vendredi 22 février 2019

Le Pots de Paysa à Salsein ( le diable métamorphosé en cheval ).



Non loin de Castillon-en-Couseran au lieu dit «Le Pots de Paysa» sur la commune de Salsein, existe l’entrée de la grotte de Paysa. Passé l’entrée de la grotte une galerie plongeante aboutit à plusieurs salles aux  parois tapissées d'excroissances calcaires. 
De ce trou  béant, l'imagination populaire en a fait une porte de l'enfer devant laquelle on passe en courant. 

Le Diable,  sous des apparences diverses, guette les humains à la lisière des bois pour les entraîner dans ces sombres domaines. 

Du récit qui va suivre vous ne trouverez pas trace dans les archives communales de Salsein, celles-ci ayant malheureusement brulés dans la nuit du 4 octobre 1889. Mais la personne qui m'a rapporté ces faits est tout à fait digne de foi.

Une jeune fille  aperçut, un jour sur la Coume d’Estrète, un superbe cheval noir qui était en train de brouter. Elle monta sur la bête, dans l'intention de faire une promenade, mais le cheval tourna bride et au galop, s'engouffra  dans la grotte. Plus jamais on ne vit l’imprudente jeune fille. 


Peu après, sa mère désolée, puisant de l'eau à la fontaine du village, reconnut au fond de sa cruche l'alliance de sa fille qui brillait.

Sur le chemin du Col de l'Arraing.


dimanche 10 février 2019

Idée de menu pour la Saint Valentin. Cuisine traditionnelle de l'Ariège.



Voici un menu de la Saint Valentin comme vous auriez pu le préparer autrefois. Tous les plats de ce menu ont réellement existé et appartiennent à la cuisine traditionnelle Ariègeoise. Il suffit de les réaliser de nouveau pour qu'ils retrouvent leur place sur nos tables.

Bon appétit et belle Saint-Valentin.









Les recettes du Menu de la Saint Valentin.























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mardi 5 février 2019

Le 5 février, si l'hiver n'est pas au fond du sac de Sainte Agathe, il est au sommet !



LES COUTUMES RELATIVES A SAINTE AGATHE.

Dans la Haute-Garonne et les départements voisins, l'Ariège et l'Aude, notamment, la fête de sainte Agathe est caractérisée par un certain nombre de coutumes qui sont pour la plupart tombées en désuétude, mais dont le souvenir s'est conservé dans les traditions populaires.
L'interdiction de filer, et surtout celle de laver la lessive ce jour là, l'influence attribuée à sainte Agathe sur la formation des orages sont les traits principaux de ces croyances.
Nous allons examiner successivement ces trois éléments folkloriques qui donnent à sainte Agathe une physionomie si particulière.
Nous ne citerons qu'un petit nombre de localités ; ce sont celles où les circonstances nous ont permis d'obtenir des informations ; mais sans nul doute, une enquête méthodique permettrait d'en allonger considérablement la liste.

Interdiction de filer. 

— Cette coutume se rencontre à Erp (Ariège) et à Saint-Félix-de-Caraman (Haute-Garonne). Dans cette dernière localité on raconte à ce sujet l'histoire suivante.

Une femme était restée occupée à filer la nuit de sainte Agathe jusqu'à neuf heure du soir. Quelqu'un frappa à sa porte. On ouvrit. Une femme inconnue entra et dit : « Tout aussi bien, je filerais. » La visiteuse reçut de l'étoupe et se mit à l'ouvrage. Mais elle filait avec une rapidité prodigieuse ; elle abattait quatre fois plus de besogne que la femme de la maison. Celle-ci effrayée va trouver la voisine, qui lui conseille de dire en rentrant : « Le feu est au cimetière ! ». La femme suit le conseil. L'inconnue se lève aussitôt et sort en « s'écriant : « A ma petite maison ! » (Al miu oustalou !). La visiteuse revient ensuite et dit à la femme qu'elle l'a échappé belle, car sans cela, elle lui aurait filé son suaire. C'était sainte Agathe.

Interdiction de laver. 

— On trouve cette croyance à Erp, Gabre, Bedeilhac (Ariège) ; à Saint-Félix-de-Camaran (Haute-Garonne) ; à Villemagne (Aude), et probablement dans beaucoup d'autres endroits.

On raconte à ce sujet une histoire analogue à celle qui vient à l'appui de l'interdiction de filer. C'est à Villemagne (Aude), que nous avons trouvé la variante la plus caractéristique.

Une femme dit à sa voisine qu'elle veut faire la lessive. La voisine qui fait observer que c'est le jour de sainte Agathe et que, ce jour-là, on ne doit pas laver. La femme répond irrévérencieusement : « Sainte Chatte fera des petits chats et la lessive se fera. » (Santo Gato gatara e la ruscado se fard). — Il y a ici un jeu de mots intraduisible en français et reposant sur le fait qu'en languedocien « Gato » veut dire également « Agathe » par aphérèse, et « chatte ». — La femme, fait donc sa lessive. Une sorte de chat se met au coin du feu et crie: « Vide ! vide ! vide ! » chaque fois qu'elle va vider le chaudron. La femme, effrayée, va raconter ce qui se passe à sa voisine. Celle-ci lui conseille de se mettre à la fenêtre quand elle aura à vider le dernier chaudron et de crier : « Le feu au cimetière ! » (Foc al cementeri !). La femme suivit le conseil. Aussitôt l'apparition s'écria : «A ma petite maison ! A ma petite maison ! » (Al miu oustalou ! Al miu oustalou !) et partit aussitôt. La femme vida le chaudron et alla se coucher. Quand elle fut dans son lit, l'apparition revint et lui dit : « Ah ! tu es bien heureuse ! Autrement il te fallait y aller, dans le cuvier, avec le chaudron dessus ! » C'était la sainte qui avait quitté sa tombe sous la forme d'un chat, pour punir la femme qui n'avait pas respecté le jour de sa fête.



A Bedeilhac (Ariège), sainte Agathe se montre moins sévère. Une femme avait voulu laver le jour de sa fête. Ses voisines l'en avaient dissuadée et, comme la laveuse de Villemagne (Aude), elle leur avait répondu que pendant qu'Agathe ferait des petits chats, elle ferait sa lessive. Elle lave son linge et le met dans le cuvier. Elle voit alors entrer une belle dame, qui s'assied sans mot dire au coin du feu, pendant qu'elle faisait chauffer l'eau dans le chaudron. Epouvantée, la femme va trouver une voisine, qui lui conseille de renverser le cuvier. Elle suit le conseil. La visiteuse lui dit alors : « Elle t'a bien conseillée, celle qui t'a indiqué de faire ce que tu viens de faire ! ». La belle dame était une incantado envoyée par sainte Agathe ; elle lui aurait brûlé la lessive pour la punir. (Les Incantados sont des fées habitant les cavernes. La légende les représente comme faisant des lessives nocturnes en se servant d'un battoir en or).

Dans une autre légende ariégeoise publiée sans indication d'origine, mais qui semble provenir de la région de Tarascon-sur-Ariège, comme la précédente, la sainte apparaît sous la forme d'un chat qui aurait fait brûler la lessiveuse dans le dernier chaudron si elle n'avait pas crié : « Feu à la maison ! Feu à la petite église ! » (Foc à l'ouslal ! Foc à la gleizeio !).

Sainte Agathe et les orages. 

— Le jour de sainte Agathe, on observe d'où vient le mauvais temps ; les orages suivront la même voie dans l'année. (Erp, laBastide-de-Sérou (Ariège) ; Villemagne (Aude), etc.).

Dans la région de Montgiscard (Haute-Garonne), on se livre à la pratique divinatoire suivante : la nuit qui précède la fête de sainte Agathe, on place cinq grains de gros sel sur une table : un au milieu et un à chaque coin. Le lendemain, on regarde quel est le plus humide : si c'est celui du milieu, les orages traverseront la localité dans le courant de l'année ; si c'est un des autres, les orages passeront de son côté. Certains se contentent de quatre grains de sel.

Pour écarter le mauvais temps pendant l'année, on sonne les cloches toutes les deux heures pendant la nuit du 5 au 6 février à Ayguesvives (Haute-Garonne). La coutume de sonner les cloches pendant le nuit lors de la fête de sainte Agathe se retrouve dans diverses paroisses de la région toulousaine, à Rebigue (Haute-Garonne), notamment.

Orage sur Soulcem.

Enfin, il y a lieu de citer une dernière coutume. A la Bastidede-Sérou (Ariège), les bouviers mangeaient des crêpes le jour de sainte Agathe.

D'où vient cet ensemble de croyances et de coutumes que nous venons de passer en revue ? La conclusion qui se présente tout naturellement à l'esprit est que sainte Agathe a hérité des attributions d'une divinité du paganisme.

Pour ce qui est de nos régions méridionales nous nous rangerons à l'avis de notre collègue M. Fernand Benoît. La vieille coutume artésienne qu'il signale et d'après laquelle le jour de Sainte-Agathe les enfants demandaient à une vieille femme qui personnifiait la sainte, d'emporter le froid dans son sac, montre sans aucun doute que sainte Agathe a représenté la mauvaise saison finissante.
Les constatations faites en Provence éclairent la question pour le Languedoc et le comté de Foix. Des coutumes analogues ont dû exister dans ces régions car on y trouve, dans l'Ariège notamment, divers proverbes faisant allusion à un sac dans lequel l'hiver est enfermé.
Ainsi, quand l'hiver se fait attendre, pour dire qu'il finira par arriver, on citera le proverbe suivant :
« L'hiver est dans un sac et les rats ne l'ont pas mangé ! »

Autre proverbe exprimant la même idée :

« L'hiber es dins un sac — Se n'es pous al founze es al cap. »  (L'hiver est dans un sac — S'il n'est pas au fond, il est au sommet).

La légende de sainte Agathe explique très bien, ainsi que le dît à juste raison M. Fernand Benoît, comment la Sainte s'est vu  attribuer un pouvoir particulier sur le mauvais temps et comment elle a succédé, dans les croyances populaires, à la divinité malfaisante personnifiant la mauvaise saison. L'homonymie qui existe dans certaines régions de langue d'oc entre le nom d' « Agathe » et celui de « chatte » a dû contribuer à lui faire revêtir le caractère d'une fée malfaisante. Chacun sait, en effet, quels rapports étroits unissent les chats et les sorciers dans les croyances populaires.

L'interdiction de filer à la date de sainte Agathe, qui inaugure une nouvelle période de l'année est à rapprocher de la même interdiction appliquée au premier jour de l'an. P. Saintyves explique cette défense par le fait que la rotation du fuseau était considérée, en vertu d'un principe de magie imitative, comme pouvant entraver le cours de la nouvelle année. Il pourrait cependant y avoir une raison de plus en ce qui concerne sainte Agathe. En effet, parmi les faits que cite P. Saintyves, est une croyance des Alpes vaudoises d'après laquelle il ne faut pas filer la veille de Noël si l'on ne veut pas que le vent enlève le toit de la maison. On peut se demander, par conséquent, si l'interdiction de filer ne tiendrait pas, dans une certaine mesure, à la crainte de provoquer un tourbillon de vent le jour où se décide la marche des orages, en imitant avec le fuseau le mouvement de rotation du vent.
L'interdiction de laver se rencontre pour d'autres dates de l'année: le Jeudi Saint, les Rogations, dans l'Ariège ; mais pour ce qui est du jour de sainte Agathe, cette coutume semble être en rapport avec la magie imitative, comme la défense de filer. On sait que les tempestaires étaient accusés de provoquer des orages en agitant l'eau des fontaines, cette pratique étant probablement une survivance de rites de faiseurs de pluies dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Or, le geste de la laveuse frappant l'eau avec son battoir a quelques rapports avec le rite des tempestaires, bien que le but poursuivi soit tout différent. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que la défense de laver le jour de sainte Agathe soit due à cette analogie.


Nous aurions ainsi dans l'interdiction de filer et dans celle de laver en ce jour fatidique où est censée se fixer la marche des orages pour tout le cours de l'année, des précautions d'ordre négatif prises pour les écarter, les sonneries de cloches qui les accompagnent constituant dans les croyances populaires un procédé positif de préservation.
Il se peut, du reste, que la question soit complexe et que des traditions relatives aux fées lavandières soient venues se combiner à des croyances sur la vieille année. Diverses légendes pyrénéennes nous représentent ces fées, dont les noms varient suivant les régions, comme ayant un pouvoir sur les temps. La légende recueillie à Bedeilhac, que nous avons citée plus haut, fait intervenir une de ces fées à la place de sainte Agathe, ce qui vient à l'appui de notre hypothèse.
Nous croyons que le problème qui se pose au sujet du rôle joué par sainte Agathe dans la région toulousaine ne comporte pas une solution simple. Nous avons vu comment la similitude de son nom avec celui de la chatte a évoqué des idées de sabbat, de sorcières, et contribué à accentuer le caractère sinistre attribué à la vieille année qu'elle a personnifié. Nous venons de voir qu'elle a été plus ou moins apparentée à des fées lavandières en certains endroits. L'aspect sous lequel la sainte nous apparaît aujourd'hui semble être ainsi le produit d'un mélange entre divers courants mythologiques ou folkloriques qui se sont pénétrés mutuellement et qui se sont greffés sur la tradition chrétienne. Un des côtés les plus curieux de cette évolution est le caractère semi-humain, semi-animal donné à sainte Agathe et qui rappelle à l'esprit la mentalité des peuples primitifs tout imprégnée d'idées totémiques.

Revue de folklore français 
1937-01