jeudi 1 septembre 2016

La Mandrette, conte traditionnel du Folklore de l'Ariège. (*)

La Mandrette.

Ce conte traditionnel de l’Ariège que je vais vous conter ne m'appartient pas. Il appartient à celui ou celle qui le raconte et à ceux et celles qui l’écoutent. Partageons ce conte qui vient du passé de l'Ariège, pour qu'il continue son voyage dans le temps, grâce à nos bouches et nos oreilles ...


Il était une fois, dans les bois d’Artigat, il y a très longtemps, un bien curieux ménage: Martin l’ours et Mandrette la renarde. Ils avaient trouvé gîte dans une grotte confortable des bois de la Plante, plus exactement au lieu-dit "Pissepoivre" auprès duquel coulait un clair ruisseau, le ruisseau du Bernet.

Là, chacun avait des occupations bien définies. Martin, par sa force et sa haute taille était chargé de ramasser le bois pour l’hiver, de cueillir les fruits des plus hautes branches des arbres et de chasser le gros gibier, tandis que Mandrette, plus mince et plus légère, s’introduisait dans les poulaillers, pour y dérober poules, petits canards et oeufs des fermes d’Artigat.

Le ménage marchait à merveille, jamais une dispute, car Martin bonasse, admirait sa petite renarde, lui passant caprices et fantaisies. Un jour, maître Martin, revenant du bois, dit à Mandrette :
« Figure-toi, chérie, que je vais pouvoir t’offrir un festin de roi ! En revenant des ruines de Grate, j’ai vu un grand chêne, dont le tronc crevassé abrite un gâteau de miel abandonné par l’essaim. Demain, à l’aurore, j’irai le chercher et nous nous régalerons !… »

Tous deux partirent dormir. Martin ronflait du sommeil des justes, mais sa compagne ne pouvait s’endormir. L’image du tronc d’arbre regorgeant de miel la tenait éveillée, et elle se demandait bien comment faire pour arriver à déguster, seule, une belle friandise. Dans son esprit astucieux, elle trouva bien vite un stratagème. Alors que l’aurore pointait, elle tapa sur une casserole, imitant le bruit des cloches. Comme Martin se réveillait, elle arriva près de lui, toute humble et confuse, lui disant: Mon brave Martin, tu ne peux pas aller chercher le gâteau, car j’ai oublié de te dire que j’ai rencontré la vieille renarde, qui m’a demandé d’être la Marraine de son arrière-petit-fils, et le baptême a lieu aujourd’hui ! Entends-tu les cloches ? Il faut que je me hâte !… » 



Une bichette sur le nez du bon Martin, trois courbettes et voilà notre renarde qui s’en va. Vous devinez bien où ! vers le chêne regorgeant de miel aux ruines de Grate. Et voilà notre mandrette se régalant à cœur joie. Repue, elle revient à la maison et le bon Martin lui demande :
« T’es-tu bien amusée au baptême ? Comment s’appelle ce filleul ?… »
«  Commençat, commençat ! » lui dit-elle, « ah ! j’oubliai de te dire qu’au baptême, il y avait le vieux goupil qui m’a demandé d’être la marraine de son petit fils, et le baptême a lieu demain matin  !… »

« ... Ah ! C’est un bien mauvais contre-temps, mais tu ne peux pas contrarier ce vieux goupil ! ... »
Et le manège de la Mandrette de recommencer. Martin voulut savoir le prénom du deuxième filleul.
« Amietat, amietat ! » dit la Mandrette à l’ours, « cela va bien te contrarier, mon brave Martin, mais au baptême, il y avait la sœur de Goupil, qui m’a demandé d’être la marraine de la fille de la sœur de son neveu. Le baptême a lieu demain, mais je te promets mon bon Martin que c’est le dernier baptême, et que nous irons ensemble, après-demain, chercher le gâteau dans la clairière ! … »

Elle partit pour la troisième fois aux ruines de Grate et elle se gava de miel tant qu’elle le put. Quand elle revint à la maison, comme à l’ordinaire, Martin voulut savoir le prénom de la filleule.
« Accabat, Accabat ! … »
Fatiguée de sa course, l’estomac lourd, la renarde tomba dans un profond sommeil. 


Pourtant, le naïf Martin réfléchissait et trouvait bien étrange la succession de ces baptêmes ainsi que les prénoms extraordinaires de ces filleuls, d’autant que la fourrure de sa compagne lui paraissait moins lustrée, presque poisseuse. Une idée se formait en lui. La laissant à son sommeil, il court jusqu’aux vieux chêne et comprend toute la malice de sa compagne. Comment se venger ?

De ses fortes griffes, il arrache une branche du chêne, la trempe dans le tronc où il reste un peu de miel, et retourne à la caverne, riant à l’avance de la punition qu’il va infliger à Mandrette. Il asperge de miel sa malicieuse compagne et du fond de la grotte, il attend.

Quel est ce bourdonnement ? Les abeilles en colère ont senti le miel, et voilà qu’elles se jettent sur la Mandrette, piquant de-ci, piquant de-là, la pauvrette réveillée par la douleur. Martin, trouvant la punition suffisante, jette sur la renarde de l’eau du clair ruisseau.

La Mandrette repentie, s’engagea à ne plus recommencer, mais qui peut croire aux promesses d’une petite renarde ?

Martin et Mandrette reprirent leur vie tranquille dans les bois d’Artigat, et s'ils ne sont pas morts ils y vivent encore.



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