lundi 5 septembre 2016

Coutumes Ariégeoises. Les Funérailles au XVIII Siècle.

Les Funérailles.




Il n'y a rien de bien particulier aux funérailles. Quand quelqu'un meurt, ses parents et amis, sans être invités, se rassemblent pour aller accompagner le corps à sa dernière demeure. Les hommes assistent à cette lugubre cérémonie, couverts de grands manteaux et le chapeau rabattu. Ils marchent deux par deux, à la suite du clergé. Les femmes suivent, mais à une grande distance. Elles sont rangées aussi, deux par deux, et toute habillées dé noir. Pour si peu que le mort fut aimé durant sa vie, il y a un nombreux cortège à son enterrement; mais l'homme méchant, à son enterrement, est porté seul dans la tombe. Après la cérémonie funèbre, les assistants, la plupart venus de loin, vont manger et boire au cabaret. Dans quelques vallées, il'y a un repas dans la maison même du défunt, où les parents invités sont les seuls qui y assistent. Dans les vallées du Saint-Gironnais, les hommes vêtus de noir, comme il le dit, gardaient sur la tête leurs chapeaux à larges bords, dans l'église, aux enterrements et aux messes de neuvaine; c'était un signe de deuil, dont l'usage ne s'est perdu que depuis la guerre, avec les casquettes remplaçant les chapeaux de feutre. A Bethmale les gens en deuil gardaient leurs chapeaux à l'église pendant un an. Lorsque la maison mortuaire était loin de l'église, un certain désordre se produisait fatalement dans le cortège. Mais, avant d'entrer dans le village, à un point fixe, les conversations particulières cessaient, les pleurs et les lamentations bruyantes commençaient comme sur un mot d'ordre. Dans beaucoup de villages, les proches parents d'un défunt auraient cru manquer de coeur si elles ne s’étaient pas livrées à de bruyantes manifestations de douleur, Il était même de bon ton, pour la femme ou la fille, de s'évanouir au moment où l'on mettait la bière en terre. J'ai vu une fille essayer par trois fois de se trouver mal sur la tombe de sa mère, avant de parvenir à en donner l'illusion. Une autre disait : « Laissez-moi me jeter dans le trou. »
Une coutume également très répandue consistait à faire à haute voix ses adieux au défunt. Ces expansions étaient la prérogative des femmes, le plan de ces lamentations était toujours le même. D'abord, des reproches : « Pourquoi m'as-tu quitté ?  Est-ce que je ne te rendais pas heureux ? N'étais-je pas une bonne ménagère ? Est-ce que je te faisais manquer de quelque chose ? Notre armoire à linge était bien garnie, etc.. », et cela était parfois l'occasion d'une sorte d'inventaire, où l'on, peut supposer qu'il entrait une certaine vanité, comme par exemple ce que j'ai entendu il y a une trentaine d'années : « Je t'avais confectionné six chemises de toile neuve, nous avions encore trois jambons et douze saucissons suspendus au plafond, la volaille était bien soignée, etc... »
Puis venaient des commissions pour les défunts précédents : « Tu diras à mon père et à ma mère que je ne les oublie pas, et mon pauvre frère mort si tristement loin de nous, etc.. », et cela amenait naturellement l'évocation de souvenirs du passé, souvent touchants» mais parfois aussi ridicules. Une personne très digne, de foi m'a assuré a'voir entendu un jour, à Massat, une veuve déjà âgée évoquer sa jeunesse devant la tombe de son mari: « Quand nous étions promis, que tu venais tuer le cochon chez mes parents, à la festo del porc, quand nous avions bien tourné le milhas, tu chantais pour me faire danser. » Et, emportée par ses souvenirs, la pauvre vieille se mit à fredonner : « Tra la la... la là » et à esquisser un pas de bourrée, dans le cimetière !
Dans beaucoup de villages, un ou deux amis encadrent les plus proches parents (enfants, époux, parents) conduisant le deuil. Après l'inhumation, on reconduit en cortège en deux groupes séparés (hommes et femmes) les proches parents, jusqu'à la maison mortuaire ou, si celle-ci est trop loin, jusqu'à la sortie du village.
Il est d'usage que chaque maison soit représentée aux funérailles et on ne manque pas de remarquer celles qui n'ont pas envoyé de délégués ; c'est considéré comme une marque d'hostilité avouée, d'autant plus que, dans les villages de montagnes, on est parfois très divisé et que, cependant, devant la mort, on fait généralement trêve.


D'après un mémoire de Pierre Dardenne, faisant partie de la bibliothèque de M. le Comte Begouen.


Moeurs, Caractères, Usages de l'Ariège en 1805.


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