dimanche 15 juillet 2018

La grotte de Malarnaut.


Aujourd’hui je vais vous parler de la grotte de Malarnaut, entre Durban et Montseron.

Les vieux nous ont raconté qu'autrefois, peut être il y a cinq  cents ans, que cette grotte servait de refuge à une caravane de fées vêtues, toutes de robes blanches. Elles avaient les pieds palmés comme les canards. Pendant le jour, elles ne sortaient jamais, et ne menaient point le moindre tapage: pas un gémissement, pas une parole; mais, sitôt que la nuit répandait sa noirceur sur le pays, on entendait un brouhaha de foirail. 
En s'approchant, doucement, les jeunes gens du pays pêchaient, quelquefois une bribe de conversation. Jeannot, de Bogue qui avait l'oreille fine, un soir, en entendit une qui disait : «Demain, ça ira bien pour semer les haricots». Cela fut dit de hameau à hameau; tous se mirent à labourer, et, jamais les pieds n'avaient porté tant de cosses. Ce fut une année d'abondance.
Une autre fois, le forgeron Jacques n'avait pas pu souder un soc fendu. Il lui vint aux oreilles qu'une fée avait dit: «S'il l'avait aspergé de sable fin, il aurait réussi». Jacques suivit le conseil, et le soc réparé aurait traîné un monticule.
Pour laver leurs serviettes, les fées sortaient la nuit.
Ici, tout va se gâter pour finir malencontreusement. Ne voulez-vous pas que Pierrot d'Ourdas tomba amoureux d’une fée qu‘il avait vue quatre ou cinq fois au bord du ruisseau. Elle était blanche comme un lis, jolie, avec un petit nez pointu, et des yeux bleus d'azur du ciel.
Quand il demanda sa main, elle lui répondit : «Je veux bien, mais il vous faut promettre sur votre honneur, que vous ne direz à personne que j'ai les pieds palmés comme les oies». Pierrot jura. La noce eut lieu à Ourdas. Deux jours de suite garçons et filles dansèrent la bourrée sous les ormeaux centenaires de Durban. Chacun se retira seulement lorsque la barrique coula lie.
Deux petits enfants, un garçon et une fille naquirent. Beaux, éveillés, affectueux, ils faisaient le bonheur de la maison. Voulez-vous que le soir de la fête patronale, Pierrot, qui avait bu un coup de trop, laissa échapper à l'oreille d'un ami, que sa femme avait les pieds palmés, comme les canards. Cela se dit. La fée ne tarda pas à savoir ce que tout le voisinage bourdonnait. Sans bruit, elle attrapa le chemin de la grotte de Malarnaut. Rien ne put la fléchir, ni les prières de Pierrot, ni les pleurs des enfants qui faisaient pitié.
« Ah ! C'est ainsi? dit l’homme. Abandonner sa famille, une fée, qui devrait être le modèle de la patience, du bon cœur, de la charité. Je vais te montrer de quel cuir sont faites mes courroies. »
La nuit suivante, avec l'aide de ses voisins, il ferma le grand trou de la grotte avec des feuilles de fougères, des fagots d’aulne, de frêne, de tout ce qu'il trouva. Un grand feu, une fumée qui aurait étouffé tous les damnés de l'enfer, durèrent toute la nuit.
Depuis tant d'années, la grotte semble morte. Un silence de tombeau dure toujours. Personne n'a plus entendu le bourdonnement bruyant des fées de Malarnaut. Le faucon peut y nicher sans être tracasse. 

LÉON SOULA.
Contes et Légendes d'Ariège.



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