jeudi 28 juin 2018

La femme qui a perdu sa langue.



     Le curé d’Agréou venait de finir sa messe, lorsqu’il vit venir à lui un de ses paroissiens les plus tièdes.

— Bonjour, Tistou ! quel vent t’amène ! Je n’ai pas pour habitude de te voir fréquenter ces lieux.
— Ah ! Monsieur le Curé, le vent qui m’amène est un mauvais vent. Ma femme est bien malade. Elle ne parle plus, et je vous demande de venir lui donner l’extrême-onction. 
— Pas possible ! Elle est tombée malade subitement, alors ? Car je l’ai vu à l’église dimanche, et comme c’est aujourd’hui mercredi...

— Eh ! oui, Monsieur le Curé. Elle ne parle plus et je m’inquiète.
— Bon, bon, mon ami. Va retrouver ton épouse et lui prodiguer tes soins ; j’arrive tout de suite.

Et M. le Curé remet son surplis qu’il venait de ranger, appelle son fidèle « acolyte », allume un cierge, et tandis que Jacquou secoue la sonnette qui annonce aux carrefours, aux rues et aux maisons du village qu’une paroissienne va trépasser, M. le Curé commence les prières des agonisants. Le prêtre et son suivant arrivent chez Tistou, qui est boucher, mais qui a fermé sa boutique. Sans doute, en signe de deuil. Le desservant, qui connaît la maison, se prépare à monter l’escalier pour atteindre la chambre de la malade, quand, au pied des marches, il se heurte à Madame Tistou en personne, qui vient voir, attirée par le bruit, ce qui se passe chez elle.

— Eh ! où allez-vous donc, Monsieur le Curé ? Il n’y a pas de moribond ici. Vous avez dû vous tromper de maison ?

M. le Curé d’Agréou en a laissé tomber son bréviaire, et l’acolyte, le cierge, l’encens et la navette. Derrière Mme Tistou, apparaît la face ronde et radieuse de Tistou, qui s’écrie :

— Monsieur le Curé, vous venez de faire un miracle ! Ma femme avait perdu la langue depuis un mois, et vous venez de la lui faire retrouver.

Histoire & Récits du pays Occitan.

M. Mir et F. Delampe. 1948



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