samedi 27 février 2016

- Le sire à la main sanglante.


Mirepoix est une des plus anciennes petites villes du midi de la France. Les habitants du pays donnent à son nom une origine tout orgueilleuse. Comme la colline sur laquelle le château a été construit présente un aspect imposant et dominateur, les passants s’arrêtaient en disant : Admire cette cime, Mira pech. Le château prit peu à peu le nom de Mirapech, Mirepoix. La ville qui vint se mettre sous la protection de ses redoutables murailles, reçut le même nom. Les guerres de religion la soumirent à de grandes vicissitudes. Gui de Lévis, maréchal de la foi, l'obtint pour apanage au commencement du XIIIe siècle. Elle resta depuis lors presque toujours dans sa famille.


Au siècle suivant, les malheurs qui suivirent la descente des Anglais en France, firent éprouver leur contre-coup à la petite ville de Mirepoix. Les sommes énormes et les provinces qu'il fallut livrer pour le rachat du roi Jean épuisèrent la France au point qu'il devint impossible d'acquitter la solde des gens de guerre qu'on avait mis sur pied pour résister à l'Anglais. Ces troupes se débandèrent et organisèrent le pillage et le brigandage sous différents chefs qu'elles choisirent. Une de ces bandes s'abattit sur les terres de Mirepoix, et y séjourna depuis 1359 jusqu'en 1365. Elle avait pour chef un homme résolu, nommé Jean Petit, qui fit trembler souvent les suzerains du voisinage. Gaston Phoebus fut obligé de traiter avec lui pour le faire sortir du royaume.
Mais le jour de son départ, ce brigand pilla et incendia la ville qu'il quittait. Fortifiée depuis pour résister à de pareilles tentatives, elle fut entourée de larges fossés, et enceinte d'une muraille percée de quatre portes et défendue par quatre tours. On en voit encore aujourd'hui quelques vestiges.

Le souvenir des maux causés par Jean Petit est resté profondément gravé dans l'esprit de la population du pays. Il y est connu sous le nom du Sire à la main sanglante; et l'imagination du peuple en a fait un héros dans le genre du Corsaire. Voici ce qu'elle raconte à son sujet. 


Jean Petit s'étant emparé du château et de la ville de Mirepoix , voulut se donner toutes les allures des seigneurs qu'il avait chassés. Il jeta les yeux autour de lui pour chercher une femme qu'il pût lier à son sort ; il ne tarda pas à découvrir la plus fine fleur des damoiselles de la contrée, Marie de Monségur. Marie réunissait tous les avantages que rêve un époux ; elle était belle, riche ; et, ce qui était d'un plus grand poids pour Jean Petit, elle appartenait à une ancienne et noble famille.


Le seigneur de Monségur accueillit avec horreur la demande de Jean. Il s'en inquiéta fort peu ; s'étant procuré des intelligences dans le château , il se rendit maître par un enlèvement de la belle Marie. Dès qu'elle fut arrivée à Mirepoix, il l'épousa malgré elle. Cependant le fiancé de Marie voulut essayer de la soustraire à un sort aussi épouvantable. Il ne fallait pas penser à user de violence : Jean Petit était le plus fort. Muni des pouvoirs du sire de Monségur, le fiancé s'achemina vers le château de Mirepoix pour entamer la voie des négociations. La tradition ne lui donne pas d'autre nom que celui d’Albert.

Jean Petit, prévenu de son arrivée, le reçut avec un grand appareil. Il avait pris les armoiries de Mirepoix, et les faisait porter à ses hommes d'armes; il se piquait d'équité, et il voulut en donner un exemple à Albert. Quand celui-ci parut, Jean tenait une espèce de lit de justice, et il jugeait sans appel les délits qu'on venait lui soumettre. Parmi les délits qui lui furent soumis ce jour-là, il s'en rencontra un qui donna lieu à un singulier acte de justice, tout-à-fait dans les moeurs du temps.
On avait amené un homme qui avait été trouvé maraudant dans une des vignes de la seigneurie de Mirepoix. Jean Petit le fit approcher, et lui demanda quelle excuse il avait à faire valoir pour ce fait.
- Monseigneur, répondit le paysan, je n'ai pris qu'une grappe de raisin à votre vigne; pour un si mince dommage, monseigneur me fera-t-il mourir ?
- Non, reprit Jean ; mais ta punition sera mesurée au dommage que tu as fait à ma vigne.
Cela dit, il se leva, pria Albert de le suivre, et se rendit sur le lieu où le délit avait été accompli. Arrivé là, il fit attacher à un poteau le pauvre diable qui tremblait de tous ses membres ; puis il ordonna que chaque passant serait arrêté, qu'on lui présenterait une pince avec laquelle il arracherait un seul poil de la barbe du coupable. Puis il se tourna vers lui, et lui dit :
- Si chaque passant avait fait à ma vigne ce qu'il va faire pour ta barbe, ma vigne serait vendangée.
Après cet arrêt qui ressemble assez à un apologue, le châtelain regagna le château. Albert voulut profiter de cette circonstance pour entamer sa négociation.


- Messire , dit-il à Jean, j'augure bien pour moi d'une pareille équité; vous-êtes trop juste pour me refuser un bien que la violence seule a fait tomber en votre pouvoir.
- Je ne sais à quoi vous faites allusion, sire chevalier, reprit Jean ; si c'est à la dame de Mirepoix, notre femme, je ne puis admettre ce reproche. Madame Marie est ici de son plein gré, et nul ne la retient ; vous allez l'entendre de sa bouche même.
Jean fit un signe, et Marie parut quelques instants après.
- Madame, lui dit Jean, voici un jeune seigneur qui croit que vous êtes retenue ici malgré vous. Dites-lui ce qu'il en est, et si vous n'êtes pas traitée comme la souveraine maîtresse de céans.
- Cela est vrai, répondit Marie pâle et tremblante ; le devoir m'enchaîne aujourd'hui à la fortune de monseigneur : je ne dois pas le quitter.
Albert ne put soutenir la vue de cette pauvre victime qu'il aimait de toutes les forces de son âme.
- Je n'ai plus rien à faire ici, s'écria-t-il le coeur brisé ; je dois respecter une décision faite avec une apparence de liberté.
Puis mettant un genou en terre :
- Madame, dit-il, cette main qui vous était destinée, cette main qui peut serrer une épée ne vous fera jamais défaut. Voici mon gant ; je le laisse en défi à celui qui se dit sire de Mirepoix.
Marie se précipita sur le gant.
- C'est moi qui le relèverai, dit-elle ; une dernière fois, je serrerai votre main en signe d'amitié ; c'est un adieu à mon père et à mes espérances du passé. Si mon seigneur et maître fait quelque cas de moi, il regardera cette provocation comme non avenue.
- C'est bien, reprit Jean brutalement. Beau cavalier, vous avez entendu le désir de madame Marie ; ce désir est le nôtre. Vous êtes libre de repartir.
Le soir de ce jour, Albert en proie au plus violent désespoir, quittait le château de Mirepoix. Arrivé sur la lisière de la forêt de Bélène, il fut accosté par un chevalier qui lui demanda à chevaucher quelque temps avec lui. Albert eut l'imprudence d'accepter. Quand ils furent arrivés à un endroit épais, éclairé par un rayon de la lune, le chevalier leva la visière de son casque, et il dit d'une voix sourde :
- Je suis celui que tu appelles Jean Petit, le ravisseur de ta fiancée. Tu l'as dit; ta main lui appartient, et je viens la chercher.
A peine avait-il achevé ces mots, que d'un coup de hache il abattit le poignet du malheureux Albert.


Le lendemain matin, cette main fraîchement coupée fut présentée sur un coussin à la pauvre Marie.
- Je ne me refuserai jamais à aucun de vos désirs, lui dit son barbare époux : vous avez ramassé le gant de cette main, la main devait suivre le gant.
On dit que Marie survécut peu de temps à cette scène affreuse. Quant à Jean, le sang d'Albert avait laissé sur sa main des taches qu'il ne put jamais effacer. Depuis lors, on ne l'appela plus que le Sire,à la main sanglante.

Un an après, il quitta Mirepoix, en lui laissant pour dernier adieu le pillage et la mort. Le bruits les plus étranges accompagnèrent cet acte de destruction. Il devint dans le pays de notoriété publique que le Sire à la main sanglante avait lassé la patience divine par ce dernier crime, et qu'il en avait été puni aussitôt. Les uns prétendaient qu'il avait été emporté par le diable ; les autres, qu'il avait succombé sous les coups d'un chevalier inconnu qui ne frappait que de la main gauche. Tous s'accordaient à placer la fin de ce drame dans les sombres retraites de la forêt de Bélène, située a quelques lieues de Mirepoix. Cependant la famille de Lévis était rentrée en possession du château et de la ville ; Philippe de Lévis en était alors le suzerain. Philippe était un noble et puissant seigneur, aussi remarquable par sa valeur que par sa piété. Lui seul ne redoutait pas la forêt de Bélène, et il y faisait de longues chasses avec une suite nombreuse.
Un jour, il s'était laissé emporter fort loin par son cheval, en poursuivant un sanglier. Le jour commençait à tomber, et le crépuscule donnait aux grands arbres et aux immenses allées l'aspect le plus sinistre. Comme Philippe cherchait à s'orienter, il se trouva dans un carrefour qui lui était inconnu. Tout-à-coup un homme se présenta devant lui. Il portait une longue robe; sa barbe tombait sur sa poitrine ; ses cheveux étaient ras. A la vue de ce sinistre personnage, Philippe fit un signe de croix.
- Ne crains rien, lui fut-il répondu ; suis moi si tu as du coeur, et aucun mal ne te sera fait.
Cela dit, l'étrange interlocuteur de Philippe sauta en croupe derrière celui-ci et le cheval, malgré ce double faix, partit avec une vitesse inouïe. Ils arrivèrent bientôt à une grande avenue, au bout de laquelle on apercevait un château magnifique. A mesure qu'ils approchaient, ils rencontraient toutes sortes de gens qui paraissaient s'y rendre. C'étaient de nobles dames suivies de pages blasonnés, des chevaliers à la riche armure, des prélats en grand costume. Cette foule était silencieuse ; et pas un mot n'était échangé entre tous ces personnages.


Nos deux cavaliers arrivèrent bientôt au pont-levis. Le compagnon de Philippe sauta à bas de cheval, plaça sa main devant sa bouche, et fit entendre un bruit étrange qui retentissait comme le son de dix cors. Aussitôt le pont-levis s'abaissa, et un écuyer se présenta pour tenir le cheval de Philippe. Son compagnon ne le souffrit pas ; il prit lui-même la bride du cheval, et il l'attacha à un anneau scellé dans le mur de la première cour. Il y avait déjà un grand nombre de chevaux ainsi attachés.
- Suis-moi, dit-il ensuite à Philippe; et quoi qu'on te dise, ne réponds pas ; quoi qu'on t'offre, n'accepte pas.
Philippe et son mystérieux compagnon pénétrèrent dans un vestibule immense où se tenaient toutes sortes de gens d'armes, de pages et d'écuyers. Les uns jouaient aux dés ; les autres fourbissaient leurs armes ; ceux-ci paraissaient causer à voix basse ; ceux-là allaient et venaient comme des serviteurs empressés. Après ce vestibule, nos deux voyageurs traversèrent plusieurs salles remplies de chevaliers et de nobles dames qui ne paraissaient pas voir les nouveau-venus. Ils entrèrent enfin dans une pièce moins vaste que les autres, où il y avait une table dressée autour de laquelle circulaient des visages plus sinistres encore que ceux qu'ils avaient vus. Un seul homme était assis à cette table. Philippe n'eut pas de peine à le reconnaître, c'était le Sire à la main sanglante. Il était là, sombre et silencieux, l'oeil hagard et immobile. A l'arrivée de Philippe, il se leva lourdement, et lui fit signe de la main de s'asseoir vis-à-vis de lui. Le sire de Lévis frémit d'horreur : cette main était toujours tachée de sang.
On servit un splendide festin. Malgré la faim qui le dévorait, de Lévis n'acceptait aucun mets; quant au Sire à la main sanglante, il n'y touchait pas non plus, aucun n'étant placé devant lui. A chaque service, un écuyer vêtu de noir déposait devant son maître une main fraîchement coupée, posée sur un riche coussin. Quand ce sinistre repas fut terminé, le singulier convive de Philippe se leva ; il jeta un regard de souffrance et de désespoir sur celui ci, et se retira, précédé du même écuyer qui portait devant celui-ci une main encore saignante. Philippe leva les yeux ; il vit les murs tapissés de ce sanglant trophée. Cependant il ne restait plus personne dans la salle. Le guide de Philippe le prit par la main, l'amena dans la cour détacher son cheval, et lui fit signe de monter. Quand ils eurent fait quelques pas dans la forêt, Philippe l'interrogea sur le spectacle dont il venait d'être témoin.

Voici ce que son compagnon lui répondit :

- Il y a sept ans que celui que tu viens de voir subit le châtiment qu'il avait mérité par ses crimes. Lui, et tous ceux qu'il avait associés à sa vie, ne souffrent pas d'autre torture que de se trouver en présence de leur victime. Cependant le ciel a pris en pitié leurs souffrances ; la sainte Marie de Monségur a obtenu leur pardon, à condition qu'un légitime possesseur du château et de la ville de Mirepoix ferait bâtir un lieu de prières, en expiation des crimes du Sire à la main sanglante. Il peut refuser, ou consentir : Dieu lui en laisse la liberté.

Cela dit, l'esprit disparut.


Arrivé à Mirepoix, Philippe assembla les notables de la ville , et leur raconta ce qu'il avait vu. Tous décidèrent d'une commune voix que, puisque le ciel consentait au pardon des crimes dont ils avaient été victimes, il serait impie à eux de refuser ce pardon. En l’année 1370, les travaux furent commencés ; ils ne furent terminés qu'en 1402. Mais Philippe de Lévis ne borna pas sa munificence à l'érection d'une église, il y joignit un magnifique clocher qui est bien supérieur à l'architecture de celle-ci. Il fit aussi construire un beau palais épiscopal. Ces trois édifices témoignent seuls aujourd'hui de l'ancienne importance de Mirepoix.


D’après l’ouvrage du Cte Amédée de Beaufort, Légendes et traditions populaires de la France, 1840.

vendredi 26 février 2016

- La légende du Château d'Amour de Massat.


Au 15ème siècle, le beau châtelain de Massat vicomte de Rabat  souhaitait le bonheur des populations de ses vallées et pour se faire, il goûtait à tout. C'est ainsi qu'il décida d'appliquer à la lettre le fameux «droit de cuissage». Il exigea avec courtoisie (?) que le soir des noces, la jeune mariée devait partager sa couche dans son «palais». Evidemment, son droit ne s'exerçait jamais plus après !!!! Cette mauvaise habitude des seigneurs couta «la vie» au château lorsque les paysans se révoltèrent quelques années plus tard... Mais comme souvent, le temps efface les maux, et d'autres mots sont venus pour parler de l'histoire de cette vieille ruine. Aujourd'hui, ces pierres portent le nom curieux du « Château d'amour de Massat ». L'amour fait rêver, et aujourd'hui encore, on prétend que les ruines de cet ancien castel portent bonheur. Le soir, devant le soleil couchant, sur une pierre en forme de banc, les amoureux viennent admirer la vallée en se faisant des promesses d’éternité... Les "vilainrries" des seigneurs d’antan sont oubliées. L'amour est toujours le plus fort !


Si aujourd’hui le droit de «cuissage» est punissable, et juridiquement considéré comme un délit grave. Au 15 ème siècle ce droit était considéré alors comme une coutume, un seigneur s'octroyant le droit de déflorer la jeune épouse d'un serf au cours de la nuit de noces.

Dans cette «jolie légende» il existe un fond de vérité, mais ce n’est qu’une légende, la réalité est tout autre !

En montant à Massat, sur votre gauche, au delà du hameau de Lirbat, apparaît un sommet dénommé le «Quer» ou rocher des Balmes. Surplombant l’Arac et le moulin de Lirbat, ce site très boisé abrite les ruines d’un château féodal : « le Castel Damous », aujourd’hui, « Castel d’Amour ».
Un chemin tracé dans le bois conduit à une bergerie abandonnée, construite vers 1865 avec les pierres de l’ancien château.
On imagine que ce fut un magnifique château au début du XVII ème siècle. De dimensions rectangulaires de 25 mètres sur 10 environ, il appartenait aux comtes de Foix-Rabat. Cette propriété dépendait, au XIV ème siècle des vicomtes du Couserans. Elle échoit en 1600 à Henri Gaston de Foix, en héritage de son père.


Henri Gaston de Foix épouse en 1616 Jeanne de Pardaillan, de leur union naîtront Jean-Pierre Gaston et François Gaston, eux aussi futurs futurs fléaux du pays. Tyran de ses vassaux, sans cesse en procès avec ses frères, sœurs et cousins, sans cesse en difficultés avec le Parlement de Toulouse, frappé successivement de peines graves, chef de bandes à pied et à cheval et absent des guerres officielles que la couronne a à subir, président «d'assemblées» de brigands et de voleurs dans sa vieillesse.

Oui Henri Gaston de Foix fut un triste sire qui régna sur la vallée de Massat et fut un vrai fléau pour les Massatois. Ainsi en 1619, Henri Gaston obtient du Parlement de Toulouse un arrêt ordonnant l'emprisonnement de trois Massatois et défendant aux consuls de la ville de Massat de couper du bois dans ses forêts sous peine d'une amende de 3000 livres.
Alors que les épidémies et les famines sont fréquentes et se succèdent, en 1637, les manants et habitants de Massat demandent au Parlement de Toulouse que les excès, violences, oppressions, voies de fait commises par messire Henri Gaston de Foix soit condamnées, le Parlement de Toulouse leur donna raison. Procédurier à outrance, le vicomte ne s’avoue pas vaincu. Les procès se succèdent. Les habitants de la vallée de Massat s'accrochent aux termes de la charte de 1446, par laquelle ils jouissent de sacrés privilèges pour l’époque.


De procès en violences, las de l'oppression, l'insurrection des paysans de la vallée de Massat finit par éclater. En 1639, Henri-Gaston de Foix est chassé du pays. Son château est incendié ainsi que ses fermes, ses biens dérobés. Le vicomte porte plainte pour voies de fait et autres excès commis par les habitants de la vallée et vicomté de Massat, tant aux personnes des Seigneurs père et fils, qu‘en leurs biens, ayant dégradé les bois et forêts de la vallée, démoli et rasé le château, tours et maisons, granges et leurs bâtiments, pris et enlevé tous leurs biens, meubles, papiers, titres, documents, argent et autres choses qui étaient dans les susdites maisons, après des procès «ruinés et perdus» les habitants avaient dû s’incliner et faire appel à la bonté de leur seigneur pour le prier de les recevoir à merci, les pardonner leur acte de félonie et autres excès et entreprises par eux commises, offrant de lui réparer le tout et injure qu‘ils lui avaient faite, de lui rendre à l'avenir tous les devoirs auxquels sont tenus les vassaux  envers leur seigneur…

En 1646, une transaction est signée avec le vicomte Jean-Pierre Gaston de Foix qui abandonnait toute poursuite contre les habitants. Ceux-ci s'engageaient à rebâtir à leurs frais et remettre en l'état où ils se trouvaient auparavant le château d’Amour et toutes autres tours, maisons, métairie: et forges, dans un délai de trois ans pour le château et les tours et de un an pour les autres bâtiments.
Ils devront aussi payer 16 000 livres de dédommagement. Le seigneur conserve ses droits sur les meubles, bétail qui lui ont été enlevés. Et garde aussi la banalité des moulins, les paysans devront continuer à moudre leur grain chez lui. D'autres contraintes leur seront imposées en considération de la rémission et pardon du crime de félonie et autres excès commis par les habitants.
Mais les engagements imposés par la transaction ne furent pas tous entièrement réalisés. Le château ne fut jamais reconstruit. Il resta en l’état de ruine, envahi par les ronces et le lierre.


Désormais, « le Castel Damous » demeure à jamais le Castel d’Amour en souvenir des exactions que les seigneurs y auraient pratiqué avec des jeunes mariées avant leur première nuit de noces.

Légende ou réalité ? Sans doute proche de la réalité quand on mesure que les vicomtes de Massat, père et fils furent condamnés au bannissement et à la confiscation de leurs biens pour de nombreux actes de violence, de pillage, de rapt dans la vallée de Massat et de Foix. Mais le jugement ne sera jamais exécuté.

150 ans avant la Révolution Française, les paysans Massatois, las de l’oppression seigneuriale, avaient renversé leur Bastille sans grand résultat. Les seigneurs n’entendaient pas faire l’abandon de leurs privilèges. Cependant, les paysans Massatois avaient balisé le chemin qui devait conduire à la nuit du 4 Août 1789, qui vit l’abolition du régime féodal.
Ce fait historique a sans doute contribué à la réputation des Massatois.


jeudi 25 février 2016

- Tremblement de terre à Luzenac le 24 mai 1909...

TREMBLEMENT DE TERRE 
observé à Luzenac (Ariège), le 24 mai 1909 
Par M. MENGAUD.

Professeur de sciences naturelles au Lycée de Toulouse.


Un tremblement de terre correspondant à peu près au degré 3 de l'échelle de Rossi-Forel (d'après M. Mengel, directeur de l'Observatoire météorologique et magnétique de Perpignan) a été observé à Luzenac (Ariège), par MM. Goubeau et Zwilling, dans la soirée du 24 mai 1909.



M. l'ingénieur Zwilling a bien voulu me confirmer son observation et me donner des détails circonstanciés dans une lettre qu'il m'a écrite à la date du 11 juin dernier. Je lui adresse tous mes remerciements pour son obligeance et je vais résumer ici l'ensemble des faits qu'il a constatés.
La secousse sismique a été ressentie vers 9 h. 55 du soir et s'est traduite d'abord par un sifflement comparable à un fort coup de vent accompagné ensuite de trépidations analogues à celles que produit le passage d'un train lourdement chargé et marchant à une grande vitesse. L'observateur, qui lisait au rez-de-chaussée de son habitation, a perçu ensuite un léger craquement, comme celui d'un meuble, puis le bruit a rapidement décru.
Le phénomène s'est fait sentir pendant une vingtaine de secondes environ et son intensité maximum n'a pas excédé une demi-seconde.
La direction de l'onde sismique a paru être Sud-Est-NordOuest à M. Zwilling. Elle semblait descendre la vallée de l'Ariège ainsi orientée à Luzenac.



Ce tremblement de terre doit être d'ordre tectonique et tout à fait local. MM. Zwilling et Goubeau ont fait remarquer, avec raison, qu'il coïncide en direction avec la ligne de contact anormal jalonnée par les pointements ophitiques de Bestiac-Vérnaux-Lordat. J'ajoute qu'il suit également le sens du grand chevauchement sud du massif du Saint-Barthélemy, dont les gneiss reposent directement sur des calcaires secondaires (vallée d'Axiat-Appi-Cazenave).

En revanche, une nouvelle lettre du 18 juin dernier m'apprend que le séisme important du 11 juin, qui a produit aux environs d'Aix-en-Provence les désastres que l'on sait, n'a pas été ressenti à Luzenac du moins par les observateurs précédents.

mardi 23 février 2016

- La rivière souterraine de Labouiche.

Le pharmacien Paul Salette « met en scène » la rivière souterraine de Labouiche.

La rivière souterraine de Labouiche, située en Ariège à Baulou non loin de Foix, est certainement une des curiosités touristiques les plus surprenantes de France. La rivière coule à plus de 60 mètres sous le niveau du sol. L'accès se fait soit par le puits artificiel qui conduit à l'embarcadère en passant par la salle Reynald, soit par l'entrée naturelle d'Aïgo Perdent au fond du vallon sous la ferme de Labouiche. Pendant plus d'une heure, la barque glisse majestueusement sur l'eau transparente. Seuls le clapotis, les commentaires du guide ou les interjections d'admiration des visiteurs rompent le silence minéral qui permet de mieux admirer le fabuleux spectacle qui s'offre à eux.



Face au guichet où sont délivrés les tickets d'entrée, trône un beau et grand portrait photographique du pharmacien Paul Prosper Salette (1906-1962). Il est précisé que cet homme fut le premier président de la « Compagnie fermière d'exploitation de la rivière Labouiche , fondée en 1936.

L'histoire de l'exploration de la rivière Labouiche a été longuement narrée par le spéléologue Norbert Casteret. La découverte serait due au Dr Jules Dunac qui, accompagné de ses deux fils et de deux officiers, s'engagea en 1908 sous la voûte dite de l'Aïgo Perdent. Les cinq hommes découvrirent avec surprise l'existence d'une rivière souterraine qu'ils remontèrent jusqu'à un premier siphon situé à 300 mètres de l'entrée.
Dunac s'était installé à Foix en 1898. Intrigué par sa découverte, il poursuivit ses investigations avec le concours du Dr Pierre Crémadells, d'une quinzaine d'années son cadet.



Vers la fin 1908, le célèbre spéléologue et fondateur de la Société de géologie Edouard Alfred Martel les rejoignit. Ses deux expéditions successives se soldèrent par un relatif succès, mais butèrent sur le fameux siphon : la rivière de la Bouiche avait révélé treize cents mètres de parcours, mais, faute de temps, l'exploration ne fut pas reprise par Martel.

Un quart de siècle s'écoula. En 1935, un jeune dessinateur de la SNCF nommé Lagarde reprit les explorations et découvrit une nouvelle voie d'accès. Avec le concours du préhistorien Joseph Mandement, il fit sauter le siphon réfractaire et relança l'intérêt pour cette rivière souterraine. Le Syndicat d'initiative de Foix, puis une Société fermière d'exploitation eurent l'idée de faire explorer la rivière le plus loin possible et de la faire aménager touristiquement. 

C'est à ce moment qu'intervint notre pharmacien. Né le 9 juin 1906 à Ax-les-Thermes, diplômé en pharmacie de la Faculté de Toulouse, Paul Prosper Salette s'installa d'abord à L’isle-en-Dodon, entre Auch et Saint-Gaudens. Puis en 1934, il déménagea sa pharmacie à Foix et fit, la même année, l’acquisition d'une seconde officine à Pamiers. 



Ami du Dr Crémadells, il accompagna ce dernier dans de nouvelles explorations souterraines, après la percée de Lagarde en 1935. Grand sportif (il fit partie de l'équipe de France de rugby et fut champion d'Ariège en saut en hauteur et en longueur), il escalada la belle cascade qui porte aujourd'hui son nom et poussa l'exploration, avec Crémadells, jusqu'à un deuxième siphon apparemment infranchissable.

Salette entrevit immédiatement l'intérêt touristique d'une aussi belle « attraction » : il mit en place une Compagnie fermière dont le prix de l'action fut fixé à 1 000 francs. « M. Paul Salette poursuivit avec succès l'exploration et l'aménagement avec l'électrification, la suppression de toutes les sources de danger, la construction d'une plate-forme d'embarquement et d'une digue permettant d'élever le plan d'eau, la pose d'un câble pour le halage des barques et la construction sur place de ces embarcations. On lui doit également le percement d'un puits artificiel permettant d'accéder directement à l'embarcadère. La rivière souterraine de Labouiche fut ouverte au public en 1938.



Entretemps, Norbert Casteret, secondé par le jeune menuisier fuxéen Joseph Delteil, était parvenu à franchir le deuxième siphon. Mais cette partie du tracé, jugée trop dangereuse et obstruée par un troisième siphon, n'est pas accessible au public.  Un secret de plus à l'actif de cette splendide rivière souterraine où les touristes, eux, peuvent désormais circuler en barque sur un kilomètre sept cents de la partie qui a été aménagée et qui constitue la plus longue navigation de France et même d’Europe.

Interrompue par le conflit de 1939, l'exploitation du site reprit après la guerre. Devenu l'actionnaire majoritaire, Paul Salette poursuivit les aménagements.

L'histoire ne s'arrête pourtant pas là. Salette fut aussi, d'octobre 1947 à sa mort prématurée en avril 1962, maire d'Ax-les-Thermes. 
Il rénova les installations de la ville thermale et fonda la station de ski du Saquet ( Ax les trois domaines ).
Un homme qui, décidément, ne manquait pas d’initiatives...

Vidéo FR3, présentation de la rivière souterraine de Labouiche.




Site officiel de la rivière de Labouiche.







lundi 22 février 2016

Souvenirs des Pyrénées.

Louis Julien Jacottet (1806-1880)

Dessinateur Français de grand talent, Louis Julien Jacottet a parcourue les Pyrénées et réalisé une centaine de lithographies. Ses dessins originaux, dispersés dans les fonds privés, révèlent une grande aisance du trait ainsi qu’une appréciable justesse de regard. On peut les considérer comme des documents avant que ne s’impose la photographie, et certaines de ses vues de Pau, attestent d’une mise en page pré-photographique, dans le sens où leur construction, efficace et séduisante, repose sur un effet de cadrage et de hors champ puissant.






Sources des documents: Rosalis. Bibliothèque numérique de Toulouse.

- Les fantômes du Palet de Samson.


Dans la vallée du Vicdessos, auprès d'un gouffre insondable de la haute montagne ariégeoise, au col de Sem aux environs du village du même nom, on peut voir chaque année dans la nuit du 1 novembre, deux fantômes, une dame blanche et un guerrier gaulois, qui s’entretiennent à voix basse et prennent, dans les ténèbres, les libations que leur préparent les mains pieuses de ceux qui entourent les morts d'un culte fidèle.


Autrefois, l’Ariège était couverte d'épaisses forêts, habitées par les Druides, qui pratiquaient les sacrifices humains sur cette terre où l'on ne connaissait pas la terreur de la mort. Certes, la conquête romaine avait aboli en droit les sacrifices; en fait, ils s'étaient continués rares, isolés, à l'abri des bois impénétrables. 

Antonia la fille du grand druide s'était éprise, à l'insu de son père, d’un prisonnier gaulois, que la tribu celtique avait résolu de sacrifier à son dieu d'épouvante, qui répandait la terreur, par ses autels de pierre, dans le pays de Sos et dans le Couserans.

Le prêtre avait éloigné sa fille bien aimée des apprêts de la fête sanglante, poursuivant, dans le secret, son œuvre fanatique, avec la conviction profonde que le sacrifice le ferait entrer à son dernier jour dans l'immortalité heureuse, sans avoir, comme les autres, à renaître trois fois, à expirer trois fois.

Le guerrier gaulois, gardé dans une grotte, aurait pu fuir avec celle qu'il aimait. Mais, dans sa fierté, il avait refusé de devoir à la fuite la vie et le bonheur. Un soldat de Vercingétorix ne pouvait redouter la mort et céder à la peur. Il évoquait le souvenir de ses compagnons d'armes, épris d'honneur, ivres de folle bravoure, qui se défiaient en combats mortels pour savoir seulement qui tomberait le mieux sans un tressaillement des muscles du visage. 

Le druide avait décidé que le sacrifice aurait lieu à l'aurore, à l'instant précis où jailliraient les premiers rayons du soleil.

Une acclamation ininterrompue, surhumaine, éclata dans la foule quand le prisonnier parut entre le druide et le barde, souriant et calme. Le gaulois avait résolu de mourir en beauté.

Il avait teint de rouge ses moustaches tombantes ; il portait ses armes de guerre, son casque d'argent, le bouclier de peau où étaient peintes des têtes de vautour.

Ivre d'orgueil, il allait, la tête haute, songeant seulement à celle qu'il quittait. Il la revoyait dans son esprit, immatérielle et pure, se mêlant aux déesses et aux fées qui traversaient la forêt par les belles nuits d'étoiles: « Pourquoi ne lui ai-je rien dit ? Elle serait là. Elle viendrait avec moi dans la mort ! ». Instinctivement, il la cherchait dans la foule.

Brusquement, sur la crête du Pic du Midi De Siguer un rayon de soleil éclaira l'horizon. C'était le signal. Le gaulois fit face à ces hommes qui fixaient sur lui leurs yeux graves. Il enveloppa d'un regard la terre où le druide, les bras levés, faisait l’offrande du sang. Avec un sourire héroïque, il allongea son corps sur le dolmen et tendit la gorge au couteau du druide. Un long jet rouge et tiède dégoutta sur les pierres. Avec des accents rauques vers le dieu terrible, le sacrificateur repoussa le cadavre de sa victime dans le gouffre profond.

A ce moment, la fille du druide arrivait à cheval, buvant l’air frais, buvant la vie, toute nimbée d'or par son admirable chevelure blonde, un rayon de joie dans les yeux. Surprise de ce rassemblement inattendu, elle écarta les spectateurs. Quand elle eut appris l'égorgement du prisonnier, ses traits restèrent immobiles, se fixant dans une résolution énergique. L'indignation et le dégoût la soulevaient. Une tempête de haine grondait dans son cœur, mais n’altérait pas son visage. Calme, elle se pencha sur le gouffre, où le corps de l'aimé gisait sans sépulture et prononça les paroles que rien n'efface : « Ecoute ! Tes meurtriers iront au fond du gouffre. Je te donnerai leur sang pour ton sang. Et puis je viendrai… ». 


Et comme apaisée par ce serment sauvage, elle se précipita sur son père et sur le barde et les poignarda. A leur tour, les corps des sacrificateurs roulèrent dans l'abîme. Sa vengeance satisfaite, la fille du druide s'élança dans la nuit de l'excavation pour rejoindre celui qui avait pris son cœur et avait sacrifié sa vie au désir de se faire aimer sous une auréole éternelle de courage et d'orgueil surhumains.

Depuis ce temps, les fantômes d’Antonia et de son bien aimé hantent les alentours du « Palet de Samson » le dolmen du Col de Sem la nuit de la Toussaint, le 1 Novembre.


Source: L'égendes d'Ariège + JJB


dimanche 21 février 2016

- La Princesse du château de Bremevaque en Bethmale.


Le folklore de la vallée de Bethmale a conservé d’antiques souvenirs populaires se rapportant au château de Bramevaque, dont la sombre silhouette se détache, près du village d'Arrien-Bethmale, sur un promontoire rocheux dominant la pittoresque et verdoyante vallée du Couserans.

Les Bethmalais, peuplade de bergers montagnards, ont toujours cru aux mystères des choses cachées. Ils ne redoutent ni les bêtes sauvages, ni le feu, ni le sang, ni la mort. Mais ils tremblent devant les ombres qui passent, les voix qui pleurent, les fantômes invisibles et hostiles qui vous regardent avec des yeux qu'on ne voit pas.

Bramevaque possède un donjon, tour carrée sans ouvertures extérieures, à demi recouverte d'une voûte en maçonnerie. Au début du siècle, il était défendu, sur les côtés accessibles du mamelon, par un triple rempart, tandis qu'un simple mur de clôture dominait le ravin à pic. Une cour pavée environnait la tour; elle était occupée par de petits corps de logis liés aux murs d'enceinte. Le castel Couseranais était une de ces pittoresques citadelles avancées, bâties le long de la chaîne des Pyrénées pour en défendre les passages ; il surveillait le port de la Quere et les gués du Lez. Il commandait les deux vallées de Biros et de Bethmale.


Une poétique légende, datant du Moyen Age, anoblit ces vieux pans de murs recouverts de lierre et qu'effritent les intempéries.

Dans le souterrain du château sont cachés un trésor et une cloche d'or, gardés par un serpent. Au cours des siècles, par les nuits froides d'hiver ou les douces nuits d’été, on entend parfois le son grave de la cloche annonçant un événement important dans le royaume de France. Des bergers cheminant, après minuit, aux abords de la colline ont surpris des voix, ont perçu des lueurs dans les ruines du manoir reprenant vie pour quelques heures.

Un jour d'été, arriva dans le pays une jeune fille blonde d’une ravissante beauté, vêtue de blanc, pâlie par l'es fatigues d’une longue route. La mystérieuse étrangère se dirigea directement vers les vieux murs par le sentier du Levant.

Les paysans qui l’aperçurent, aux premières lueurs de l’aurore, ne purent jamais savoir par où elle était venue.


Près d'une touffe d'herbes, elle s'arrêta et frappa trois coups de son pied mignon. Un dragon aux yeux étincelants leva au-dessus des herbes une tête diaprée de mille nuances et dit, d’un ton doux et caressant : « Belle fille aux longs cheveux d'or, que cherches-tu de si grand matin sur ces rocs solitaires ? ».

- « Beau serpent, répondit-elle, je suis la fille des anciens seigneurs de ce castel. Je viens chercher le trésor caché par mes ancêtres sous ces ruines ».

- « C'est moi qui suis le fidèle gardien du dépôt de tes pères. Je te montrerai la cachette et tu seras plus riche qu'une reine, si tu veux me laisser déposer un seul baiser sur ton chaste front.

- « Un baiser, c'est trop me demander. Je ne l’accorderai qu'au noble chevalier qui dort dans le souterrain près du coffre en fer de mes pères. Mon âme cherche son âme et nous nous retrouverons un jour. Va t'en, je ne veux plus entendre ta voix ! ».


La jeune inconnue quitta précipitamment le château pour échapper à la séduction du démon et se réfugia dans une chaumière voisine, où elle raconta ce qui venait de lui arriver. Elle parla de son fiancé, le beau chevalier à l'armure d'argent, mort héroïquement en combattant les Sarrazins, qu'elle retrouverait quand elle aurait subi la longue période d'épreuves imposées par les génies de la montagne pour le sang versé. Elle termina la conversation par ces mots : « Ces augustes sommets ont vu, trop souvent, couler le sang des hommes, infidèles ou chrétiens. Et à cause de cela la tache rouge du rhododendron fera oublier au passant la blancheur immaculée de la neige ! ».



Puis la belle voyageuse épuisée de fatigue, demanda à prendre un peu de repos. On étendit une peau de mouton près de l'âtre et la princesse aux magnifiques cheveux d'or s'endormit d'un sommeil profond. Et les gens de la maison, du plus petit au plus grand, s'en allèrent aux champs. A leur retour, la « dame en blanc » avait disparu. Par un chemin inconnu, à travers la montagne, la gracieuse apparition avait regagné sa lointaine patrie.


Source: Légendes d'Ariège édition 1968

samedi 20 février 2016

- La légende de Notre-Dame de Sabart.


Notre Dame de Sabart, par ses belles cérémonies religieuses, ses cures merveilleuses, son antique sanctuaire, son histoire, attire, tous les ans, une foule nombreuse de pèlerins et de touristes, qui unissent au culte de la Vierge le souvenir du « Grand Empereur à la barbe fleurie », paladin du Christianisme et libérateur de la chrétienté.


L'église située a un kilomètre de Tarascon, sur la route de Vicdessos, séduit immédiatement le visiteur épris des beautés du passé. Malheureusement, elle a éprouvé dans le cours des siècles de nombreuses transformations qui lui ont fait perdre sa physionomie originelle. On peut cependant reconnaître l’intérêt archéologique de son plan basilical dont l’austère simplicité n’a pas été détruite : trois nefs séparées par de lourds piliers et terminées par une abside de même venue. L'édifice paraît remonter au douzième siècle, à cette période de foi religieuse où le monde rejetait sa vétusté « pour se vêtir fraîchement d'une parure de sanctuaires blancs ». Dès cette époque, le chœur fut orné de deux vitraux peints reproduisant la Vie très édifiante de saint Jean Calybite.



Voici d'après la légende, fantastique récit transmis, d'âge en âge, dans les souvenirs populaires, l'origine de la miraculeuse chapelle, dédiée par Charlemagne à Notre-Dame de la Victoire après une bataille où les Sarrazins furent battus dans la plaine voisine.

Les Sarrazins avaient porté la ruine et la désolation dans tout le Sabarthès. Leurs hordes s'étaient répandues dans toutes les vallées échelonnées le long de l’Ariège et de ses affluents. Bourgs, villages, églises, monastères, tout avait été détruit dans cette partie des Pyrénées ariégeoises.

Déjà, le bruit retentissant des armes a cessé ou s'éloigne, l’écho des montagnes ne répercute plus au loin les clameurs sauvages de la mêlée. L’infidèle haï règne en maître dans ces vallées, «dont la mort, la fuite ou le ferrement de l'esclave ont fait un désert ».
Quelques années ont suffi pour faire disparaître de ce sol, où les Romains avaient longtemps séjourné, où leur tempérament de bâtisseurs avait élevé des temples à leurs dieux, des forteresses à leurs légions, toute civilisation et tout vestige du progrès humain.


Cette domination dura trente ans Charlemagne et ses lieutenants lui porteront les derniers coups. 

Chaque étape de la croisade libératrice des Francs laissera une empreinte ineffaçable dont s'emparera la tradition. Ecoutons celle-ci rapportée par Adolphe Garrigou.

Charlemagne poursuit sans relâche les Sarrazins maudits et les pousse dans la gorge où coule l'Ariège. Tout à coup, sur un terrain inculte qui n'offre à l'œil qu'une végétation triste et rabrougrie, au pied d'une montagne dont des bois épais assombrissent la croupe, le palefroi du roi franc s'arrête épouvanté.

Charlemagne stimule en vain le coursier qui reste immobile.
Trois fois, il enfonce l’éperon dans les flancs du cheval. Trois fois, l'animal recule. Cependant, l’écuyer s'est jeté en avant. A peine a-t-il fait quelques pas, qu'il se voit tout à coup entouré d'ennemis, venus en rampant à la faveur de la nuit, pour épier les mouvements de l'armée chrétienne.


Le grand conquérant voit le danger qui menace son serviteur. Il entend déjà le cliquetis des armes. Son impatience redouble. Il aiguillonne de nouveau son coursier, mais celui-ci n’avance point. Une puissance secrète attache son pied à la terre. Alors, Charlemagne saute à bas de sa monture. D'un bond il a rejoint son compagnon. Stimulés par une force surnaturelle, les Francs massacrent jusqu'au dernier les aventureux Sarrazins.

Après le combat, à la place où le palefroi s'est cabré, une vierge lumineuse et rayonnante de beauté apparaît. L’apparition s'évanouit quand les sommets commencent à s'éclairer.

Le chef a compris le signe divin. Il réunit ses troupes sur le lieu du miracle. Deux génisses blanches, jusque là indomptées et conduites par le roi lui-même, explorent cette terre mystérieuse. Le roi découvre une statue d'airain, qui est dressée solennellement sur un autel de pierre où une main invisible a gravé ces mots prestigieux « Notre-Dame de la Victoire ». 


Vainement, Charlemagne a décidé de doter de ce miraculeux trésor la basilique de Saint-Nazaire à Foix et l’a fait transporter dans l'antique cité groupée autour du rocher. Par deux fois, la statue revient dans le site sauvage où elle est apparue au roi chrétien. Plus de doute possible. C'est sur cette lande inculte, au pied de ces montagnes abruptes, propices au recueillement et à la prière, que la Vierge veut être honorée. C'est là que la reconnaissance et la piété lui élèveront un sanctuaire et que dans les siècles à Venir, les populations de la contrée éterniseront, par un pèlerinage annuel, la victoire qui affranchit leurs pères de la plus odieuse des oppressions.

La fête du 8 septembre attire l'attention des Français, à l’heure des grandes crises, vers un de ces édifices religieux de la Vieille Ariège, où, selon l'expression de Huysmans, « le peuple vient dans la joie, dans la clarté et la lumière chercher le déploiement de l'âme ».


Ce qui se dégage d'une visite à l'antique sanctuaire pyrénéen, rappelant l'es origines de la France, c'est l'impression de la durée, de la continuité des vénérables traditions qui nous relient, en dépit des révolutions et par dessus les âges, aux ancêtres qui dorment sous la terre. Ce que l'on emporte de Sabart, lieu éternel de ferveur religieuse, c'est l'idée de l'autrefois marqué en toutes choses, non pas immobilisé en rigides attitudes et en magnificences mortes, mais intime, familier, mêlé aux actes les plus humbles et les plus simples, fondu dans le présent et vivant avec lui, d'une vie indomptable et tranquille, qui coule lentement à travers les siècles.