mardi 27 février 2018

Superstitions, contes et légendes en pays d’Ariège.


Le folklore animalier.


L’orvet s’appelle ase bielh (vieil âne) et on dit que lorsqu’il pique un vendredi, on en meurt. À Erp (vallée du Salat), on le nomme arboula et il ne pique que le vendredi.


Le lézard est l’ami de l’homme. Le mari d’Émilie Milhau prétend avoir été réveillé par un lézard qui lui mit sa queue dans l’oreille, alors qu’un serpent allait le piquer (1919). À Erp, quand on voit un serpent, il faut dire : Lauzerp, lauzerp, aparome de la serp (Lézard, lézard, protège-moi du serpent). Le lézard apparaît alors et se met à charmer le serpent.


Un enfant est mort à Soulan (vallée du Lézat), à cause, dit-on, d’un serpent qui avait l’habitude de grimper, par le moyen d’un lierre accroché au mur, jusqu’à la chambre. Le serpent s’arrangeait de manière à faire vomir l’enfant et à sucer le lait régurgité.


Pour se préserver du mauvais œil et des sortilèges en général, Joseph Pubill portait avant sa mort (1909) une tête de serpent desséchée, dans un sachet placé autour du cou. La famille Pubill avait toujours pratiqué cette coutume et pour que cela soit efficace, la langue du serpent ne devait pas être enlevée.


Si l’on tue une salamandre, il faut avoir bien soin de la supprimer complètement car elle est longue à mourir. Si elle ne meurt pas, celui qui a voulu la tuer dépérira et mourra dans l’année. À Suc (Vicdessos), un homme dépérissait et on lui demanda s’il n’avait pas tué une salamandre, Il répondit qu’il en avait tué une, à un certain endroit. On alla y voir, on démolit un vieux mur dans lequel on trouva la salamandre dont la queue était coupée. La salamandre fut tuée et l’homme guérit.



À Loubens, quand on trouve une salamandre, il faut la brûler, sans quoi le bétail sentirait l’endroit où on l’a tuée, il en lécherait la place et risquerait d’en mourir. On dit aussi que la salamandre est lumineuse la nuit, son venin lui donnerait sa lumière.

À Mérens (haute vallée de l’Ariège), un fermier a demandé au curé de venir voir sa vache. Il croyait que celle-ci était malade parce qu’elle avait eu peur en voyant une poulido belho (belle belette). Cet animal serait entré dans l’étable malgré la présence des chiffons rouges qui servent à le tenir éloigné. Le curé (né en 1900) constate que le cuir de la vache n’était pas souple et il diagnostiqua une congestion. Diagnostic confirmé peu après par le vétérinaire.


Tous les habitants de Gourbit (massif des Trois-Seigneurs) placent un chapeau rouge dans les étables pour écarter la belette. On recommande d’autre part aux enfants de lui parler d’une façon aimable et flatteuse quand ils la rencontrent, pour ne pas attirer la maladie dans la maison. Et si on fait du mal à une belette, sans la tuer, elle va boire dans la maison de celui qui l’a maltraitée et l’homme s’empoisonnera en buvant.


Pour éloigner la belette, on peut aussi faire une petite poupée d’étoupe que l’on fixe au bout d’un bâton et que l’on attache avec un chiffon rouge. Cela tient à deux croyances populaires : la belette n’aimerait pas le rouge et elle n’aimait pas filer, autrefois, «lorsque les animaux parlaient ». Émilie Milheau a placé étoupe et chiffons rouges devant Saubiac, en septembre 1918, noués à un arbuste et un peu au-dessus du sol.


Pour se faire suivre d’un chien, le chasseur doit prendre trois poils de la queue de l’animal et les lui faire avaler avec un peu de lard. Il doit ensuite faire coucher le chien pendant une, et mieux pendant plusieurs nuits, sur une chemise qu’il a portée (Crampagna, 1922). Trémoulet de Loubens se frotte l’aisselle avec un morceau de lard qu’il fait avaler à son chien, après y avoir ajouté les trois poils de la queue de l’animal.


Si l’on prend une taupe et qu’on s’en frotte les mains, on pourra guérir tous les bestiaux de la colique tout au long de l’année en leur imposant les mains. S. Portet ne se frotte pas seulement les mains, mais il étouffe aussi la taupe dans ses mains. Les mouvements d’agonie de l’animal communiquent au bras comme une secousse électrique qui se transmet à tout le corps et qui permet de guérir les gens et les bêtes de la colique, en leur passant la main sur le ventre. Emmanuel (un voisin) a essayé, mais la secousse a été «trop forte et il en a été éprouvé car son tempérament est trop faible pour faire cela ».



Le trèfle à quatre feuilles est l’herbe du pic-vert. Cet oiseau doit avoir une force extraordinaire pour trouer des arbres au bois dur et il tire cette force du trèfle à quatre feuilles. Celui qui en trouve un, aura de la chance et de la force.

Une araignée était cousue autrefois dans la veste des conscrits de Cadarcet (Couserans) comme porte-bonheur, avant qu’ils n’aillent tirer leur  numéro.


Quand on coupe le bout de la queue à un chat pour lui enlever le ver (que l’on imagine s’y trouver), il faut placer le chat sur la fenêtre de façon que la queue tombe dehors et que le chat saute dans la maison. Si l’inverse se produit, cela porte malheur.


Quand le coucou chante, il faut réciter ces vers, dans le Castillonnais : 


Coucut, bastar Coucou tu es bâtard
Habilhat de lar. Habillé de lard.
Ta mai, agasso, Ta mère est la pie
E tu, dera rasso Et toi de la race
De toun paf, coucut. De ton père le coucou.


On croyait autrefois que le loup, avant de manger un chrétien, était obligé d’aller se laver la bouche. Si le loup voyait un homme avant d’en être vu, l’homme perdait l’usage de la parole et ne pouvait plus appeler au secours. C’est pourquoi on dit, en Ariège, d’un muet : A bist lou loup ! (Il a vu le loup !).


Un apprenti forgeron d’Ayguesjuntes s’étant brûlé pendant son travail,il s’écria :


Baldro mes esse ous de         Mieux vaut être un ours de
mountanho                          montagne
Que Maure de campanho ! Qu’un forgeron de campagne !


Or, il se trouvait que Notre Seigneur passait justement par là et en entendant cela, il répondit au forgeron :


Ous de mountanho bos esse   Tu veux être un ours de montagne
Ous de mountanho siras! Eh bien tu seras ours de montagne !


Et l’apprenti forgeron fut changé en ours. C’est pour cela, dit-on, que cet animal a les pieds comme ceux des hommes, qu’il se tient debout, monte sur les arbres et ressemble aux humains par beaucoup de côtés (Boy, Ayguesjuntes).



En Andorre, un conte similaire explique les origines des ours. Quand Notre Seigneur marchait sur la terre, il mendiait. Un jour, en le voyant venir, un homme et une femme se cachèrent derrière un buisson pour lui faire peur. À son passage, effectivement ils crièrent très fort. Notre Seigneur leur dit :

Ossa bouletz se ? Vous voulez faire l’ours ?
Ossa seratz Vous deviendrez ours
A tot abre pujaratz Vous pourrez monter aux arbres
Menos al abe que Sauf sur le pin.
no pouratz.


L’homme et sa compagne furent en effet changés en ours et ils s’enfermèrent dans une tanière, de la Nativité jusqu’au 25 mars (V. Riba).



Joseph Vézian.
(1886-1958)



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