jeudi 21 juin 2018

Le grelot du Courbas.


Courbas est le nom d'un hameau de trente foyers, sis sur la commune de Varilhes.

Au siècle passé, ce petit village si aimable, endormi dans la verdure, connut un bouleversement qui dura quelque temps.

Une nuit le cadet de Bartoli, en rentrant d'une veillée, entendit un grelot. ll s'arrêta pour écouter. Le bruit venait du sommet d'un peuplier. Vite, il s’approcha de l'arbre ; mais alors, le grelot fut sur un autre, plus loin. Au bout d’une heure d’allées et venues, il abandonna la poursuite. Cela se dit dans le hameau; et, le lendemain soir, une vingtaine de garçons et filles étaient là. D’un champ à l’autre, d'un bosquet à un bosquet, la petite clochette égrainant ses triolets, et personne ne découvrait l'auteur de cette musique champêtre.

La seconde nuit, il en vint de Laborie; la troisième, de Varilhes, de Coussa, de Saint-Félix, de Verniolle. Chaque nuit, quelques centaines de personnes  faisaient au Courbas une ceinture humaine, comme l’armée, quand elle veut conserver une ville menacée, en temps de guerre. Toujours le même léger grelot, et jamais la découverte de la cause !

Un mois s’écoula ainsi. C'est après ! Chacun disait la sienne: Le diable a niché au Courbas, c'est une sorcière venue pour faire tomber un sort très méchant ! Ce ne peut être qu'une fée descendue des nuages ! Si c'était un oiseau, il ne ferait pas cette musique perçante, et on le verrait dans le jour !

Ceux de Pamiers, à pied, à cheval, vinrent se rendre compte, pas tous à la fois ; par bandes nombreuses. Au bout de six mois, chaque nuit, mille, deux mille personnes étaient là, passant la nuit blanche. Jamais aucune ne pouvait trouver la cause, la raison de ce phénomène.

Pauvre Courbas ! Petit village à l'abri dans son nid verdoyant, il avait perdu la douceur de vivre ! L’obscurité était faite d'heures infernales. Comment voulez-vous attraper le sommeil avec un pareil charivari !

On avait composé une chanson. Quand toute la populace se mettait à la chanter, on aurait dit les manœuvres de l'artillerie en campagne.

Sur cette terre, les choses les meilleures, comme les plus mauvaises, ont une fin. Un matin de novembre, Paul de Trompil, d'un coup de fusil, tua une chouette, posée au sommet du pigeonnier de la maiterie de Bellent, entre le Courbas et Laborie. Jugez de la surprise de Paul, quand il s’aperçut que cet oiseau avait un grelot attaché une patte, avec un cordon de fil de fer fin.

La sorcellerie était découverte.

Le Courbas, comme par enchantement, reprit ses nuits paisibles. Quelque temps encore, ceux qui avaient le cerveau troublé par tant de monde sur un si petit endroit, durent rêver sur les fées enchantées, et tout s'éteignit comme un feu de paille. Il ne reste plus, aujourd'hui que le souvenir du grelot, et la chanson que les vieux murmurent encore.



Léon SOULA.

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