jeudi 8 décembre 2016

Décembre 1942, l'hiver est sur l'Ariège.


Il y avait dans un petit village de montagne une fillette tant dévouée et tant éveillée que tout le monde la regardait. Elle était belle vous pouvez le croire et comme elle était douce et bonne, c’était une perle pour ses parents.
Elle était toujours contente et elle travaillait en chantant. Qu’il fit bon ou mauvais, elle allait droit devant elle, une étoile dans chaque oeil.
Les voisins, cela se comprend, étaient un peu jaloux de la voir si belle et hypocritement ils faisaient des vœux pour qu’un malheur lui arrivât.
Il arriva : Un jour qu’elle était encore au lit, sous le plancher, dans la grange, on tua des habillés de soie. Personne n’avait songé à avertir la fillette. Au moment où les bêtes que l’on tuait se mirent a grogner et à faire un bruit d’enfer, la fillette épouvantée se réveilla, se leva, courut dans la chambre, ne trouva personne et alors la peur la prenant, elle devint tout d’un coup comme folle et elle perdit la parole.

Couché de soleil sur les Estagnous.
Vous pensez si ses parents furent malheureux ! A partir de ce moment on ne peut pas dire combien cette maison déclina. La mère et le père mangeaient à peine et ils avaient blanchi; la fillette faisait peine a voir. Elle s’en allait, tournait la tête et suivait son chemin. On essaya de la guérir, rien n’y fit. Elle ne parlait plus et on aurait dit que plus rien ne pouvait lui faire plaisir.
Mais pourtant si elle entendait un bruit, vite elle s’enfuyait en tremblant. Et cette souffrance, au lieu de l’enlaidir, lui avait donné encore plus de beauté, en l’affinant. Tout le monde la plaignait et la regardait avec pitié. Elle était belle, elle était bonne, elle avait tout ce qu’elle pouvait désirer, mais il lui manquait, pitié, le bon sens et la parole libre.
Pour Noël, l’année suivante, les autres fillettes du village vinrent la chercher et elle s’en alla avec elles à l’église. Elle se laissa conduire comme l’agneau de la crèche. Comme les autres années, elle vit l’autel en fête, les lumières, les gens en prière, elle entendait les cloches qui dans la nuit criaient si fort la naissance sacrée, le renouveau, l’espérance, la joie, la vie. Elle entendit les chants qui semblaient donner des pensées à toutes les choses et son cœur qui était pur comme les fleurs, se mit a pleurer.



Dehors, il y avait de la neige et la nuit était obscure. Une grande tempête passait partout et secouait le petit village.
Tout paraissait mort et fini dans les sifflement du mauvais temps.
Alors quand, la fillette se fut retirée dans sa chambre, comme elle était bien au chaud, que dehors piquait le tourbillon, elle se mit à rêver que tous les rois, les mages, les bêtes qu’elle avait vus autour de la crèche, à l’église, s’en allaient avec elle pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance de celui qui doit purifier tout et sauver l’humanité.
Mais ce qui était le plus amer pour elle, c’est que tout criait bien : «Noël, Noël, il est ne celui que nous attendons » et elle ne pouvait rien dire. Et alors elle se raidissait serrait ses dents pour pouvoir crier, pour pouvoir parler.
À ce moment un coup de vent plus fort qui semblait vouloir tout secouer, enleva une partie du toit de la maison et la fillette épouvantée se leva en criant de peur : Noël, Noël, et elle tomba raide sur le lit.

Levé de soleil aux alentours d'Ax les Thermes.
Mais l’épouvante passée, sa mère qui la tenait dans ses bras, retrouva sa fille qui parlait, qui parlait et qui lui raconta le bon rêve qu’elle avait fait et encore toute contente et pleurant de bonheur, elle disait : « Maman, il fera bon à nouveau, maintenant, mon épouvante est passée, le, vieux temps est revenu, comme je te chanterai comme auparavant de belles chansons et comme tout va renaître et fleurir. Maman écoute mon rêve qui fait le tour de la terre : Noël, Noël. Tout est libre et fleuri. »

Contes et Légendes d'Ariège.

JULES PALMADE.

Publié en décembre 1942, chacun en comprendra le sens allégorique ; puisque la fillette c’était la France.



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