jeudi 30 juin 2016

- L’ascension nocturne du pic de Saint-Barthélemy.


PLUS HAUT QUE LA MONTAGNE.
11 & 12 août 1907

Toujours tous quatre couchés sur le dos dans ce lit de bruyères et de fougères, le front vers le Ciel, nous contemplions le spectacle émouvant des étoiles. La brise, douce haleine de la montagne, nous tenait en éveil.



Nos regards se portent de nouveau vers les constellations boréales, les étoiles circumpolaires. Il y a une heure, nous les avions seulement aperçues, maintenant une sorte de liaison s'était établie entre nous et nous conversions avec les astres qui savent si bien parler à qui les interroges.

Pour observer le ciel visible dans la nuit du 11 août 1907 par Marcailhou d'Aymeric, cliquez sur les différentes cartes des constellations.

LA GRANDE OURSE ET LA LÉGENDE DE LA NYMPHE CALLISTO.


Grande Ourse

La plus belle constellation de l’hémisphère boréal, le point de repère essentiel, celle à qui il faut toujours revenir. En ce sens, elle est la mère des constellations. Cette constellation me disait : « Mon nom de GRANDE OURSE ne date pas d’hier. Les Grecs et avant eux les Phéniciens et les Égyptiens mêmes me nommaient ainsi. Et cependant je méritais mieux que ce nom sauvage. Tu dois te rappeler, par les récits qu'ont rapportés les mythologistes, que Diane, la belle, chaste et farouche chasseresse aimait à vivre au milieu d'un troupeau de jolies filles appelées: Nymphes. Or, parmi ces amies de Diane, existait, dans des temps très reculés, une nymphe appelée CALLISTO. L'éclat de sa beauté était tel que Jupiter lui-même voulut l'aimer, mais la nymphe résista à ses désirs ardents et le dieu des déesses fut contraint d'avoir recours à un subterfuge. Il se métamorphosa et prit les formes trompeuses de Diane; Et l’ingénue Callisto, confiante dans les caresses de Diane , s'abandonna sans méfiance.

Les mauvaises langues de l'époque - précoces épicuriens-allaient jusqu'à prétendre que Jupiter, en cette occasion, mariant les lois de la guerre et de l’amour, et se souvenant de ses opérations de siège à l'époque de la guerre des Titans lui poussa un retranchement dans le côté.
Mais n'ayant pas à ce sujet la compétence et oserai-je le dire ! des souvenirs précis, je préfère laisser la question en suspens.
Ce qu'il y eut de certain pour cette jeune Callisto, c'est qu'au bout de neuf périodes lunaires un fis lui naissait de Jupiter.
On le nomma Actas, le Bouvier que tu peux apercevoir non loin de moi, vers la trouée de I’Ariège.


Le Bouvier

« Callisto et Actas furent placées au nombre des constellations et je portais dans la délicieuse terre grecque, il n'y a pas bien longtemps, - trois mille ans à peine, - le nom de Callisto. Puis les temps ont changé, les barbares, les hommes du Nord sont venus, peuples gaillards, chasseurs, aux mœurs rudes, et, de belle nymphe aimée de Jupiter, je fus métamorphosée en ourse. Ne le dis pas à Diane, mon ancienne maîtresse, qui m’a oubliée, car, par mégarde, elle pourrait me percer de ses flèches.
Que te dirai-Je encore? Que je partage la royauté du ciel boréal avec Orion. Tu le sais ! Que je tourne autour du pôle, symbole du froid. Avoues que je méritais mieux après mon idylle avec le dieu des dieux, mais peut-être le destin a-t-il voulu punir ainsi mon ardeur ».

CEPHEE


J'étais tout attentif à ce gracieux discours quand Cephée vint se fixer devant mes yeux. Cephée et avec lui Cassiopée, Andromède, Persée. C'était là toute une page de l’histoire antique et les caractères en étaient écrits en lettres de feu. La constellation apparaît sous forme de trois étoiles. Cephée parla et dit : « Tu dois savoir que j’étais, - je veux dire je suis, car mon règne est immortel, - un des plus vieux rois de l'Ethiopie ».

Je m'inclinai et dis : Majesté, j'ai le grand honneur de saluer en vous l'ancêtre de Ménélick, roi puissant de ce jour, qui étonna l'Italie.
« Ma femme Cassiopée, que tu vois au firmament, à ma droite, fut fort belle et cette beauté même faillit nous perdre, car, dans son orgueil elle voulut éclipser les Néréïdes, filles du ciel. Ces déesses se plaignirent à Neptune et le dieu de l’Océan souleva la tempête contre nos rivages et faillit engloutir nos villes, ainsi que celles du littoral de l’Egypte et même de Syrie. Je fus obligé, pour calmer la fureur du dieu, d'exposer ma propre fille, Andromède, - nue - et enchainée, sur un rocher, exposée aux outrages et à la mort, car un Dragon devait la dévorer ».
Aperçois-tu le Dragon ?
- Je répondis : Si je ne fais erreur, il me semble le voir entre la Grande et la Petite Ourse et il dresse vers vous sa gueule menaçante.
Non, pas vers moi, mais vers ma fille Andromède, que tu aperçois aux pieds de ma femme Cassiopée. Vois-tu bien ?


Cassiopèe

CASSIOPÈE, ANDROMÈDE ET PERSEE.


J’aperçus, en effet, au-dessus de Cépée deux constellations brillantes superposées. La première, en forme de M lumineux, était Cassiopée ; la deuxième, légèrement au-dessous, était Andromède.
Mais, interrogeant à mon tour Cephée, je lui demandais: Au-dessous de votre fille la belle Andromède quelle est donc cette constellation qui brille et si près d'elle, qu’elle semble faire corps avec ? 
Ton expression est bonne, je peux même avancer que ton expression et ma fille sont heureuses, me dit, en souriant, Cephée, car cette constellation est celle de Persée, le sauveur et l’époux de ma fille. Ce fut lui, en eflet, qui, monté sur le cheval ailé Pégase et pourfendant les airs, arriva juste à temps pour sauver Andromède de la gueule du Dragon.
Aussi, en échange de son courage, le valeureux-guerrier reçut-il de ma fille sa main et sa beauté.

J'avais bien envie d'interroger Andromède elle-même, Andromède la princesse rose et  blonde, mais la voyant si près de Persée, je n’osai.

LE CARRE DE PEGASSE.


Et, quittant définitivement Céphée, je dirigeai mon regard vers le Carré de Pégasse. Ce dernier étant un cheval, je me contentai de l'examiner. Je vis les quatre étoiles arabes, Markab, Scheat, Algeneb; Alpherat savez-vous, en. arabe, ce que signifie Alpherat ? Nombril du cheval. Sur ce point, les Grecs, me semble-t-il, ont manqué de galanterie (rare défaut chez cette race, il est vrai) car ils ont placé la tête de la belle andromède sur le nombril du cheval. A moins que les arabes aient trop rapproché le cheval.
Mes compagnons d‘ascension voyageaient aussi comme moi à travers les étoiles.

LA LYRE.


Véga de la Lyre

Au Zénith, je vis cette belle constellation de la Lyre avec Véga, primaire, étoile d'argent, la plus éclatante du ciel après Sirius et Arcturus.
On a calculé que, dans 13.000 ans, Véga serait l'étoile polaire, comme elle l'a été il y a 12.000 ans pour nos aïeux, et quels aïeux !

LE DRAGON.


De nouveau, le Dragon se montre à moi,mais si on ne peut interroger un Pégasse, à fortiori une lyre, et même un Dragon. Peut-être Lafontaine, Granville et Taine qui possédaient les éléments de l'alphabet et de l'esprit des bêtes auraient-ils pu dialoguer avec le premier et le dernier ?


Le Dragon

Mais les nombreuses étoiles de cette longue constellation ayant tout à coup redoublé d'éclat, je lus ces quelques indications: C’est moi qui, autrefois, étais le Pôle; depuis la Polaire m'a détrôné. C'était en 2700 avant Jésus-Christ. On me connaissait surtout en Chine et en Egypte. Et même le vieil empereur HoangTi m'adressait ses salamalecs. C'est lui qui me baptisa et depuis je suis le protecteur de la Chine. Tu vois que je la protège bien, puisque de tous les innombrables empires qui ont régné sur ta planète, tous ont passé, tous excepté la Chine, debout depuis près de six mille ans ! Un vieil empereur du pays que je protège était déjà, tu le sais, l'empereur Tsao, contemporain d'Abraham, cité dans la genèse ! 
Dois-je te dire que je figurais sur la plus vieille sphère inventée par les hommes; j'entends la sphère de ce grec, Chéron, à l'époque de la guerre de Troie.

****


J'étais étonné quelque pou de ces révélations, mais une voix formidable passa dans l'air et cria : Bien avant Chéron, bien avant la guerre de Troie, avant Tsao, et Abraham, avant Adam même, plusieurs millions d’années avant, le Saint-Barthélemy se dressait, déjà géant sur l'horizon du monde !
J’apercevais un nombre infini d'étoiles, de sphères de feu gravitant au milieu d'un silence impressionnant, dans ce ciel impénétrable.
Et à mesure que s'offraient à moi les constellations, je les reconnaissais comme de vieilles amies.
Par une belle nuit d’été, lorsque-seul - sur une longue route poudreuse, on marche sous la voûte étoilée, on ne saurait croire quel vif plaisir intellectuel on éprouve à chercher, reconnaître et épeler le nom de ces mondes qui ont leur éloquence ! Vous n'êtes plus seul alors, et votre esprit courant d'astres en astres, le temps parait plus court.

LES CONSTELLATIONS DU NORD.


Donc dans cette nuit du Saint-Barthélemy, qui devenait plus claire sous le scintillement de ces milliers d'astres, je vis au-dessous du, Chariot de David une poussière d’étoiles, c'était La Chevelure au nord de cette dernière le Coeur de Charles.
Le grand trapèze du Lion avec Régulus et Dénébola brillent à L’Ouest.
Le Cocher avec Capella « la Chèvre », sa primaire, commençait à montrer son front.
C'étaient là les constellations du Nord avec leurs trois zones : boréale, intermédiaire ou tropicale et zodiacale.

LES CONSTELLATIONS DU SUD.


Hercule

Me tournant alors vers le sud, vers la haute chaîne centrale, dans la direction du Rulhes, j’aperçus un plus grand nombre peut-être de constellations plus éloignées.
Les plus rapprochées au Zénith étaient Hercule, dont nous avons parlé, Hercule cette « république de soleils » vers qui s’avance notre soleil à 8 kilomètres par seconde.
Je vois aussi la Couronne boréale avec la Perle, de 2° grandeur. A sa droite à l’ouest apparaît la belle primaire jaune orangé Acturus, l’étoile des navigateurs, chantée par Homère et Hésiode. Arcures qui marche avec une vitesse de 6500 kilomètres par minute.

LES TROIS CONSTELLATIONS DU SUD,
DE LA ZONE TROPICALE.


Trois constellations principales occupaient la zone intermédiaire entre le zénith et l’équateur célestes : c'était la zone tropicale du Capricorne.
Ces trois constellations brillaient d'un éclat bien différent.
Celle de l’Est était la plus éclatante.
Celle du centre la plus vaste.
Celle de l'ouest la plus petite.
La première se nommant L’Aigle.
La seconde Ophichus.
La troisième Le Serpent.


L'Aigle

1° - L'Aigle était une vieille connaissance, c'est une des constellations du ciel la plus facile à reconnaître non par sa position critique à mesurer mais par sa forme quand elle est aperçue une fois, elle est inoubliable. C’est une des constellations typiques du ciel, Elle affecte la forme d'une flèche à trois brillants trois étoiles, trois soleils. L'étoile du milieu est labelle primaire Altaïs Elle se dirige, en bas au sud, vers le Capricorne et le Verseau.

2° - Ophichus. Nom étrange! Cela signifie l'homme au serpent. Et il n'y a aucune signification mythologique. Il affecte la forme d'un rectangle parfait. Il ne possède pas d'étoiles primaires (première grandeur).


Le Serpent

3° - Le Serpent, n'a de caractéristique que sa forme désignée par son nom. La constellation semble prolonger Arcturus, dont le bel éclat parfois l’illumine.
Enfin sur l’extrême horizon, au sud commencent à apparaître les constellations du Zodiaque, donc quelques-unes fort belles. On en distingue de gauche à droite (c'est-à dire ici) de |'Est à l'Ouest : six principales.
Tout d'abord trois superbes points lumineux, frappèrent notre vue, dans cette zone grandiose du Zodiaque circonscrivant l'horizon. Nous: étions toujours tournés vers le Sud.
L'un de ces astres était à gauche (Est). Il était d'un éclat très vif et rouge ardent, mais il ne scintillait pas. Ce n'était donc pas une étoile, un soleil - qu'était ce donc? -  Une planète, un monde comme le nôtre, une terre très probablement habitée. 
Le deuxième astre, au centre, était rouge également, rouge de sang, sur l'horizon. Ses sautillements étaient nettement apparents.
Le troisième était à droite à l'Ouest, d’une blancheur argentée, quelque chose d'infiniment doux, et attirant.
Le premier astre était cette planète où les puissantes lunettes astronomiques ont décelé des canaux, des plaines, des mers; dont on a publié les cartes; et qui se trouve la plus rapprochée de nous, dont l’année est à peu près égale à la nôtre, et qui doit posséder des êtres quasi-humains : Mars, en un mot !
Le deuxième astre, aux reflets de sang, impressionnant à contempler parce qu’on l’aperçoit rarement; et qu'il fait partie du commencement de l'hémisphère Austral. Il n’est visible que pendant huit mois environ jusqu'en octobre seulement. Il est fort éloigné, c'est le bel Antarès du Scorpion.

Le troisième astre qui aussi brillait à l'horizon à droite, à l’ouest (nous étions tournés vers le sud) était la belle étoile l’Epis de la Vierge. Dans les cartes grecques, égyptiennes et du moyen âge, cette Vierge est représentée couchée au pied du Lion qui la précède. 


La Vierge.

Tous ces joyaux versaient des feux étranges sur les cimes des montagnes, et par leur scintillement puissant attiraient notre attention.

La planète Mars se trouvait dans la constellation du Sagittaire et les deux dernières constellations zodiacales de ces six prénommées étaient à l'Est le Capricorne , suivi du Verseau . Mars ne devait éclairer que la première partie de notre nuit. Saturne veillait également, mais brillait surtout avant le lever du soleil, relevant ainsi la garde planétaire.

LA VOIE LACTÈE.


Enfin la magnifique Voie Lactée ou Galaxie  ou chemin de Saint-Jacques , incomparable , l'écharpe blanche criblée de millions de soleils ! d’une distance incommensurable partait de la queue du Scorpion et ne tardait pal à se diviser en deux branches, dont l'une se dirigeait, vers le Sagittaire et l’Aigle , l'autre vers Ophinais et le Cygne où elle se reliait à la première.


La Voie Lactée ( ou chemin de Saint-Jacques pour les Bergers)

LA PLUIE D’ETOILES DE LA CELEBRE
NUIT DU 11 AOUT, LES PERSEIDES


Ce divin spectacle remplissait notre âme d'admiration, quand vers 11 heures, nous fûmes étonnés d'apercevoir une, deux, trois; dix flèches enflammées traverser le ciel avec la rapidité de la foudre. C'était superbe. Ces fusées se croisaient, se dépassaient, devenaient parallèles, divergeaient. Ces brillants météores illuminaient l’empyrée. C’étaient des étoile: filantes. Le ciel nous donnait son feu d'artifice. Puis des centaines d'étoiles s'élançaient, gerbes blondes dans l'éther. Et ces
pluies d'étoiles ne paraissaient pas partir d’un point quelconque. Nous finimes par nous rendre compte que trois foyers principaux alimentaient de leur source ignée ces feux d'artifices de cette nuit d'azur.

L'une de ces forges venait de la constellation de l'étoile du Cygne ou Croix du Nord au-dessus de nos têtes; les gerbes étaient faiblement bleutées.
Le second de ces foyers prenait son origine dans la constellation d'Andromède où brillait la luisante.


Andromède

Mais la plus grande partie de ces météores les plus belles, les plus puissantes de ces étoiles filantes naissaient dans la constellation de Persée où régnait la mystérieuse et bizarre Algol, étoile tour à tour primaire et de troisième grandeur.

Nous nous rappelàmes alors que nous étions dans la nuit du 11 août qui, avec celle du 13 novembre constituait les fêtes célestes et les plus belles nuits d'étoiles filantes, de pluies d'étoiles. Le hasard nous avait bien conduit et nous lui devions des félicitations. Les étoiles filantes de la nuit du 11 août se nomment même les Persuades comme celles de la nuit du 13 au 14 novembre sont appelées Léonines du nom de la constellation du Lion où elles s’allument.
Et était-ce le mirage, ou un autre feu d’artifice, celui-ci terrestre ! Nous aperçûmes, très nettement, de notre observatoire de Sarado, de petites fusées, qui, des profondeurs de la vallée de l‘Ariège, vers Urs ou Vèbre, montaient jusqu'au niveau de Lordat. Nous n'avons pas su quel châtelain ou quelle assemblée donnait, cette nuit-là, sa fête. 
Par intervalles aussi, dans le fond de cette même profonde vallée de l'Ariège, plongée dans les noirceurs de la nuit, à six cents mètres sous nos pieds, de vives et vastes lueurs blanchâtres, telles un puissant phare, inondaient de lumière artificielle la région encaissée de Luzenac. C'étaient les feux de l’usine de talc du Saint Barthélemy, située à Luzenac et dirigée par mon cousin, l'ingénieur Gombeau. La nuit n’interrompait pas le travail.
Mais, même au point de vue stellaire. le dernier mot ne nous était pas donné. Nous devions saluer les magnifiques constellations du matin Orion, les Gémeaux, la Canicule, le Grand Chien de Sirius.


Orion

2 h. 1/2 du matin, nous était réservée. Cette surprise même fera époque dans notre vie. Encore le hasard s'était bien conduit. à notre égard.
Mais onze heures et demie approchaient. L'heure sonnait de nous lever de nos lits de fougères, de secouer nos membres, de frictionner nos épaules, de quitter enfin Sarrado, si plein de souvenirs.
Deux reines célestes allaient se disputer le privilège de nous éclairer: la Grande Ourse nous avait donné sa lumière pendant la première partie de la nuit. 
Orion allait illuminer notre route pendant les heures ultra matinales. En guise de remerciements à la belle constellation polaire (à la Grande Ourse) je me rappelai et lui adressai ces vers du plus grand des poètes qui considérait la Grande Ourse comme la signature même de Dieu, au bas de la page de la création.

Voici ces vers puissants de Victor Hugo :

Quand il eût terminé, quand les soleils épars
Eblouis, du chaos montant de toutes parts,
Et furent tous rangés à leur place profonds
Il sentit le besoin de se nommer au monde
Et l’être formidable et serein sa leva ;
Il se dressa dans l’ombre et cria : Jéhovah...
Et de l'immensité ces sept lettres tombèrent;
Et ce sont dans les cieux que nos yeux réverbèrent,
Au-dessus de nos fronts tremblants sons leur rayon
Les sept astres géants du noir septentrion.  
    
… Et je me disais en moi-même:

Rien n'est plus brillant que le ciel; rien n'est immuable comme la montagne. 
L'éclat de toute chose est faux et passager. 
La beauté engendre l'amour, l'amour fait naître l'espérance. Le matin ces fleurs s'épanouissent ; le soir elles se fanent ; la nuit elle disparaissent sans retour.
Et sur toute chose et sur tous, le ciel continue à verser ses clartés opalines et la montagne, dans sa sérénité, immuable, demeure.




 Toulouse, ce 24 octobre 1907.
Dt Alphonse MARCAILHOU D’AYMERIC

mardi 28 juin 2016

- Championnat Cycliste de I’Ariège, 25 juillet 1912.

La semaine dernière s’est déroulé sur les routes de l’Ariége la 22 édition de l’Ariégeoise. Mais le cyclisme a depuis longtemps droit de citer en Ariège…

Championnat Cycliste de l’Ariège, 25 juillet 1912.


ORGANISE PAR LA MAISON PÉRIÈS, DE FOIX.


Sous le patronage du Journal des sports.


On a souvent traité les Ariégeois d’anti-sportifs. Le magnifique succès remporté, le 14 juillet, par la grande course cycliste organisée par le sympathique M. Périès, est venue démentir cette qualification et montrer que le gentil Comté de Foix n’est pas aussi indifférent aux sports qu’on voudrait le faire croire.

Un temps de course idéal était venu au secours des organisateurs. Messire Phébus, ayant entendu les vœux des coureurs, avait daigné diriger son char derrière un épais rideau de nuages, et une bonne averse matinale avait nettoyé la route de sa poussière.

Vingt-trois coureurs étaient engagés; vingt-un seulement prirent le départ. Les plus fines pédales ariégeoises s’étaient sans doute donné rendez-vous pour se disputer le titre de champion : Caccia et Pujol, les grands favoris vers qui volaient tous les pronostics, Rumeau, Sous et bien d’autres.



Une foule immense stationne sur le pont de Foix et sur la route de Mont-gaillard. Les terrasses des cafés sont archi-combles. M.Perles, très affairé, va de groupe en groupe, donnant un conseil à l’un, un encouragement à l’autre, une explication: à un troisième, toujours avec un mot aimable pour chacun. 

Autour de lui, s'agite son «Etat-major», c’est-à-dire quelques amis dévoués qui font oflice de contrôleurs et d’organisateurs;  parmi ces derniers. M.Rollin, inspecteur Société Manufacturière d’armes et cycles de Saint-Etienne dont Périès est représentant à Foix et qui a offert un superbe bronze que tout le monde aura pu voir dans la vitrine de l'épicerie Baby.



Le signal du départ est donné à 1 heure 55 de l’après-midi. Le groupe compact des coureurs s'ébranle doucement d’abord, mais, accélérant bientôt sa vitesse, grimpe à toute allure la côte de Bouychères. Ils sont partis, bonne chance à, tous !...

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A chaque village traversé, un public aussi nombreux qu’enthousiaste, ovationne les coureurs. A Garrabet, Caccia démarre et laisse en arrière le peloton de tête, mais son ardeur est bientôt arrêtée par une crevaison. C’était vraiment la guigne. D’ailleurs il ne fut pas le seul handicapé par la faute des pneumatiques, et nombreux furent les concurrents obligés de changer de boyaux.

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A 3 h. 15, Faragon,  sur bicyclette Rochet, pneus Hutchînson, arrive  premier au contrôle d’Ax. Puis viennent signer successivement : Sous, Laffont, Roques, Clerc, Caccia, Santouil, Soulère, Souques, Delort, Pujol, Narcisse, Rumeau, Morereau, Talieu.



Le contrôle d’Ax, installé au café de la Paix, était tenu par MM. Cartay-rade, Morère et Faurré, photographe à Ax. Les coureurs descendent vivement de machine, signent la feuille de contrôle et repartent sans perdre de temps.

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Pendant qu’une lutte terrible s’engageait sur la route entre les concurrents qui tenaient la tête pour le retour, les approches de la maison Périès, à Foix se garnissaient de monde. Les pronostics et les paris allaient leur train. 
Après une longue attente, la silhouette noire de deux coureurs apparaît au milieu d’un nuage de poussière, au bout de la côte de Bouychères. On reconnaît Roques et Faragou.

Roques est en tête, mais à chaque coup de pédale, on voit son adversaire gagner du terrain ; se sentant dépassé, à 70 mètres environ du contrôle d’arrivée, il veut tenter de se sauver par une manœuvre déloyale, en « plaquant » son adversaire. Mais il manque son coup, perd l’équilibre, et va s’allonger dans le public, tandis que Faragou coupe la ligne d’arrivée à 4 h. 40, aux applaudissements de tous les spectateurs.
Les autres coureurs arrivent ensuite dans l’ordre suivant : Santouil, Laitont, Clerc. Soulère, Rameau, Sous, Pujol, Narcisse, Caccîa, Souques, Delort, Morereau, Talieu.



La Commission d’homologation, réunie le 22 juillet dernier et composée de MM. Araheyre, Morère, Marty, Gadrat, sous la présidence de M. Périès, a examiné avec soin les réclamations portées contre certains coureurs. Aucune de ces dernières n’ayant paru suffisamment fondée, la Commission a homologué purement et simplement le résultat ci-dessus.

La victoire de Faragou est un nouveau triomphe pour les grandes marques cycles Rochet et pneus Hutchison que représente à Foix M. Périès.
En terminant, félicitons M. Périès de l’éclatant succès remporté le 14 juillet par le championnat cycliste de l’Ariège. Remercions-le vivement pour le magnifique spectacle qu’il nous a procuré et de tout cœur disons lui :

A l’année prochaine !




samedi 25 juin 2016

- Le pain d’Emilie.


Si vous quittez Foix par Vernajoul pour vous rendre au Mas d’Azil, au trois quart du trajet vous traverserez le petit village de Gabre situé dans le massif du Plantaurel. A Gabre comme partout en France lors de l’occupation, les produits alimentaires étaient rationnés et chacun devait se débrouiller pour survivre. Le petit récit qui suit va nous faire partager une tranche de vie  de ce lointain passé.


Gabre, septembre 1942.

Ce soir nous allons voir Emilie. Deux fois par mois, ma mère et moi, nous allons dormir chez elle. Emilie est âgée. Elle habite une ferme très ancienne un peu à l'écart du village. C'est une lointaine cousine. Toute petite et ridée, un fichu sur la tête qu’elle noue sous le menton, elle est toujours en train de trotter. Je l’aime beaucoup.
Toutes les trois nous avons un secret... La nuit nous faisons cuire du pain dans le four près de la cheminée.

Nous avons le pain du boulanger, mais comme il est rationné nous en avons peu, alors nous nous débrouillons pour en fabriquer nous-mêmes.

Nous ne pouvons pas faire cuire du pain chez nous parce que nous n'avons plus de four. Il a été démoli il y a quelques années. Il était tout au bout du bâtiment, avec une très jolie forme ronde et couvert de tuiles grossières. A la place, on y a construit deux pièces l'une sur l'autre. C'est bien parce que ça nous donne de l'espace, mais bien dommage car maintenant nous ne pouvons pas faire de fournée à la maison. 
Il y a aussi qu'Emilie a pétri dans sa jeunesse. En ce temps-là tout le monde faisait son pain à la ferme.

Elle a le tour de main nécessaire, sans elle nous ne pourrions sûrement pas réussir aussi bien. 
Au milieu de la cuisine trône le pétrin. C'est un meuble très vieux. Si on n'y prête pas attention on ne voit qu'une table, encombrée souvent, autour de laquelle on se rassemble pour manger et boire un peu.


Les samedis soirs, lorsque nous venons, ma cousine fait un bon feu dans la cheminée. Il faut qu'il flambe fort et que la pièce soit bien chaude pour tenir compagnie à la pâte qui lève…

Je transporte du bois. Il en faut énormément pour chauffer correctement le four. Je prépare le foyer en plaçant au centre du papier puis du petit bois et des bûches plus grosses.

C'est curieusement construit un four. Les pierres sont irrégulières et posées les unes à côté des autres. Elles montent en dôme et se soutiennent comme la voûte des églises. Une lourde porte de métal en ferme l'entrée. Elle protège son mystère. Personne ne connaît vraiment son secret de fabrication. A chaque fournée on attend, on espère et on assiste enfin, émerveillés, à l'arrivée lumineuse du pain...

Ma mère est allée au fond de la grange. Elle a puisé de la farine dans la réserve cachée. Nous avons toute une organisation à la ferme : lorsque vient la moisson, le jour du dépiquage, on soustrait discrètement quelques sacs de grain que l'on emmène chez Emilie.

Bien cachés au fond du bâtiment, avec devant eux un amoncellement de paille, de foin et d'objets inutilisés, le grain est bien à l'abri. Personne ne se méfie d'une petite vieille qui ne cultive pas de céréales, on ne viendra pas contrôler ! 

Avant le jour du pain, Jean-Pierre passe un soir. Il charge sur le dos dix ou vingt kilos de blé et va le faire moudre au moulin. Il revient, met la farine en place et repart incognito, toujours de nuit et à travers champs pour ne pas être vu.

Le dessus du pétrin est vide... On le tire. A l'intérieur c’est comme un coffre un peu plus resserré au fond. On va y mettre la quantité nécessaire de farine tamisée, ajouter du levain dilué dans de l'eau tiède, un peu de sel et pétrir longuement. Emilie nous guide : « Plus énergiquement ! Un peu moins fort maintenant ! ça y est, c'est bon ! »



Une fois la pâte prête, toutes les trois nous façonnons des boules et les disposons dans des corbeilles tendues d'un vieux tissu de lin que nous farinons. La, pendant deux ou trois heures, nous laissons la pâte gonfler et se donner une forme.

Nous éteignons la lampe à pétrole. Les flammes dansent dans l’âtre. Nous nous installons sur des chaises basses, les dossiers sont hauts, on a les pieds bien au chaud. Semblables aux lames du feu, les langues se délient. Emilie nous conte le pays d’autrefois. Elle y mêle rêve et réalité, on ne s'y reconnaît plus très bien : ça n’a pas d'importance, les songes aussi font partie de la vie et nous en avons tellement besoin aujourd'hui...

Quelques instants plus tard le foyer prend dans l'antre du four, il gronde fortement. De longues flammes lèchent les parois et sortent quelquefois par la porte ouverte. Ca surprend, on croirait un volcan prêt à bondir hors du cratère ! Les pierres rousses virent au blanc ; c'est le moment d'enlever braises et cendres et d'introduire le pain. Rapidement on passe la pâte des corbeilles sur la longue pelle de bois, les gros pains au fond, les plus petits au devant. Emilie a gardé un peu de pâte. Elle en fait un long boudin qu'elle applique le long de la porte du four pour le fermer bien hermétiquement.

Le magicien nous demande encore un peu de patience... Il va transformer en pains merveilleux les pâtons que l'on vient de lui confier. Un petit coup de brosse trempée dans l'eau à leur sortie et les voilà tout à fait prêts !

La corvée terminée nous rangeons tout dans la cuisine. Le pétrin reprend son air habituel et s'encombre un peu. Nous sommes fatigués et nous partons dormir la fin de la nuit.


La quinzaine prochaine nous reviendrons travailler, nous avons besoin de pain et de rêve pour vivre.

Extrait de Un rideau de nuit - roman
Editions Plantaurette — Gabre 1994

-- 19 janvier 1840 colère en Ariège, les porteurs de contraintes.





Nous avons attendu avec une vive impatience des détails sur les troubles qui viennent ensanglanter la ville de Foix. Jusqu’ici, un seul fait nous frappe, la répression, une répression sévère, impitoyable, tombant indistinctement sur des paysans désarmés, sur des enfants, sur des femmes, sans qu’on eût songé à faire intervenir la garde nationale, à laquelle on donne pourtant des éloges mérités pour son attitude dans les journées suivantes. 

Cependant, à la distance où nous sommes de l’Ariège, nous ne voulons point avant que l’instruction judiciaire, déjà commencée, nous ait complètement instruits, nous prononcer sur la responsabilité qui revient dans ces douloureux événement, soit a l’autorité, soit à la population. Cette réserve, d’ailleurs, nous est commandée par la juste popularité dont M. de Bantel, préfet de l’Ariège, et les fonctionnaires qui l’ont accompagné sur le théâtre du désordre, étaient en possession avant le 13 janvier, dans la ville de Foix et le département.




Mais nous pouvons du moins dire notre pensée sur les causes du mécontentement qui a éclaté au champ de foire de Villotte, parmi les paysans de la Barguillière et les marchands de bestiaux. Un nouveau droit, de place est établi par l'autorité municipale; les montagnards refusent de l’acquitter. On insiste, ils s'exaspèrent; le préfet se montre, entouré de quelques uniformes: ils se révoltent et le maltraitent. Assurément, une pareille conduite est sans excuse; mais on jugera, par le tableau que nous allons rapidement tracer de la situation de l’Ariège, si l'autorité municipale était bien venue à établir ce nouveau droit.

Nous n'hésitons pas à le déclarer, il n'y a pas en France de populations aussi malheureuses que les populations des montagnes; ceux qui ont parcouru les Alpes, les Cévennes, les Pyrénées, les Pyrénées surtout, ne nous démentiront pas. Eh bien! c'est précisément sur les habitants des montagnes que pèsent le plus durement nos lois fiscales, nos lois de douanes, nos lois forestières, nos lois prohibitives de toute espèce: c’est à ce point que l'on pourrait presque affirmer que depuis la révolution de 1789, la condition matérielle des paysans de l’Ariège; et des cantons montagneux de la Haute-Garenne , des Hautes-Pyrénées, des Pyrénées Orientales, etc., etc., ne s'est guère améliorée. Sous la restauration , un député, parlant de leurs misères, s'écriait que le sort des nègres, aux colonies, était de beaucoup préférable. La chambre tout entière cria à l'exagération. C'était de l'exagération en effet; mais ceux qui ont vu de près le malaise qui désole ces tristes contrées comprennent facilement que l'on soit tombé dans cette exagération. 


Le solde de l’Ariège est pauvre; la récolte du blé y est si peu abondante qu'il ne faut point en tenir compte, si ce n'est aux environs de Pamiers, dans les vallées où commence la vaste plaine de Toulouse; le mais, le blé noir, la pomme de terre, voilà pour le présent les plus précieuses ressources de la plupart des cantons qui s'étendent sur le versant et le long des chaînes, depuis les pics qui dominent Castillan, au pied des montagnes jusqu'aux rochers du Quérigut. Les richesses de ces cantons, ce sont les forets et les pâturages qui en couronnant les hauteurs; mais ces forets appartiennent à l'état ou aux communes, ce qui ne veut pas dire que les communes en jouissent; une administration active, ennemie de toute concession, fait constamment bonne garde; le code forestier est si rigoureux, que les habitants des districts où se trouvent les meilleurs pâturages se voient obligés d’affermer tous les ans des montagnes entières en Espagne pour y conduire leurs bestiaux. 
Les tribunaux de Saint-Girons et de Foix retentissant à chaque instant de condamnations prononcées contre les bûcherons et les patres, et les receveurs des domaines ne peuvent suffire au recouvrement des amendes, presque toujours considérables, quelquefois ruineuses, qui atteignent les délinquants.


Les montagnards sont privés de leurs bois et de leurs pacages : c’est assez dire qu'elle est leur pénurie. Un grand nombre tient de petites métairies, à moitié fruits; les autres possèdent quelques lambeaux de prairies et de terres labourables, sans cesse morcelée, amoindrie, en vertu des progrès de la population. Quand on songe aux charges qui les accablent, impôts directs et indirects, impôts du sel, contributions municipales, les, droits de succession, de mutation, d’enregistrement et et bien d’autres encore, c’est à ne pas concevoir qu’ils puissent y subvenir. Ajouter à tout cela que les troubles d’Espagne ont à peu près détruit le commerce d’exportation avec la Catalogne ; ajoutez que, lorsque l’Espagne est tranquille, les probitions de la douane restreignent singulièrement ce commerce ; ajoutez que, par une loi du climat observée dans tous les pays montagneux, les famines sont presque toutes extrêmement nombreuses, et que ces familles sont pour la plupart criblées de dettes contractées à des intérêts écrasants envers les usuriers les plus rapaces du monde, les usuriers de petite ville; pour tout dire, en un mot, nous savons des villages si obérés, si pauvres, qu'à l'aspect de l’étranger qui les traverse, si son costume n’est pas celui des montagnes, la première pensée des habitants est de le prendre pour un huissier ou un collecteur, ou bien encore pour un de ces agents qui distribuent les citations des percepteurs dans les campagnes et auxquels on a donné le nom de porteur de contraintes.



Encore une fois, nous ne voulons d’aucune manière atténuer les torts des paysans ameutés à Foix contre une mesure de l’autorité municipale; mais nous le demandons à cette autorité elle-même, n’est-il pas naturel que, dans leur position, ils éprouvent quelque impatience de voir, à tout propos, établir des péages, des taxes locales, des droits de place, surtout quand ces droits sont levés au profit des villes vingt fois plus à l’aise que les communes rurales, des villes où se fait tout le négoce de détail, où s'exercent les métiers et les industries, et qui sont, de la part du gouvernement et de l’administration l’objet d’une préférence constante et marquées. Et, vraiment, ils devaient bien être à bout de résignation, puisqu’ils se sont révoltés; car nous ne connaissons pas de pays où l’autorité, la loi, le pouvoir soient aussi respectés que dans  l’Ariège ; nulle part la police n’est aussi facile à faire, si tant est qu’il soit besoin d’y faire une police; quatre gendarmes et un brigadier suffisent à maintenir le bon ordre dans plus de vingt bourgades; et si les malheurs de l’Espagne, épidémies et guerres civiles, n’imposaient de temps à autre la nécessite de placer des cordons sanitaires et des corps d’observation dans les ports et les gorges des années entières s’écouleraient sans qu’un seul uniforme de la ligne parût dans les villages du Couserans et du comté de Foix.



Au reste, nous l’avons déjà dit, la misère des paysans est commune aux habitants de toutes les contrées montagneuses; nous avons à plusieurs reprises appelé l'attention des administrations locales et de l’administration supérieure sur les moyens d’améliorer leur sort : après l’échauffourée de Foix, qui oserait prétendre que nous avons soulevé des griefs imaginaires ?

Le Siècle du 21 janvier 1840.