mercredi 28 septembre 2016

Le Château hanté, Conte de l'Ariège.


REVUE DES TRADITIONS POPULAIRES.

LE CHATEAU HANTÉ
(Conte de l’Ariège)

IL était une fois un seigneur de la Haute-Ariège qui possédait des châteaux magnifiques : parmi eux il y en avait un qui brillait comme de l'or ; mais qu'il ne pouvait pas habiter parce qu'on y entendait toutes les nuits des bruits d'enfer. Comme il était très riche, il trouva à se marier avec une princesse belle comme le jour. 


L'après-midi des noces il l'emmena visiter son château, et la princesse le trouva si joli qu'elle voulut y rester passer la nuit. Le seigneur la laissa, à condition qu'elle viendrait l'attendre, le lendemain matin, sur la plus haute tour. Jusqu'à minuit, la princesse admira toutes les richesses des appartements ; mais, sur le douzième coup de minuit, elle entendit un tel vacarme qu'elle en mourut de peur.

Le lendemain, le seigneur fut très étonné de ne pas la voir sur la tour ; il la fit chercher par ses serviteurs, qui finirent par la trouver, étendue morte dans un coin. Le seigneur en fut très désolé. Mais quelque temps après il se remaria avec une autre princesse. L’après-midi de ses noces il l'emmena au château. Elle le trouva si joli qu'elle voulut y rester, et il lui arriva la même chose qu'à la première princesse.

Le seigneur fut tellement désolé qu'il resta deux ans sans se remarier. Un jour qu'il traversait en chassant une forêt, il aperçut une fille de charbonnier qui était d'une grande beauté ; il la trouva si à son gré qu'il pensa, quoique les bûcherons fussent très dédaignés dans ce pays, qu'elle pourrait devenir sa femme ; il la demanda à ses parents ; mais ceux-ci, le voyant si bien habillé, le prirent pour le diable ; à la fin, quand sa suite arriva, ils consentirent à lui donner leur fille.

Il l'emmena dans le château merveilleux ; elle fut aussi tellement charmée qu'elle demanda à rester la nuit pour pouvoir le visiter tout entier, et coucher dans la chambre qu'elle trouverait la plus jolie. Son mari y consentit, à condition qu'elle l'attendrait le lendemain matin sur la plus haute tour. Quand minuit fut venu, elle entendit un bruit d'enfer ; elle monta du côté d'où venait ce bruit et arriva dans une grande salle où il y avait deux vieillards assis comme pour se chauffer auprès d'une cheminée dont le feu était mort. La jeune femme se dit que son mari avait voulu lui faire une surprise en ne lui disant pas qu'il avait encore ses parents ; elle alla leur dire bonjour, et en les voyant gelés, elle leur dit : « Pauvre papette, pauvre mamette, comme vous êtes gelés! je vais aller chercher du bois pour rallumer le feu. »

Quand elle remonta elle fut très étonnée de ne plus les trouver. En les cherchant, elle remarqua qu'un coffre était ouvert ; pensant qu'ils étaient peut-être là, elle l'ouvrit et le trouva rempli de pièces d'or. Comme il était jour, elle monta sur la tour pour attendre son mari, qui fut très étonné de la voir vivante. Elle lui raconta comment elle avait trouvé le trésor, et lui apprit que ses vieux parents étaient des âmes en peine qui hantaient ce château et qui devaient venir toutes les nuits jusqu'à ce que leur trésor fût trouvé par quelqu'un.

(Conté par Louisa Goison. 1903)


Elle a appris ce conte d'une ouvrière originaire de l'Ariège, dans un atelier de femmes qui, en travaillant, racontaient des légendes et des contes des divers pays dont elles étaient originaires.

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