samedi 29 septembre 2018

Mouches, cabots et fourmis.


Mouches, cabots et fourmis.

Dans un village de la montagne vivaient un homme et une femme qui étaient pauvres et qui avaient trois enfants. Le plus jeune s'appelait Jean; il était tellement niais que ça ne peut pas se dire, mais il était bien gentil et avait bon coeur, il cherchait à rendre service à tout le monde. Le père, pour gagner sa vie et celle des autres, s'en allait avec les deux aînés travailler aux champs ou ramasser du bois. Jean ne savait rien faire, il portait le déjeuner à son père et à ses frères. 

Un jour, la mère mit avec la nourriture un morceau de fromage. Pendant que le garçon flânait avec le panier où il y avait les provisions, les mouches le suivaient en voletant. 
« Pauvre petites bêtes, dit-il, vous avez faim, vous voudriez bien manger ! Tenez. » 
Et petit à petit il leur jeta le fromage, si bien qu'il n'y en avait plus quand il arriva au champ où sa famille fauchait. 
« Eh bien ! lui dit son père, ta mère ne t'a pas donné quelque chose pour notre pitance ? 
— Si, elle m'avait donné un morceau de fromage et, par le chemin, j'ai trouvé des mouches qui avaient faim et je le leur ai jeté. 
— Mon Dieu ! que tu es bête s'écria le père, tiens ! voilà trois cabots que tes frères ont pêchés, il te faut les porter à ta mère ; dis-lui de les faire cuire pour le souper. » 

Le garçon s'en va et en chemin il s'aperçoit que les poissons tournaient de l'oeil et avaient la bouche ouverte. 
— Ah! pauvres petites bêtes, vous avez soif, je vais vous faire boire. » 
Alors il mit les cabots dans la rivière ; ceux-ci, ragaillardis par l'eau fraîche, nagèrent et s'enfuirent. 
Jean n'osa pas dire à sa mère ce qu'il avait fait. Le soir, comme il se mettait à table pour souper avec toute la famille, le père dit : 
« Nous allons bien nous régaler ; femme, où sont les cabots ? 
— Quels cabots ? Je ne les ai pas vus. 
— Qu'est-ce que tu en as fait ? demanda le père à Jean. 
— Ils avaient tellement soif qu'ils me faisaient de la peine, répondit-il, et je les ai remis dans l'eau. 
— Mon Dieu ! qu'il est bête ce garçon » dirent-ils. 

Un autre jour, comme Jean venait de porter le déjeuner à ses parents, un terrible orage éclata, les éclairs luisaient et le tonnerre grondait. Au milieu du chemin, il trouva une fourmilière qui ne pouvait pas se protéger. 
« Ah! pauvres petites bêtes, se dit-il, vous êtes perdues ! » 
Alors, il quitta son manteau et le mit sur la fourmilière pour l'abriter. 
— Et d'où viens-tu ? lui demanda sa mère, tu es "trempé comme une soupe " ! Où est ton manteau ? 
— En chemin j'ai rencontré une fourmilière que la pluie allait noyer, et je l'ai abritée avec mon manteau. 
— Mon Dieu ! qu'il est bête, que ferons-nous de ce garçon ! 
Quel malheur d'avoir un fils aussi niais ! » 

Cette année-là, il n'y eut pas de fruits dans tout le pays. Le roi, qui avait été malade, voulut, pour reprendre des forces, manger des poires et personne ne pouvait en trouver. Alors, il fit annoncer dans les villes et les villages et connaître de tout le monde que le jeune homme qui porterait le plus joli panier de poires épouserait la fille du roi. 
Les parents de Jean avaient un poirier où pendaient de belles poires ; il n'y en avait pas d'autres dans tout le pays. Quand elle apprit ce qu'avait fait annoncer le roi, la mère dit à l'aîné de ses garçons : 
« Il te faut porter un panier de poires au château et tu épouseras la fille du roi. » 

Tout content le garçon se dépêcha de faire ce que sa mère lui avait demandé ; il s'en alla avec les poires cachées sous le manteau. Il lui fallait traverser un ruisseau pour aller chez le roi. Sur la rive, il rencontra une vieille femme qui lui dit : 
« Où vas-tu pauvret ? 
— Est-ce que cela vous regarde ? répondit-il. 
— Que portes-tu sous ton manteau ? 
— Ce que je porte ?... des cornes. 
— Eh bien ! cornes tu portes, cornes tu trouveras ! » dit la vieille en s'éloignant. 
Quand le garçon fut à la porte du château, un seigneur lui demanda ce qu'il voulait : 
« Je veux voir le roi pour lui offrir un panier de poires. » 
— Venez avec moi » lui dit le seigneur qui le conduisit à la chambre du roi. 
« Bonjour monsieur le roi, on dit que vous demandiez des poires ; je vous en porte, la mère vous les envoie pour vous rafraîchir. » 
Alors il sortit le panier de dessous son manteau et il fut bien étonné quand il vit des cornes. Le roi lui dit : 
« Tu crois peut-être que je vais faire des peignes, va-t'en d'ici et n'y remets plus les pieds ! » 
Tout surpris et honteux, le garçon partit et quand il arriva chez lui il raconta ce qu'il avait vu en chemin et comment au lieu des poires il avait trouvé des cornes.

« Maman, dit le cadet, si vous voulez j'irai demain. 
— Je veux bien, dit la mère, mais il te faut faire bien attention pour qu'il ne t'arrive pas la même chose qu'à ton frère. » 
Le cadet remplit un panier de poires et s'en alla : comme il allait lui aussi traverser le ruisseau, il vit la même vieille femme. 
« Où vas-tu pauvret ? 
— Est-ce que cela vous regarde ? 
— Que portes-tu dans ce panier ? 
— Ce que je porte ?... des pierres. 
— Eh bien ! pierres tu portes, pierres tu trouveras ! » 
Cela dit, la vieille et le garçon s'en allèrent chacun de leur côté. 
Le cadet arriva enfin au château du roi et demanda à le voir en disant qu'il portait des poires pour le guérir. Il suivit un seigneur qui le conduisit devant le prince : 
« Bonjour monsieur le roi. 
— On m'a dit que tu me portais des poires, tu es le bienvenu. 
— Tenez, dit le cadet en ouvrant le panier, regardez comme elles sont belles. »
Ce n'étaient pas des poires mais des pierres. 
« Ah! s'écria le roi furieux, je ne suis pas maçon, je n'ai pas besoin de pierres pour bâtir. Tu te moques de moi peut-être ? 
— Oh non! monsieur le roi, je crois que nous sommes tous ensorcelés dans ma famille. » 
Et tout éploré il fut jeté dehors et il s'en revint chez lui.

Alors Jean dit à sa mère : 
« Maman, moi aussi je veux essayer d'aller chez le roi. 
— Tu peux y aller, tu es tellement niais que tu feras quelque bêtise et que le roi furieux te fera mettre en prison. Ce sera bien fait et nous serons débarrassés de toi. » 
Jean ne se découragea pas et le lendemain il partit avec un panier de poires. Au bord du ruisseau il rencontra comme ses frères la même vieille : 
« Où vas-tu pauvret ? 
— Je vais voir le roi. 
— Que portes-tu dans ce panier ? 
— Des poires. 
— Eh bien ! poires tu portes, poires tu trouveras. Veux-tu m'en donner ? 
— Vous pouvez en prendre mais laissez-m'en quelques-unes. 
— A qui les portes-tu ? 
— Au roi. 
— Pourquoi les portes-tu au roi? » 
Alors Jean lui raconta que le roi, malade, avait fait annoncer que le jeune homme qui lui donnerait des poires épouserait sa fille. 
« Jamais je ne l'épouserai, dit-il, je suis trop bête, mais cela ne fait rien, je serai content si le roi veut récompenser ma famille. 
— Tu l'auras cette fille, pauvre enfant, je te l'assure ; il te faut oser. » 

Alors ils se quittèrent. Le garçon se rendit courageusement au château du roi et dit aux seigneurs qui lui demandaient ce qu'il cherchait : 
« Conduisez-moi au roi s'il vous plaît. » 
Sitôt dit, sitôt fait. Quand il fut dans la chambre, le roi lui dit : 
« Si toi aussi tu me portes des pierres ou des cornes comme les autres ; si tu veux te moquer de nous, je te ferai mettre en prison ! 
— Mais non monsieur le roi, poires je porte, poires vous trouverez, regardez comme elles sont mûres et fraîches ! » 
C'était vrai ; alors le roi les prit et les mangea. 
« J'ai donné ma parole, dit-il, le jeune homme qui me portera des poires aura la main de ma fille ; je dois tenir ma promesse. Que je suis à plaindre ! il me faut donner ma fille à cet imbécile. S'il la veut, qu'il travaille ! 
« Ecoute-moi bien, beau galant ; la princesse ne sera ta femme que lorsque tu auras prouvé que tu es dégourdi et pas aussi niais que tu en as l'air, en faisant ce que je vais t'ordonner de faire : 
« Avant la fin du jour, je veux que tu aies trié cent mesures de millet entassé dans la grange du château ; cela ne suffit pas : 
J'ai jeté il y a bien longtemps trois diamants dans la mer, je veux qu'on me les rapporte ce soir, à l'heure où tu auras achevé de trier le millet. Alors je te conduirai dans ma chambre où seront rassemblées cent jeunes filles qui auront toutes la tête voilée de toile blanche. La princesse sera avec ces demoiselles et semblable à elles, il te faudra choisir celle que tu croiras être ma fille ; tu ne seras pas autorisé à recommencer. 
Va-t-en et dépêche-toi ! » 

Le garçon sortit désespéré ; comme il se cachait dans les haies à côté du château, il rencontra la vieille femme qu'il avait vue au bord du ruisseau. 
« Eh bien ! pauvret, comment le roi a-t-il trouvé les poires ? 
Quand est-ce que tu te maries ? 
— Ah! gémit-il, je suis perdu ; le roi a mangé les poires, mais il ne me donnera sa fille que si je fais des choses impossibles. » 
Et il lui raconta les trois conditions qu'il lui avait imposées pour avoir la main de la princesse. 
« Ah! pauvre de moi. Comment m'y prendrai-je pour le faire ? 
La fille du roi n'est pas pour moi. 
— Ne pleure pas petit, dit la vieille, tu me fais pitié : je suis  une fée, grand-mère de la princesse ; j'ai voulu que quand elle se marierait son mari soit bien gentil. 
Tu as prouvé que tu avais bon coeur, à moi tu m'as rendu service en me laissant, prendre des poires dans la corbeille, tu as donné le fromage aux mouches qui avaient faim, trois cabots te doivent la vie, une fourmilière ne s'est pas noyée parce que tu l'as abritée sous fourmis ton manteau. Je veux te récompenser. » 
Alors la fée s'accroupit près de l'eau en criant : 
« Cabots, venez ici! » 
Aussitôt les cabots arrivèrent. 
« Il vous faut aller chercher et m'apporter tout de suite les trois diamants que le roi a perdus dans la mer. 
Ensuite la fée s'approcha de la fourmilière et cria : 
« Fourmis, venez ici! » 
Alors les fourmis arrivèrent. 
« Fourmis, allez vite dans la grange du château et triez les cent mesures de millet. » 
La fée regardant vers le ciel s'écria : 
« Mouches, venez ici! 
Aussitôt, en bourdonnant, les mouches arrivèrent. 
« Mouches, allez vite dans le château du roi, et lorsque le roi ordonnera à ce jeune homme de choisir parmi les cent jeunes filles qui ont la tête recouverte de toile blanche, posez-vous sur la joue droite de la fille du roi. » 
Alors la fée et Jean virent dans la rivière, nageant vers eux, les trois cabots qui portaient chacun dans la gueule un diamant. 
« Toi, dit la fée, prends ces diamants et retourne au château. 
Ne sois pas en peine, les fourmis ont trié le millet, le soleil n'est pas encore couché, tu peux demander à voir le roi. » 
Jean se présenta devant le roi assis sur un trône qui le regardait d'un air moqueur, espérant qu'il ne pourrait pas tenir sa promesse. 

« Monsieur le roi, ce que vous m'aviez ordonné a été fait, voyez si ces diamants sont ceux que vous aviez perdus dans la mer; et si vous venez avec moi dans la grange, je crois qu'il ne peut y avoir de millet mieux trié que le vôtre. » 
Aussitôt dit, aussitôt fait, le roi reconnut les diamants et les prit et, suivi de tous les messieurs de la cour, s'en va à la grange. 
Là, il resta bouche bée en voyant que les cent mesures de millet étaient nettoyées et mises en sac. 
« C'est trop fort, dit-il, comment as-tu fait ? Mais ma fille n'est pas encore ta femme. Entre dans la chambre où il te faudra la choisir parmi ses compagnes et si tu te trompes, tant pis pour toi, pauvret, tu ne pourras pas recommencer. » 

Il entra avec le roi dans la chambre, tout tremblant de peur. 
« Où est la fille du roi? » se demandait-il. Le coeur lui battait fort, au pauvre jeune homme. 
« Allons, dit le roi, dépêche-toi, tu n'en finis pas de regarder l'une et l'autre ; choisis celle que tu préfères. » 
Pendant que le roi parlait, quelques mouches se mirent à tourner parmi le groupe des filles, et enfin s'arrêtèrent sur la tête d'une jeune fille qui avec la main voulait les éloigner ; plus elle les chassait, plus les mouches revenaient en bourdonnant encore autour. 
Jean devina que c'étaient les mouches envoyées par la fée et, sans crainte, il s'avança vers la jeune fille et la prit par la main. 
« Mademoiselle, dit-il, vous êtes la fille du roi. Vous, monsieur le roi, vous avez donné votre parole, vous ne pouvez la reprendre. 
— Parole de roi, parole sacrée, répondit le roi ; voici ma fille, tu l'as bien gagnée. 
— Je serai votre femme, dit la jeune fille, j'ai trouvé l'homme très courageux que m'avait promis la fée ma grand-mère. » 

Ils se marièrent, furent heureux et eurent de beaux enfants. 

A la nôça  A la noce
Jo voua tastar la crèma j'ai voulu goûter la crème
Me diguéguen qu'era un gromand On m'a dit que j'étais un gourmand
E me revolhéguen en d'aço. Et on me renvoya de là.

E trie e trac Et tric et trac
Mon conte es acabat. Mon conte est achevé.


Conte populaire de l’Ariège, Almanac patoues de l’Ariejo per l’annado 1894.


L'âne et le boeuf.



L'ANE ET LE BŒUF .

Une fois, le meunier d’Alos en Ariège décida d'acheter un âne pour qu'il le transporte tous les samedis au marché à la ville voisine de Saint-Girons. Ainsi fut fait. L'âne acheté menait une vie paisible, ne travaillant qu'un seul jour par semaine : le samedi. Ce jour-là, il prenait le chemin de la ville de Saint Girons portant le meunier et sa fille et les ramenait le soir au village d’Alos. 24 km aller-retour c’était la vie facile. 

Or, cet âne avait pour compagnon d'étable un misérable boeuf maigre et efflanqué auquel on attribuait un travail plus rude : tous les jours de la semaine il labourait les champs que le meunier possédait autour du village d’Alos. La besogne était pénible et le boeuf se plaignait que les choses étaient mal faites, mal réparties. Il dit un jour à l'âne : 
— Tu as de la chance, toi. Tu passes des soirées entières à te prélasser, tandis que moi quel que soit le jour et le temps je travaille sans arrêt. Sauf le samedi, ce jour-là j'ai quelques moments de répit car le meunier va à la ville sur ton dos. Heureux les gens comme toi qui ne travaillent guère. 
L'âne qui était plus rusé que ce qu'on croit d'habitude répondit :  
— Je vais te donner un conseil. Si tu ne veux pas travailler, tu n'as qu'à  faire le malade. Ce soir quand le valet viendra t'apporter ta part d'avoine, tu ne mangeras pas. En faisant ainsi tous les jours, tu maigriras, tu perdras des forces. 
En te voyant faible et malade, le patron ne te fera pas travailler et tu seras tranquille. 
— C'est une bonne idée, reprit le boeuf, je vais la mettre à exécution. 

Ainsi fit-il. Le soir le valet se rendit compte que le boeuf n'avait aucun appétit et qu'il faisait grise mine. Il alla en faire part au meunier. Ce dernier vint à l'étable se rendre compte de la situation. Effectivement le bœuf  n'était pas très brillant. Le meunier dit alors au valet : 
— Écoute, nous ne pouvons pas laisser ainsi le champ que nous avons  commencé de labourer; il nous faut l'achever au plus vite car les semailles  seraient en retard. Puisque le boeuf est malade, demain matin nous attellerons l'âne. 
— Aïe! Aïe! reprit l'âne tout bas, je ne m'attendais pas à cette tuile. 
Le lendemain l'âne fut attelé. Il travailla durement toute la journée. Le  soir, fourbu, il alla rejoindre son compagnon qui, abusant de la situation,  ne se privait pas de le narguer. Il fallait, pour l'âne, se tirer au plus vite  de ce mauvais pas. Le boeuf en ricanant lui demanda : 
— Alors, la besogne n'est pas trop dure? Tu la vois maintenant la différence de travail, je suppose. Pendant que tu travailles, je me repose. 
— Repose-toi quelque temps, répondit l'âne, mais tu peux croire que cela ne durera guère. En effet pendant que je travaillais j'ai entendu le meunier dire au valet : « Si ce boeuf continue à être malade et à ne rien manger tu l'amèneras un prochain matin à l’abattoir de Saint-Girons. » 
— Que dis-tu, reprit le bœuf, moi à l'abattoir? Vite, vite, mangeons, reprenons nos forces car je ne veux être mangé en aucune manière. 

Ce soir-là lorsque le valet revint avec une grosse brassée de fourrage, le boeuf, affamé, se précipita sur la pâture et mangea comme il ne l'avait jamais fait jusqu'alors. Le valet, tout heureux, alla faire part à son maître  de la bonne nouvelle. Et le lendemain alors que l'âne retrouvait sa douce vie, le boeuf était à nouveau fermement attelé à la charrue pour prendre la direction des champs. 

Récits et Contes populaires du Languedoc.




vendredi 28 septembre 2018

Léonar: Coiffeur de Marie-Antoinette originaire de Pamiers.

Le Coiffeur de Marie-Antoinette.

Sous le titre de « Les Petits côtés de l’Histoire », nous trouvons dans le journal l'Avant-Garde de Paris, numéro du 19 mai 1894, l'article suivant, que nous reproduisons comme présentant quelque intérêt pour notre histoire locale pendant la période révolutionnaire :
Jean-François Authié (non pas Antié comme on le trouve généralement écrit), coiffeur de la reine Marie-Antoinette et son ancien valet de chambre, naquit à Pamiers (Ariège), en 1758.
Lors de la fuite du roi, chargé de porter à Metz la garde-robe royale, il arriva à Varennes quelques minutes avant Louis XVI. Bouillé fils avait reçu l'ordre d'attendre dans cette ville avec un relai. Léonard — coupable légèreté — annonça à ce jeune officier que la voiture de la Cour avait été retardée et qu'elle n'arriverait que le lendemain. Confiant en ce renseignement, qui venait d'un confident de la reine, Bouillé fit dételer ses chevaux, entra en son auberge et fut arrêté avant d'avoir pu voir le roi. Sans ce déplorable incident, les fugitifs, qui se trouvaient très rapprochés des forces dont disposait le maréchal de Bouillé, pouvaient être dégagés par l'escorte dont son fils avait le commandement, et la face du monde était changée. Léonard, par là, tient à l'histoire. Il ne fut pourtant point arrêté avec le roi et put regagner Versailles.

Trois ans après (25 juillet 1794), le représentant du peuple Crassous l'envoya à Paris, comme ennemi du peuple, en compagnie de neuf autres personnes, et, le 7 thermidor an II, il comparaissait devant le tribunal révolutionnaire avec dix-huit autres accusés, expédiés de divers lieux pour être jugés en même temps que les prisonniers compris dans la conspiration de Saint-Lazare. « Ce qui n'empêchait pas, dit M. Wallon, de leur appliquer en bloc, dans les questions posées au jury et dans le jugement, tous les motifs de l'accusation ; c'était à chacun d'en retirer sa part. »

Ce merveilleux système avait été inauguré sous le nom de «grand amalgame». Léonard, paraît-il, avait appelé scélérats les députés qui avaient voté la mort du roi, et on avait trouvé chez lui des vers en forme de commandements :
La liberté tu proneras,
En la violant tout doucement..., etc.

Le tribunal le condamna à mort, en même temps qu'André Chénier, Roucher et autres (1) : total 37.
Le Moniteur enregistra sa condamnation en ces termes : « J.-F. Antié, dit Léonard (2), âgé de 36 ans, né à Pamiers, coiffeur de la femme de feu Capet, ensuite employé dans la remonte générale à Versailles» (3).

Le jour même du jugement, trente-sept têtes tombèrent sous le couperet, et cependant celle de Léonard, manqua à l'hécatombe bien que son nom figurât au nombre des victimes.
Comment l'Appaméen échappa au supplice ? C'est ce qu'on ignore. Il y eut, certainement, substitution de victime. Comment cette substitution put avoir lieu ? Sans doute, aux dépens d'un malheureux prisonnier qui fut exécuté sans jugement par la faute ou la volonté des guichetiers ou concierges des prisons. Les huissiers ne connaissaient pas les prisonniers : ils s'attachaient à réunir le nombre qui leur était annoncé et ils s'en rapportaient, pour l'identité, à l'appel des condamnés, fait par le concierge-greffier, avant le départ de la conciergerie. Léonard et ses neuf compagnons étaient arrivés de la prison Saint-Lazare et n'avaient fait que traverser la conciergerie pour paraître devant le tribunal révolutionnaire et être ensuite conduits de là sur l'échafaud. Cette substitution, qui laissait frapper un autre innocent, explique le silence gardé par Léonard et par ses amis sur les moyens et sur les circonstances de cette substitution et de l'évasion qui en a été la suite.
Léonard se réfugia en Russie, d'où il ne revint qu'en 1814. En 1818, il était ordonnateur général du service des inhumations, rue Saint-Thomas-du-Louvre, n° 26. Il mourut à Paris, le 24 mars 1820, et le 8 octobre 1824, Marie-Adelaïde Jacobi, sa veuve, était encore en instance pour obtenir une pension.
Lorsque les Souvenirs de Léonard furent publiés par Lamotte-Langon, en 1838, une protestation fut insérée dans la Quotidienne du 16 mars de la même année, de la part de Joseph-Auguste-Clair Autié, ancien valet de chambre de Mme Elisabeth, rentré aussi à Paris, au mois de décembre 1814, et de Marguerite-Rosalie Leguay, coiffeuse de Mme Elisabeth.


P. S. — On lit dans l'Histoire générale des erreurs, des fautes et des crimes commis par la Révolution française, Paris, an V de la République (I,15) : « Antié, dit Léonard, âgé de 36 ans, né à Panières (sic), coiffeur de la femme de Capet, ci-devant reine, et depuis employé dans les charrois de l'artillerie, condamné à mort, le 7 thermidor an II, par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme complice de la conspiration de la maison d'arrêt de Saint-Lazare. »
On voit que Prudhomme croyait à l'exécution do l'ex-coiffeur de la reine.

(1) Parmi eux se trouvait un membre de la famille de Montmorency.
(2) Nous ignorons pour quels motifs et à quelle époque lui est venu le surnom de Léonard.
(3) Numéro 323, an II, 23 thermidor. Léonard faisait partie d'un groupe de dix-huit accusés, dont six furent acquittés et douze condamnés, d'après le Moniteur, comme étant « convaincus de s'être déclarés les ennemis du peuple, en participant aux complots et conspirations de Capet et de sa famille, en entretenant des intelligences avec les ennemis de la République, en vomissant des imprécations contre-révolutionnaires, en arborant la cocarde blanche, en conservant et recélant des écrits contre-révolutionnaires, en s'opposant au départ des volontaires, etc. »




mardi 25 septembre 2018

A Rieufourcant le palais des enchantées.



Les enchantées


Autrefois, il y avait des enchantées; elles existèrent jusqu'à la n de la mauvaise loi (1). Elles demeuraient dans les grottes, mais leur Palais était celle de Rieufourcant (2). Là, la reine des enchantées faisait sa demeure, avec ses compagnes.
D’autres habitaient dans la grotte de l'Homme mort. Cette caverne a plus d'une lieue et demie de longueur. On y voit des statues, des piliers et deux oreilles de porc plantées à la voûte. Au milieu, il y a un ruisseau qu'aucun homme n'a jamais pu traverser avant la n de la mauvaise loi et de la méchante lignée (3) qui existait en ce temps-là.
Depuis, on a pu passer au-delà de ce ruisseau et l'on voit, sur le sol, les traces du pied des enchantées. 
Toutes les fois que vous les nommerez, il vous faudra faire le signe de la croix.
Pour éviter de marcher dans la poussière et dans la boue, ces habiles fileuses avaient fait un pont qui allait depuis la cime du roc de l'Homme mort jusqu'au sommet de la montagne de Plantaurel.
Sur le roc de l'Homme mort, on voit encore les fondements de ce pont: des quartiers de rochers de sept ou huit quintaux.
Au-dessus de la grotte d'où sort la fontaine intermittente de Fontestorbes, il y a une autre grotte avec un trou profond dans la terre, qui ressemble à un puits; on entend l’eau bruire au fond. C'est là que les enchantées allaient laver la lessive et savonner leurs hardes avec un battoir d'or.
Quand les enchantées disparurent tout d‘un coup, à l’établissement de la bonne loi, elles laissèrent le battoir au fond de ce lavoir ; il y est encore, et personne n'a osé l'aller chercher, parce que, pour pouvoir le saisir et le trouver, il y faut aller seul, à minuit et sans lumière.

Recueillie par Louis LAMBERT chez M. le D. GUIBAUD , à Belesta (Ariège). Recueil des Contes Populaires du Languedoc de 1899.

Dans l'Ariège, les sorcières sont appelées de différents noms : encantados, doumaizélos, dounzèlos, fados, sourcieiros.
(1) Les campagnards entendent par-là les religions étrangères au catholicisme.
(2) Grotte près de Belesta.
(3) Mauvaise lignée: les Sarrasins, les hérétiques, etc…



lundi 24 septembre 2018

Février 1579, HENRI IV Chassa l'ours en Pays de Foix.




HENRI IV CHASSA L’OURS EN PAYS DE FOIX.


Parmi les nombreuses traditions concernant l’adolescence d'Henri il en est une le décrivant comme pratiquant une vie de petit sauvageon chassant autour du château de Coarraze aux conns du Béarn et de la Bigorre. La seule chasse à l'ours à laquelle il ait participé eut lieu en 1579 en pays de Foix. Henri venait de faire la paix avec Catherine de Médicis et de connaître un des rares moments de sa vie de couple avec Marguerite de Valois. Catherine et Marguerite étant parties pour la Provence, Henri leur t la surprise de les retrouver à Saverdun d'où il les conduisit pour une chasse peu banale dans le massif du Plantaurel an de leur montrer comment traquer un ours. Il s'agissait moins d'une chasse que d'un divertissement de cour ayant le piquant de l'exotisme pyrénéen;

Selon le témoignage de Sully ce fut le 18 février qu'Henri rejoignit ces dames pour leur offrir ce safari hivernal.


vendredi 7 septembre 2018

La petite rate qui se fendit les lèvres, "randonnée" Ariégeoise.



Voici une randonnée, appelées aussi histoires en chaînes ou contes à délier la langue, ces contes étaient extrêmement populaires en Ariège et dans tous le Languedoc, figure obligée du répertoire du conteur prouvant par la vitesse à laquelle il dit le conte sa dextérité orale.

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Une petite rate en passant par une loge se fendit les lèvres. Elle va trouver le cordonnier.

« Cordonnier arrange-moi les lèvres.
— Je n’ai pas de poils. »
Elle va trouver le cochon :
« Cochon donne-moi des poils. »

Alors le cochon lui dit :
« Si tu veux des poils, il te faut me donner du son. »
Elle va trouver le meunier :
« Meunier donne-moi du son. Du son je donnerai au cochon, le cochon me donnera des poils, des poils je donnerai au cordonnier pour m’arranger les lèvres. »

Le meunier dit :
« Il me faut du blé. »
Elle va trouver le champ :
« Champ donne-moi du blé. Du blé je donnerai au meunier, le meunier me donnera du son, du son je donnerai au cochon, le cochon me donnera des poils, des poils je donnerai au cordonnier pour m'arranger les lèvres. »

Le champ lui dit :
« Il me faut du fumier. »
Elle va trouver une vache :
« Vache donne-moi du fumier. Du fumier je donnerai au champ, le champ me donnera du blé, du blé je donnerai au meunier, le meunier me donnera du son, du son je donnerai au cochon, le cochon me donnera des poils, des poils je donnerai au cordonnier pour m’arranger les lèvres. »

La vache lui dit :
« Il me faut de l’herbe. »
Elle va trouver le pré :
« Pré donne-moi de l’herbe. De l’herbe je donnerai à la vache, la vache me donnera du fumier, du fumier je donnerai au champ, le champ me donnera du blé, du blé je donnerai au meunier, le meunier me donnera
du son, du son je donnerai au cochon, le cochon me donnera des poils, des poils je donnerai au cordonnier pour m’arranger les lèvres. »

Le pré lui dit :
« Il me faut de l’eau. »
Elle va trouver la rivière :
« Rivière donne-moi de l’eau. De l’eau je donnerai au pré, le pré me donnera de l’herbe, de l’herbe je donnerai à la vache, la vache me donnera du fumier, du fumier je donnerai au champ, le champ me donnera du blé, du blé je donnerai au meunier, le meunier me donnera du son, du son je donnerai au cochon, le cochon me donnera des poils, des poils je donnerai au cordonnier pour m’arranger les lèvres. »

Alors ils ont fait l’échange, chacun a donné ce qu’il fallait à chacun et  au moment de partir, quand tout ça s'est passé, le cordonnier arrange les lèvres de la petite rate, la petite rate passe par un pré, un chat arrive et la mange.

Je passe par un pré.
Mon conte est achevé.