jeudi 31 mai 2018

Conte populaire « La Flûte qui parle »


Ce conte populaire « La Flûte qui parle » est très répandu dans le Folklore Méridionale. La version présentée provient de la région de  Mazères.

La Flûte qui parle.

Il y a très longtemps, un roi et une reine assez âgés avaient deux fils. Tous deux étaient jeunes et beaux. Un jour, on parla dans le pays de la succession du roi par son fils aîné, aussi brave que beau et qui était très aimé du peuple.

A peu de temps du couronnement, les deux princes, qui s'aimaient fort, partirent, ensemble, chasser en forêt. Le cadet qui était jaloux de son aîné, mais qui avait su cacher ses sentiments, profitant de l'occasion, tua lâchement son frère et l'enterra près d'un vieux pont, après avoir poussé un gros rocher sur la tombe.
Arrivé au château, il raconta qu'avec son frère, ils avaient été assaillis par de nombreux brigands contre lesquels ils s’étaient vaillamment battus, mais que seul il avait réussi à s'enfuir, tandis que son frère avait été enlevé. Toutes les recherches entreprises pour retrouver le malheureux prince demeurèrent vaines. Les parents étaient inconsolables. Le cadet allait devoir bientôt succéder à son père.

A quelque temps de là, un vieux berger, auprès de qui le jeune prince disparu apprenait à jouer de la flûte, conduisant son troupeau, passa à proximité du lieu fatal.  Son chien, parvenu devant le gros rocher poussa des cris plaintifs, tout en grattant furieusement la terre avec ses pattes.  Le berger s'approcha et dès qu'il toucha l'énorme pierre, malgré qu'il fut âgé et sans forces, celle ci fut déplacée et dégagea la fosse.

Le vieux pâtre se pencha, choisit un os, le tailla, le troua et en fit une flûte.  Dès qu'il l'eût placée entre ses lèvres, la flûte chanta;

« sonne, sonne, mon pauvre pâtre,
c'est mon frère qui m'a tué
sous le vieux pont
pour la feuille de laurier. »

Emu et épouvante à la fois, l'homme venait da reconnaître la voix de son jeune prince qu'il aimait tant. Plusieurs fois, il  joua de la flûte et toujours la même voix et le même chant retentissaient.  Or, dès le lendemain, le roi et la reine se promenaient mélancoliquement, comme ils le faisaient souvent dans les endroits qu’affectionnait leur cher enfant disparu et c'est ainsi qu'ils s'approchèrent du berger pour le saluer.

Fasciné par la belle flûte en os que tenait dans ses mains le vieux pâtre, la reine demanda à celui-ci de lui jouer un air, mais le pauvre homme, trop malheureux, se contenta de tendre la flûte à sa souveraine.  Dès qu'elle eût mis l'instrument entre ses lèvres, la reine entendit:

« sonne, sonne, ma pauvre mère,
c'est mon frère qui m'a tué
sous le vieux pont
pour la feuille de laurier.»

A genoux et pleurant d'émotion, la pauvre mère tendit l'instrument à son époux et dès que celui-ci l'eût placé dans la bouche, la même voix chanta:

« sonne, sonne, mon pauvre père,
c'est mon frère qui m'a tué
sous le vieux pont
pour la feuille de laurier. »

Pâles tous deux, les malheureux parents, auprès du berger agenouillés, écoutèrent à plusieurs reprises la voix de leur cher enfant.  Rentrés au château, le roi convoqua les seigneurs et le peuple, en présence de leur fils cadet.  Quand l'assemblée fut réunie, au milieu d'un grand silence, le roi tendit à son fils la flûte enchantée. Dès que le jeune prince eut placé l'instrument entre ses lèvres, tous les assistants entendirent:

« sonne, sonne, mon méchant frère,
c'est bien toi qui m'as tué
sous le vieux pont
pour la feuille de laurier.»

Aussitôt jugé, le prince félon, condamné à mort, fut décapité. Grâce à Dieu, il n'avait pas eu le temps de profiter de son crime...









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