lundi 11 juin 2018

Contes merveilleux du Comté de Foix. L’étrenne de la pauvre fileuse.


Il y avait une fois une ravissante fillette qui venait de perdre son père et sa mère. Il ne lui restait plus que sa marraine, une femme qui vieillissait et qui demeurait seule dans une petite maison. Cette femme gagnait sa vie avec son fuseau, sa navette et son aiguille; mais il convient de dire de suite que c'était une fée, ou enchantée. Elle accueillit la jeune orpheline dans sa maisonnette et lui apprit à filer, à tisser et a coudre. . .

Un jour elle dit à sa filleule :

— Ecoute, ma mie, tu es bonne comme le pain et vaillante comme pas une; mais je deviens bien vieille et je ne tarderai pas à mourir. Je vais te laisser mon fuseau, ma navette et mon aiguille : avec tout cela tu pourras vivre heureuse. Mais n'oublie pas qu'ils sont enchantés et que, lorsque tu désireras quelque chose, tu n’auras qu'à chanter ce que je t'ai chanté plus d'une fois. . .

La fée mourut peu de temps après. L'enfant se mit alors au travail et les clients ne lui firent pas défaut. . .

Certain jour, la veille de la Noël, le fils du roi vint à passer dans le village en faisant savoir qu'il passait partout pour choisir une épouse; mais il désirait en même temps que ce fut la plus riche et la plus pauvre. Et cette perle n'était pas facile à dénicher.

Quelqu'un lui indiqua alors la plus riche : le prince alla la trouver; mais cette demoiselle, orgueilleuse comme un pou, se prosterna devant lui, posant sa tête presque à terre. Le prince se contenta de la saluer et passa outre. Une autre personne lui indiqua alors la plus pauvre, c’est-à-dire la filleule de la fée. Le fils du roi arrêta son cheval devant la fenêtre de la jeune fille et vit celle-ci assise sur une chaise basse, qui faisait virer rapidement son fuseau, et il l’entendit fredonner une jolie chansonnette. La jeune fille vit aussi ce bel homme monté sur un magnifique cheval et son cœur se mit à battre précipitamment. Quand le prince s'en alla, elle se mit à la fenêtre et y resta encadrée, bouche-bée, jusqu'à ce qu'elle ne vit plus trembler les plumes blanches du chapeau princier.

Alors la pauvre fille s'assit de nouveau et se remit à filer. Tout à coup elle se rappela la chansonnette que lui avait enseignée sa marraine et elle se mit à chanter doucement :

Tourne ! tourne, agile fuseau !
Cours ! cours ! ne t'arrête plus
Que tu n'aies conduit ici
Mon amoureux qui est dans les environs.

Aussitôt le fuseau lui échappe des doigts, passe par la fenêtre et s'enfuit au-dehors. Très étonnée, elle revient s'encadrer dans la fenêtre et voit ce fuseau qui s’en allait en dansant à travers les prés et les champs, en traînant un fil d’or…

La jeune fille revint s'asseoir, prit la navette, et se mit à tisser en chantant :

Cours ! cours, navette jolie ;
Rattrape le fuseau d'une course ;
Et lorsque vous reviendrez tous deux,
Conduisez ici mon amoureux !

Aussitôt qu'elle eut chanté cela, la navette lui échappa des doigts, s'enfuit vers la fenêtre et se sauva en suivant le chemin qu'avait pris le fuseau; mais des qu’elle eut passé la fenêtre, la navette s'était mise à tisser un magnifique tapis tout bariolé de fleurs, le long du chemin. Alors la brave fillette revint s'asseoir, prit l’aiguille et se mit à coudre en chantant tout doucement :

Cours ! cours, ma fine petite aiguille ;
Cours toujours, ma joliette;
Que tout ici soit fleuri
Lorsque viendra mon bel amoureux!

Et subitement l'aiguille lui échappe et se met à coudre toute seule un grand nombre de tapis et d’étoffes fleuris. . .

Le fuseau s'était mis à courir si rapidement qu’en quelques instants il eut rattrapé le prince.

— Et qu'est-ce que ce fuseau attaché à un fil d’or, dit-il? Je crois que ce fil désire me conduire quelque part !

Il tourne bride aussitôt, se met à suivre le fil d'or, et bientôt il rencontre la navette qui tissait toujours son beau tapis Le prince lance son cheval sur ce tapis et arrive ainsi devant la maison de la pauvre fileuse. Celle-ci était assise sur sa chaise basse, vêtue de ses habits les plus simples; mais avec tout ce qu'avait cousu son aiguille enchantée, elle avait pu recouvrir murs, tables et chaises d'étoffes fleuries, plus jolies les unes que les autres. Au milieu de ce décor féérique, la pauvre demoiselle semblait bien être la plus opulente du village. Elle se leva, toute timide, lorsque le prince franchit la porte de sa demeure, et celui-ci lui dit :

— C'est bien toi la plus pauvre et la plus riche du pays , tu seras mon épouse !

Il la prit alors par la main, lui donna un petit baiser, la fit monter sur son cheval et la conduisit au château royal. Et ce château constitua l’étrenne de la Noël de la pauvre fileuse. . .

Le fuseau, la navette et l'aiguille enchantés furent rangés dans le trésor royal, et je crois bien qu'ils y sont encore.

Conteuses : Françoise Caux et Marie Pibouleau
Adelin Moulis.





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