jeudi 4 octobre 2018

Le pou, un contes populaire de l'Ariège.


C'était une femme qui avait un garçon de douze ou treize ans, un garçonnet, quoi ! Et alors, ils étaient tellement pauvres que la pauvre femme avait peur de le voir mourir de faim. Elle le peigne bien, lui trouve un pou; elle le lui met dans la main et lui dit : 
— Va-t'en par le monde, c'est toute la fortune que je puis te donner. 

Alors le petit prend son pou et il s'en va. Il marcha très longtemps et quand il fut fatigué, il s'endormit dans un pré. En dormant, le pou lui a échappé, il l'a perdu. Alors il s'est mis à pleurer. 
Il passe un chevalier avec un cheval ; il lui dit: 
— Qu'est-ce que tu as, petit ? 
— Ah! ne m'en parlez pas; ma mère m'avait donné la fortune et je l'ai perdue dans le pré ! 
Alors le chevalier mit pied à terre et l'aida à chercher sa fortune. 
Ils n'ont rien trouvé, vous comprenez ! 
— Mais qu'est-ce que c'était ça? 
— Eh! c'était un pou que ma mère m'avait donné ; elle m'a dit que c'était la fortune. 
Du temps que le chevalier l'aidait à chercher cette fortune, ne voyez-vous pas que le loup lui a étranglé le cheval ! Naturellement, il était pas content ! Il lui dit : 
— Tu vois, tu es la cause que je n'ai plus de cheval ; fais ton chemin et moi je ferai le mien.

Alors il continue son chemin, il était bien désolé et, dans le pré, il trouve un corbeau. Il devait être blessé puisqu'il a pu l'attraper. Il le met sous le bras et il s'en va dans une ville. C'était presque la nuit. Alors il frappe à une porte ; il dit : 
— Voulez-vous me rentrer pour une nuit, moi et mon oiseau ? 
Cette femme lui dit : 
— Je vous rentrerai, mais à une condition : d'être sage, de ne pas me voler. 
Le petit lui dit : 
— Non! 
Alors elle l'a fait souper et envoyé au grenier se coucher, lui et l'oiseau. Voilà que cette femme, son mari était parti pour huit jours ; c'était un homme d'affaires, je pense. Elle avait une amie, la servante d'un grand richard. Elle lui avait dit : 
— Puisque mon mari est parti, nous ferons un bon souper. 
L'autre lui avait répondu : 
— Oui, je tâcherai de voler quelque chose à mon maître. 
Et la servante avait porté une petite bonbonne de vin doux et on l'avait mise sur une chaise avec un sac dessus. Elle avait tué une poule, un poulet ; elle avait fait une soupe, un bon vermicelle, un bon rôti. Enfin, dans l'après-midi, elle avait tout préparé pour le soir. C'est pourquoi le garçon l'aurait presque dérangée, mais enfin ! Le petit était au grenier. 
Et la servante, quand elle a eu terminé son travail, elle est venue pour souper. Cette maison était très vieille et, du grenier, le petit voyait tout ce qui se passait en bas par des trous dans le plancher. 
La servante elle dit : 
— Qu'est-ce que j'entends, là-haut ? 
— Oh ! ne m'en parle pas ; j'ai rentré un petit avec un oiseau et je lui ai donné un morceau de pain. 
— Il ne dira rien, au moins ? 
— Oh ! non, il est très pauvre ! 
Alors elles se mettent  table ; tout était bien préparé. Voilà que quelqu'un frappe à la porte. 
Elle va à la fenêtre, elle dit : 
— Qui est là ? 
-- Je suis ton mari, viens m'ouvrir la porte. 
— J'y vais, attends un peu. 
Elle a dit : 
— Mon Dieu, c'est mon mari, qu'est-ce que nous allons faire ? 
Elles se sont dépêchées de mettre tout ça dans le four. 
— Et moi, où je vais me cacher ? dit la servante. 
— Eh bien, tu te mettras sous le lit, lui a dit la patronne. 
Elle s'est mise sous le lit. Et la femme mettait bien longtemps pour venir lui ouvrir. Elle lui a ouvert et lui a dit : 
— Et qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne devais pas rentrer de huit jours ! 
— Eh! j'ai perdu mon porte-monnaie ; alors j'ai été obligé de rentrer. 
Il n'était pas bien fier. Il lui dit : 
— Il faut que tu me prépares quand même un peu de souper. 
— Euh, lui a dit la femme, je ne sais pas quoi te préparer, pour moi je n'avais rien préparé. Je vais te faire cuire des oeufs. 
Le mari lui a dit : 
— Comme tu voudras. 
Alors, du temps qu'elle préparait du souper pour  son mari, le petit a fait du bruit là-haut avec son oiseau. Le mari a dit: 
— Mais qu'est-ce qu'il y a, là-haut ? 
— Mais rien, lui dit la femme. 
Il faisait encore du bruit. 
— Mais j'entends encore quelque chose. 
— Tiens j'y pensais pas, lui dit la femme ; j'ai rentré un petit garçon, je l'ai envoyé dormir au grenier. 
— Mais il a soupé au moins ? 
— Oh! je lui ai donné un morceau de pain. 
— Va le chercher, on soupera tous les deux. 
— Oh! que veux-tu en faire ? lui dit la femme. 
— Va le chercher, voilà tout ! 
Alors elle va le chercher. Le petit garçon descend avec son oiseau sous le bras, L'homme lui dit : 
— Qu'est-ce que c'est que cet oiseau ? 
— Cet oiseau devine toutes les vérités. 
— Et qu'est-ce qu'il devinerait ? lui dit le patron. 
— Eh ! ce que vous voudrez. 
— Ecoute, fais-lui deviner quelque chose. 
Le petit dit : 
— Je veux bien. 
La femme avait mis la table pour le monsieur et le petit. Elle devait un peu avoir la colère, elle ne voulait pas souper. Alors il tape sur la tête à 
ce corbeau ; il fait « couac » ! 
— Qu'est-ce qu'il a dit, le corbeau ? 
— Eh bien, il a dit, voyez-vous : on n'a que des oeufs pour souper, il a dit que dans le four il y a une bonne soupe de vermicelle et une poule bien farcie. 
Le monsieur dit à sa femme : 
— Vas-y voir. 
— Mais que veux-tu qu'il y ait ? Il ne sait pas ce qu'il dit, ce petit. 
— Vas-y voir toujours. 
Elle lui a dit : 
— Oui, c'est vrai, il y a une soupière un peu chaude, là, et une poule. 
— Eh bien, apporte-la ! 
Alors pardi ! elle apporte la soupe sur la table. 
Ils étaient en train de souper et le monsieur a dit au petit : 
— Tu ne pourrais pas lui faire deviner autre chose maintenant ? 
— Eh oui, ce que vous voudrez. 
— Ce que tu voudras toi ! 
Alors il lui tape sur la tête, le corbeau fait, « couac » et le monsieur dit : 
— Qu'est-ce qu'il a dit à présent ? 
— Eh ben, voyez-vous, il a dit qu'on mangeait  le pain bien dur avec cette poule et qu'au pied du lit il y a du pain tendre dans un linge. Et comme 
nous n'avons pas de vin pour boire, il a dit qu'au bout de l'escalier il y avait une petit bonbonne sur une chaise, cachée dans un sac, et qu'il y a du bon vin ! 
Alors ils vont voir et il y avait un vin qu'il y a que les riches et les curés pour en boire ; il était bon ! Ils ont bu du bon vin, ils ont mangé la poule, ils ont mangé du pain tendre. Alors il lui dit : 
— Qu'est-ce qu'il devinerait encore ? 
— Eh bien, nous allons voir, lui dit le petit. 
Il lui tape sur la tête de nouveau ; il fait « couac » ! 
— Qu'est-ce qu'il a dit à présent ? 
— Il a dit que dans le buffet il y avait un poulet rôti et une bonne salade ! 
Alors ils mangent tout ça. Ils commençaient quand même à avoir bien soupé. 
— Il ne dirait pas autre chose ? 
— Oh ! si vous voulez ; il devinera ce que vous voulez. 
-- Eh bien, toi tu le sais, lui a dit l'homme. 
Le petit lui tape sur la tête et «couac » ! 
— Qu'est-ce qu'il a dit à présent ? 
— Eh bien, il a dit que dans un compartiment du buffet il y avait toutes sortes de desserts, du café tout prêt dans une cafetière et une toute petite bouteille de rhum. 
Rien n'y manquait. Ils ont porté tout ça et ils ont fini le souper. 
— A présent, a dit l'homme, nous nous sommes bien régalés grâce à ton oiseau. Faudra que tu me le vendes. 
Le petit lui dit : 
Je n'ai rien que ça pour toute fortune, je ne peux pas le vendre à aucun prix. 
— Je t'en donnerai trois cents francs, lui dit l'homme, tout ce que je possède. 
— Oh ! non, lui a dit le petit, je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas tout de même me ruiner. 
Alors, en rentrant dans cette maison, le soir, il avait vu un âne, le petit. Le lendemain matin, après l'avoir fait coucher au coin du feu, le monsieur est revenu à la charge pour lui acheter son oiseau. 
Il dit: 
— Ecoutez, j'y consentirai si vous me donnez les trois cents francs et l'âne. 
Le monsieur était bien content. Il dit à sa femme : 
— Tu verras, avec cet oiseau nous aurons tout ce que nous voudrons. 
Ils ont fait le marché. Le petit est monté sur l'âne et il est parti. Les autres ont gardé l'oiseau. 
Oh ! sûrement qu'ils l'ont encore ! 

Le petit s'en va loin, loin, dans un pays où jamais on n'avait vu d'âne. Alors, avant d'arriver dans cette ville, il le met dans un champ d'avoine. 
Vous pensez s'il était content de brouter. Lui, pour ne pas se faire attraper, vous comprenez, s'en est allé dans la ville. C'était justement un dimanche et tout le monde était obligé de passer par ce chemin pour aller à la messe. Et en voyant l'âne dans le pré, ils se sont dit : 
— Ça ne peut être que le diable que nous avons dans l'endroit. 
Ils sont allés le dire à Monsieur le Curé. Seulement il ne pouvait pas s'y rendre, lui ; il avait des rhumatismes. Il y a envoyé le sacristain pour voir 
si les gens au moins disaient la vérité. Le sacristain est allé se rendre compte. Pour comble de bonheur, l'âne l'a regardé, et s'est mis à braire. Il s'en est revenu dire à Monsieur le Curé que c'était le diable, qu'on était bien embarrassé pour l'enlever. 
Et en ville, le petit il entendait ce qu'on racontait. 
Alors le sacristain a dit qu'il fallait y aller en procession pour faire partir le diable. On dirait des prières, vous comprenez ? Monsieur le Curé a dit : 
— Je ne peux pas marcher. 
Les gens lui ont répondu : 
— On vous portera, mais il faut y aller. 
Ils se sont mis quatre pour le porter. Il y en avait du monde, c'était une grande ville ça. Voilà qu'ils arrivent tous au pré : la procession, les porteurs et Monsieur le Curé, les enfants de choeur avec les cierges. Monsieur le Curé disait : 

Asperges me Domine, 
Diable tiro té in darré ! 
(Diable, tire-toi en arrière !) 

Seulement voilà : le diable avait un plein ventre d'avoine. Au lieu de se retirer en arrière, il s'est mis à braire de nouveau. Alors, Monsieur le Curé, qui se faisait porter, a été le premier pour partir, il n'a plus été malade ! En ville, bien embarrassé, on se demandait comment on pourrait faire. Le petit leur a dit : 
— Qu'est-ce que vous me donnez si je vous l'enlève ? 
— Ce que tu voudras ; si tu veux un sac plein d'or, tu l'auras. 
Lui dit: 
— Un sac d'or ça ne me suffit pas ; il me faut un peu d'argent. 
Ils lui donnent un sac plein d'or et un sac plein d'argent ; on les lui porte où l'âne se trouvait. Il charge les sacs sur l'âne et lui il monte dessus et il s'en va. Les gens de ce pays disent : 
Mon Dieu ! que le diable l'emporte ! 

Alors il s'en revient à la maison et il dit à sa mère : 
— Voilà, maman, j'ai fait fortune. 
Il lui a remis les deux sacs d'or et d'argent. 

La fortune est venue d'un pou. 
C'est fini. 




Conté en octobre 1953, par Euphrasie Rouzaud, 70 ans, cultivatrice, Nalzen, canton de Lavelanet. 


mardi 2 octobre 2018

Sul Pount de Nanto ou Se Canto ?


En recherchant des documents sur l'Ariège dans Gallica, j'ai découvert dans la Revue des Traditions Populaires de juillet 1903 une curieuse chanson ? 
Une chanson de l'Ariège intitulée "Sul Pount de Nanto" qui a bien des points communs avec "Se Canto" attribué à Gaston Phoebus.