner les chiens enragés ou encore combattre la stérilité des jeunes mariés ! Et des jeunes Ariégeois sont même venus tirer leur numéro de conscription avec trois petits morceaux de pain de Noël dans leur poche et dans l'espoir de forcer la chance en tirant le "bon numéro" ...

Olivier de MARLIAVE.
Gallica, revue Pyrénées 1986.

dimanche 23 décembre 2018

Le Chêne d'Or.


Les paysans de chez nous, avides de légendes et crédules comme toutes les âmes simples, admettaient autrefois l'existence de petits êtres peuplant forêts et montagnes et communément appelés «nains» ou «Lutins».

Toute leur vie est consacrée, de par une loi mystérieuse, à couler et à forger dans les entrailles de la terre les feuilles d'un chêne d'or massif. Les Lutins s'acquittent avec zèle de cette tâche, sachant fort bien que chaque feuille deviendra l’âme d'une jeune fille du pays. Chaque fois, en effet, qu’une vierge vient au monde, une main invisible détache du  « chêne d'Or » une feuille et la glisse dans le cœur de l'enfant. De la perfection de la feuille dépend, assure-t-on, la perfection de la jeune fille, la cavernes des lutains étaient situé en bordure de l’Ariège sur le chemin qui conduit au village de Ginabat.

Or, il advint qu'un jour Satan, voyant diminuer sa moisson d'âmes, convoita le fameux chêne aux feuilles trop bien ciselées, à son gré. Mais comment parvenir jusqu’à lui ? Jalousement gardé par les Lutins, l'arbre merveilleux à la frondaison duquel ils travaillaient sans relâche ne pouvait être déraciné que par la main d'une vierge. Un seul instant dans l'année, les minuscules joailliers laissaient tomber leurs outils et abandonnaient l'arbre: c'était lors de la « trêve de Dieu ». Les paysans nomment ainsi le moment où, pendant la messe de minuit, les cloches sonnent à l’Elévation.
C'est alors aussi que, dans leur précipitation à se retrouver hors de la caverne, les Lutins oublient, dit-on, de replacer les blocs de granit qui en barrent l'entrée et que le précieux «Chêne d'Or» est exposé aux atteintes d’une main sacrilège.


Notre diable était donc en quête de la vierge qui pourrait lui assurer la possession de l'arbre convoité. Il arpentait, un soir de Noël, le pont qui qui enjambe l’Ariège et qui, depuis, porte son nom, scrutant de son regard de feu les fidèles accourant de Montoulieu en groupes pour se rendre à la messe de minuit à Saint Paul-de-Jarrat. Soudain, une silhouette féminine se profile seule à l'entrée du pont. C'est une jeune fille, Mélie, qui marche pressée, cherchant visiblement À rejoindre ses compagnes qui l'ont devancée. Satan entraîne Mélie hésitante, mais séduite malgré tout par ses promesses, et, lui montrant l'entrée de la caverne, indique ce qu'elle doit faire : saisir l'arbre d'or qu’elle y verra et qui cédera à sa première atteinte.
Lui se charge du reste.
Et voilà que, bientôt, le son argentin de la cloche déchire la brume des nuages.
— C'est l'heure, dit aussitôt le diable.
Cependant, la nature se transforme et des êtres bizarres apparaissent dans la campagne. Il y a là des fées aux longues robes de dentelles, ténues comme des rayons de lune, des nains aux formes bizarres, etc., etc. Tous ces êtres fantastiques s'agenouillent sur les rocs et le gazon, les arbres inclinent leurs cimes altières, les oiseaux chantent un instant, la lune et les étoiles brillent comme le soleil et le ciel paraît embrasé de mille feux. Puis, tout bruit, tout mouvement cesse et la nature entière adore l'Enfant-Dieu.
Mélie, en apercevant le chêne resplendissant, reste muette et sans mouvement.
— Hâte-toi, crie le diable, sinon tu es perdue !
La cloche de l'église de Saint Paul-de-Jarrat tinte pour la deuxième fois.
— Arrache l'arbre, ou tu vas mourir ! hurle Satan.
Au même instant, la cloche sonne pour la troisième fois. L'enchantement est rompu, Et, tandis que les arbres, avec des soupirs, relèvent leurs cimes. que les oiseaux courent aux buissons pour y dormir, les Lutins regagnent leur retraite au moment où le diable disparaît dans une nuée de soufre. 

Quant à Mélie, nul ne sut jamais ce qu'elle était devenue. Les villageois trouvèrent seulement le lendemain ! à l'entrée du pont, non loin de l’empreinte d'un pied fourchu, un ruban ayant appartenu à la pauvre jeune fille et, soupçonnant la vérité, ils dénommèrent désormais le pont: «Pont du Diable». C'est encore ainsi qu'il est appelé de nos jours.

Les Annales Politiques et Littéraires.
23 août 1908.
Maurice Costes.





dimanche 9 décembre 2018

Dans la presse du 10 décembre en Ariège.







Gil Blas 19/12/1899



Courrier de Saône et Loire 10/12/1928




La Justice, 10/12/1894



Journal des débats politiques et littéraires 10/12/1840





Journal des débats politiques et littéraires, 10/12/1888




La Gazette de France, 10/12/1902





L'écho de Paris, 10/12/1907



samedi 24 novembre 2018

Le serpent et le forgeron.



Il y avait, autrefois, dans l’ancienne province du Comminges près de Saint Girons, un serpent long de cent toises, plus gros que le tronc d'un vieux chêne, avec des yeux rouges, et une langue en forme de grande épée. Ce serpent comprenait et parlait les langages de tous les pays ; et il raisonnait mieux que nul chrétien n'est en état de le faire. Mais il était plus méchant que tous les diables de l'enfer, et si goulu, si goulu, que rien ne pouvait le rassasier. 
Nuit et jour, le serpent vivait au haut d'un rocher, la bouche grande ouverte, comme une porte d'église. Par la force de ses yeux et de son haleine, les troupeaux, les chiens, les pâtres, étaient enlevés de terre comme des plumes, et venaient plonger dans sa gueule. Cela vint au point, que nul n'osait aller garder son bétail, à moins de trois lieues de la demeure du serpent. 
Alors, les gens du pays s'assemblèrent, et firent tambouriner dans tous les villages du Couserans. 
- Ran tan plan, ran tan plan, ran tan plan. Celui qui tuera le serpent sera libre de toucher, pour rien, sur la montagne, cent vaches, avec leurs veaux, cent juments avec leurs poulains, cinq cents brebis, et cinq cents chèvres. 
En ce temps-là, vivait un jeune forgeron, fort et hardi comme Samson, avisé comme pas un. 
- C'est moi, dit-il, qui me charge de tuer le serpent, et de gagner la récompense promise. 
Que fit le forgeron ? Sans être vu du serpent, il installa sa forge dans une grotte, juste au-dessous du rocher où demeurait la male bête. Cela fait, il se lia, par la ceinture, avec une longue chaîne de fer, et plomba solidement l'autre bout dans la pierre de la grotte. 
- Maintenant, dit-il, nous allon bien voire qui est le plus malin. 
Alors, le forgeron plongea dans le feu sept barres de fer, grosses comme la cuisse, et souffla ferme. Quand elles furent rouges, il les jeta dehors. Par la force des yeux et de l'haleine du serpent, les sept barres de fer rouges, grosses comme la cuisse, s'enlevèrent de terre comme des plumes, et vinrent plonger dans sa gueule. Mais le forgeron fut retenu par sa chaîne, et il rentra dans la grotte. 
Une heure après, sept autres barres de fer rouges, grosses comme la cuisse, s'enlevèrent de terre comme des plumes, et vinrent plonger dans la gueule du serpent. Mais le forgeron fut retenu par sa chaîne, et il rentra dans la grotte. 
Ce travail dura sept ans. Les barres de fer rouges, grosses comme la cuisse, avaient enfin mis le feu dans les tripes du serpent. Pour éteindre sa soif, il avalait la neige par charretées du Maubermé; il mettait à sec les fontaines et les gaves. Mais le feu reprenait dans ses tripes, chaque fois qu'il avalait sept nouvelles barres de fer rouges, grosses comme la cuisse. 
Enfin, la male bête creva. De l'eau qu'elle vomit, en mourant, il se forma le grand étang d’Araing. 
Alors les gens du pays s'assemblèrent, et dirent au forgeron : 
- Forgeron, ce qui est promis sera tenu. Tu es libre de toucher pour rien, sur la montagne, cent vaches, avec leurs veaux, cent juments, avec leurs poulains, cinq cents brebis, et cinq cents chèvres. 

Un an plus tard, il ne restait plus que les os du serpent, sur le rocher dont il avait fait sa demeure. Avec ces os, les gens du pays firent bâtir une église. Mais l'église n'était pas encore couverte, que la Couserans fut éprouvée, bien souvent, par des tempêtes et des grêles, comme on n'en n'avait jamais vu. Alors, les gens comprirent que le bon Dieu n'était pas content de ce qu'ils avaient fait, et ils mirent le feu à l'église.



lundi 12 novembre 2018

En suivant l'Arget, la vallée de la Barguillère.




Les Clouteries de la Barguillère.

Au Pas de la Barre s’ouvre le profond sillon creusé par l'Ariège à travers les chaines pyrénéennes. Un peu plus haut dans Foix, l’Ariège reçoit sur la rive gauche l’Arget, son diminutif, qui traverse l’admirable vallée de la Barguillère. L’Arget recueille à son tour une quantité de ruisselets bien sages, bien frais et bien clairs, laborieux aussi puisqu’ils arrosent les prairies, rouissaient autrefois le lin, animaient en grand nombre les martinets et les petits moulins et enfin ont permis l’éclosion d’une petite industrie artisanale : la clouterie.


Un atelier à Ganac, un à Brassac, un à Burges, un à Cautirac employant 5 ou 6 ouvriers chacun, voila tout ce qu’il reste dans la Barguillère d’une industrie jadis prospère. On y trouvait à la fin du XVII siècle, 16 ateliers ou « boutiques à clous » produisant 1600 quintaux de clous environ par saison, En 1840, 275 ouvriers se groupaient autour de 60 feux: Un magasin général des fers et clous avait été établi à Foix en 1750 pour concentrer toute la production du Comté.

L’atelier conserve son installation archaïque et ses méthodes ancestrales. Autour de la forge ou rougissent « las bergos » ou gros fils de fer, les « plaques » sont fixées sur des troncs d’arbre. Chacune comprend un « pied » ou petite enclume, un « ciseau » et une sorte de moule ou « clabiéro ».
A coups de marteau, le « clabetaire » (le cloutier) façonne le fer rouge et avec une dextérité remarquable le dirige sur son enclume, sur « le pied » il l’amincit et l’appointe sur « le ciseau » d’un seul coup il détache le clou qu'il dresse dans la « clabiéro », là il aplatit sa tête et de 5 coups de marteau le coiffe d’une « abosso» en forme de rosace 4.5 pans. Le clou saute dans un tas qui, en fin dé journée, en compte de 1.000 a 1.200. Et l’atelier résonne et le soufflet souffle dans le brasier de la forge, articulé avec une roue à aubes « a aletos » que fait tourner le petit ruisseau voisin.

Installation primitive qui surprend par sa simplicité et son ingéniosité. L’eau a remplacé le chien qui, inlassable, trottait dans une grande roue à gouttière comme. celle que l'on peut voir dans l’atelier de Cautirac.


L’apprentissage du cloutier durait environ deux ans. A douze ans, l’indigène quitte l’école qui n’est encore ni gratuite ni obligatoire et reçoit le baptême d’apprenti cloutier. On lui: barbouille la figure et les mains de poussière de charbon et de suie, on l’affuble du tablier en peau de veau de on l’admet au groupe de 5 4 10 artisans travaillant autour du même feu de houille qu’active le même « mantchou » (soufflet).

Il va commencer à fabriquer des « tatchetos ». Il ébauchera la tige sur « l’asclasso », la terminera sur le pied, coupera son fer à l’endroit marqué par deux coups de marteau, un peu au dessus de la tige sur le tranchet ; sans abimer celui-ci il aura soin de ne pas détacher complètement le clou de la tige avant de l’avoir introduit dans la « clabiéro » où il façonnera la tête de 5 coups de marteau. La main qui tient la tige soulèvera légèrement le clou dans l’intervalle de chaque coup de façon que le clou ne refroidisse point et tombe dans la tôle encore tout blanc.

Il faut qu'il se hâte car une autre tige de fer carrée chauffe pendant qu’il fabrique son clou et doit être au rouge blanc quand il a fini. Un instant de trop, un morceau de fer est perdu.
Après les talchetos viendront les « guingassous » :(clous à souliers) les « tatchos signodos » les « berlandos », les clous à ferrer ou « ferradous » des clous à planches « gabarres », des clous « grain d’orge » pour roues de tombereau et des chevilles que des voyageurs portent jusqu’en Algérie.

Son apprentissage est terminé. Il a fallu deux ou trois ans pour en arriver là, maintes réprimandes et parfois des bourrades.
Le travail de cloutier est « musiu » et serait de faible rendement si la journée n’était pas longue. Aussi le cloutier se rend à l’atelier à 4 heures du matin. Le premier arrivé souffle dans un gros coquillage de mer pour réveiller ou presser ses compagnons. Le charbon va se dépenser, tant pis pour qui n’en profitera pas. D’autres trompes répondent et toute la Barguillère doit frémir à ces appels lugubres dans la nuit. Bientôt, par tous les chemins arrivent dans la nuit noire, la pluie, la neige et le vent ces hommes qui vont commencer leur dur labeur. Vite, ils échangent leurs sabots pointus, fabriqués par eux-mêmes, contre des sandales, ôtent leur veste, passent leur tablier de cuir, quelques-uns font leur signe de croix et les marteaux résonnent. On pourrait croire qu’au milieu d’un tel vacarme de marteaux accompagnés de la bruyante respiration du grand soufflet de forge aucune parole ne pourrait s’entendre et cependant les conversations s’engagent. A cette heure matinale on échange des impressions sur la température, le temps qui convient ou ne convient pas à la terre, aux récoltes, à la santé. Ce n’est pas encore le moment d’échanger des propos facétieux, cela viendra plus tard.


Voici huit heures. Les tiges de fer sont retirées du feu. L’apprenti vide le creuset de son « carral », déclenche la vanne d’eau qui fait tourner la roue motrice du soufflet et chacun verse dans son panier le contenu de la tôle, travail du matin, l’agite un peu pour faire tomber les scories et, reprend son panier au-dessus de sa tête. Les ouvriers courent à la soupe chaude ; les cuisinières ne sont jamais en retard car le travail reprendra à 9 heures et il faut franchir parfois une bonne distance aller et retour.





A 9 heures, le travail reprend jusqu’a 1 heure. L’estomac satisfait, c’est le moment ou les chants retentissent. Bouts de refrains sans suite, vieilles chansons pyrénéennes naïves et fraiches comme le ruisselet qui murmure au dehors.

Les projets s’échafaudent. Que fera-t-on de son dimanche ? Ira-t’on voir sa vache au troupeau transhumant ? Où se trouvera la bacade ? Ira-t-on à la-foire du 8 Septembre à Foix, a la fête de la Saint-Jean à Gannac, de Saint-Etienne à Brassac on on pourra se promener dans le parc de Montaut, de Saint-Pierre à Saint-Pierre ou de Notre-Dame à Bénac si intéressante aussi à cause du beau pare du château de Bellissens. La fête de la Saint-Eloy patron des cloutiers est aussi un grave sujet comme le tirage au sort ou les fêtes de Carnaval.

Il est très intéressant aussi, pour les jeunes surtout, de savoir qui blanchit le lin dans le hameau, qui trie les noix, car ce sont là occasions de veillées ou l’on s’amuse bien.
Mais voici une heure après-midi et c'est l’heure de « brespalher ». Généralement des pommes de terre au sel avec une sauce à l’oeuf et au jambon constituent le menu. Le vin est rare.
C’est pour quelques-uns l’heure de Ja sieste, pour d’autres le moment de travailler à la confection des sabots, pour d’autres enfin, de donner quelques coups de bêche au jardin.


Mais la journée est loin d’être finie. A 3 heures, un coup de corne et le travail reprend jusqu’a 8 heures. Cela fait 13 heures consécutives de travail qui sont payées de 2 à 5 francs.

Le soir chaque ouvrier emporte ses clous dans un panier d’osier qu’il a dû fabriquer lui-même à la veillée. Et le samedi il quitte le travail à midi. Il rapporte à l’atelier tous les clous qu'il a fabriqués dans la semaine. Le patron les pèse, il « compte » et paie les ouvriers. Après quoi les cloutiers font toilette et se rendent à l’auberge voisine pour faire bombance.

Et le dimanche matin le « clabetou » part, un sac de clous sur son épaule et la houssine à la main, à Vernajoul, à Montoulieu, il va de porte en porte vendre 50 ou 100 clous pour ferrer les sabots ou les bêtes de la ferme.

Le cloutier est encore cultivateur. Il abandonne l’atelier aux premiers travaux de printemps et ne le rouvre que vers la Toussaint, lorsque les récoltes sont rentrées.
Passants qui visitez l’atelier, méfiez-vous. Quelque farceur vous caressera de ses mains qui noircissent ou vous ferre soupeser une poignée de clous brûlants.

La clouterie reste une source d’aisance pour des paysans, inoccupés pendant les longs mois d’hiver. Elle s’organise en petites coopératives et peut ainsi subsister quelque temps, mais… on fabrique à la machine des pointes de Paris que 1’on préfère aux « gabarres » de Ganac, de petites pointes toutes bleues  qui remplacent avantageusement les « guingassous ». La clouterie a du plomb dans l'aile.




D’après les renseignements fournis par Mme M. L. Rumeau, institutrice honoraire à Foix, et M. Laberty. instituteur honoraire à Dun (Ariège). Revue Folklore de l'Aude n°43 été 1946.

mardi 6 novembre 2018

L'enfant et la caille, berceuse du pays de Sainte-Croix.



J’ai trouvé dans le Bulletin numéro 1 de la Société Ariégeoise des Sciences et des Lettres de 1882 une charmante berceuse du pays de Sainte-Croix, une chanson de pays, un de ces airs qui rappellent la montagne, ses paysages et ses moeurs. Voici précisement une caille, la même qui chante matin et soir dans les champs de seigle, parmi les bleuets et les coquelicots. La caille, elle, est aimable et répond. Elle donne sur sa vie domestique tous les détails qu’on lui demande. Elle est venue chercher quelques grains pour ses petits, qui sont là-haut dans un nid qui flaire bon, tout fait de marjolaine et de romarin.

Un soir d’automne1882 à Sainte-Croix.

L’ENFANT ET LA CAILLE.

I
Dis, mon amour la caille, où as-tu le nid ?
Où as-tu le nid, mon amour,
Où as-tu le nid.

II
Là haut sur la montagne, le long d’un ruisseau,
Le long d’un ruisseau, mon amour,
Le long d’un ruisseau

III
Dis, mon amour la caille, de quoi as-tu bâti ?
De quoi as-tu bâti, mon amour,
De quoi as-tu bâti ?

IV
De fleurs de marjolaine, de romarin,
De romarin, mon amour,
De romarin.

V
Dis, mon amour la caille, qu’as-tu dedans,
Qu’as-tu dedans, mon amour,
Qu’as-tu dedans ?

VI
Trois oeufs comme les autres, des plus jolis,
Des plus jolis, mon amour,
Des plus jolis.

VII
Dis, mon amour la caille, sont-ils éclos,
Sont-ils éclos, mon amour,
Sont-ils éclos ?

VIII
Ecoute dans les gazons les hors-nid,
Les hors-nid, mon amour,
Les hors-nid.

IX
Dis, mon amour la caille, que font-ils là-haut ?
Que font-ils là-haut, mon amour,
Que font-ils là-haut ?

X
Parmi les mottes sèches, leur trémoussent,
Leur trémoussent, mon amour,
Leur trémoussent.

XI
Dis, mon amour la caille, qui te sert ?
Qui te sert, mon amour,
Qui te sert ?

XII
Trois jeunes fillettes de mon pays,
De mon pays, mon amour,
De mon pays.

XIII
L’une va chercher l’eau; l’autre le vin;
L’autre le vin, mon amour,
L’autre le vin.

XIV
L’autre fait l’oreiller pour m’endormir.
Pour m’endormir, mon amour.
Pour m’endormir.



La maman dépose sur la joue de l’enfant un long et doux baiser, l’enfant a fermé les yeux, il dort.