mardi 6 décembre 2016

En vallée de Bellongue il y a très longtemps.



Les femmes de mon village allaient de tout temps laver leur lessive à la fontaine du Louzadech, au bord d’un joli ruisseau à la Voix claire le Bidaros. Que de vérités et de mensonges ont été racontés à ce lavoir ! Il s’y est passé aussi des évènements extraordinaires. Ecoutez ceci.

Un beau jour d’il y a très longtemps ; Notre-Seigneur vint voir sur la terre si le travail de la création du monde avait réussi. Il commença sa tournée d’inspection par la Bellongue et, ma foi, il fut plutôt satisfait. Les chemins avaient peut être un peu trop de pente, mais il n’est pas interdit de se reposer de temps en temps et alors le splendide panorama qu’on découvre sur le Maubermé réjouit vos yeux, votre coeur vos jambes et vous resscuscitez. 



Près du Louzadech, Notre Seigneur prenait un moment de repos. Il admirait les belles montagnes, écoutait le murmure du ruisseau, le chant des oiseaux : il se figurait de nouveau être au ciel. Saint-Pierre partageait naturellement son opinion. Mais tout à coup dans la direction de la fontaine de Layet, deux voix s’élevèrent, criardes comme des voix de  femmes qui se disputent.
«Quels sont ces gros mots ! dit Notre-Seigneur à St-Pierre, c’est pire qu’à Massat. Est possible de jurer de telle façon ? Va faire taire ces femmes, dépêche-toi. »
Saint-Pierre descendit la pente au plus vite. Notre Seigneur entendit peu après la grosse voix de son compagnon, quelques paroles, un rire de femme et puis le silence revint. Le ruisseau continua sa petite chanson ; la paix régnait à nouveau sur les bords du Bidaros; Un moment après St- Pierre qui avait remonté la pente arrive tout essoufflé !
- Tu as eu vite fait. Qu’avaient donc ces femmes à se disputer ainsi ? Et que leur as-tu dit ?
- Je leur ai dit de se taire et je leur ai recommandé de n’être pas si grossières. C’est vilain de la part des femmes.
- Elles ont en effet tenu compte de tes observations.
- Ah ! vous pouvez le croire. Au contraire. Aussitôt, une des deux lavandières, une jolie fille, vive comme un lézard, m’a répondu de m’occuper de mes affaires et de penser ; plutôt aux clefs qui pendaient à ma ceinture, je risquais fort bien d’en perdre quelqu’une. Et toutes deux se mirent à rire et a se moquer de la grande clef celle qui ouvre la porte principale du Paradis. Je n’ai pu me contenir ; je les ai décapitées avec le sabre que j’avais acheté à St-Girons lorsqu’on m’as annoncé qu’il y avait des ours dans la Forêt de l’Estelas. Voila pourquoi elles se taisent maintenant. 


- « Tu as fait un beau travail ! Tu es trop vif toi aussi. Va réparer cela et au plus vite. »
 - St-Pierre repart au Louzadech ; il était en colère à l’idée d’avoir à remonter la fameuse pente. Enfin, il prend une tête à chaque main et la replace sur chaque épaule.
Mais il se trompe. La tète de la jeune fille fut sur le corps de la femme et inversement. Et maintenant, je vous dis le fin mot de l’histoire : la femme, c’était le diable en personne. Depuis, toutes les jeunes filles de ce village ont une tête du diable (ceux qui se marient avec elles le savent bien). Et depuis aussi, le diable prend souvent le visage d’une jolie fille quand il veut nous faire tomber dans le péché. Et beaucoup trop d’hommes s’y laissent prendre !

Photographies de Grégory Alcazar.

Nota: Ne pensez pas que j’ai inventé ce conte, je n’ai rien contre les habitants de la Bellongue et de Massat. Ce conte a été écrit par Mr Maurice Castet dans l’ouvrage « Contes et l’égendes d’Ariège » en 1948.






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