mardi 1 mai 2018

Si on pouvait aimer d’amour un paysage ?


Capoulet le 22 juillet 1926.

Je suis fiancé au paysage qui m’entoure quand je suis accoudé à la vieille muraille du petit cimetière de Capoulet, où ma place est marquée.

C'est une vallée latérale de l’Ariège. Le Vic-Dessos aux eaux aimées des truites y bondissent à travers les blocs. La route finit non loin de mon village et les sentiers qui mènent en Espagne passent au pied des neiges du Montcalm.

J'ai vu des pays que j'ai aimés à travers une mémoire peut-être trop  littéraire. D'autres qui m'ont brutalement empoigné. J’ai vraiment adoré la terre meurtrie que défendit mon régiment et que sanctifia le sang de mes camarades.

Je suis toujours resté fidèle au petit village de l’Ariège. Notre union à la sérénité de la légitimité. Nulle part je ne suis mieux moi-même que dans la maison sans éclat qui abrita le cercueil de mes morts.

Le paysage n'a rien d’exagéré. J'en connais tous les aspects par cœur, et pourtant ils renouvellent toujours mon émotion. Montagne modeste où s'allument, la nuit, les feux des charbonniers, vieux château de Miglos, presbytère abandonné de Junac, au bord du torrent, poésie du blé noir aux fleurs fragiles, bruits paisibles, respiration de la terre.

Je me sens vieillir. L'idée de la mort m'obsède sans m’attrister. C'est elle qui m’a définitivement fiancé au champ de repos d'un des plus petits villages d'une peu connue vallée de l’Ariège.


M. Paul Voivenel.



1 commentaire:

  1. Pour info, j'ai prêté ma voix à la présentation de popol Voivenel lors de création du musée "la petite maison" de Capoulet. Musée créé par le maire Claude Aynie, ancien collègue del'AA et pilote de chasse,disparu l'an passé et nous avions enregistré cette cassette avec Colombani (photos et diaporama). Ce musée est ouvert l'été.

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