jeudi 1 septembre 2016

Coutumes Ariégeoises. Le mariage au XVIII Siècle.

Le mariage.




Lorsque le mariage est arrêté et le jour fixé, les deux époux futurs nomment chacun, parmi les amis de son sexe, un ami particulier qui est, en quelque façon, le maître de cérémonie. On les nomme, dans quelques vallées, Yesplari, le sabéné et, dans d'autres vallées, le doundelou, le coumpagnou. La veille des noces, les amis des deux époux portent à la maison des futurs les hardes de la mariée. Dans le Biros, et séliené prend une quenouille garnie et cherche à y mettre le feu. Si cela arrivait, ce serait un grand déshonneur pour lui, et de mauvais présage pour la prospérité du mariage futur. Le soir qui précède les cérémonies de l'hymen, le jeune homme avec tous ses amis se rend chez sa future, où sont réunies toutes les personnes de son sexe qui doivent assister à la fête. Quand on voit arriver le cortège de l'époux, on ferme portés-et fenêtres et l'on se barricade. Le cortège masculin est obligé de frapper à la porte, de chanter une chanson conjointement avec le choeur féminin retiré dans là maison.
Cette chanson n'est pas exactement la même dans toutes les vallées. Dans celle d'Ercé, la mariée chante : « Qui tuste à ma porte ? » (qui frappe à ma porte). Les hommes répondent: « Acos bostr' aïmadou, la bello » (C'est votre amoureux, belle). A Massat et dans le Biros, les filles répondent en chantant : « E tanco l'y la porto, pourtier, demando l'y ce qu'en porto ? » (ferme-lui la porte, portier, et demande-lui ce qu'il apporte). Les assiégeants répondent à chaque couplet qu'ils apportent tantôt des souliers, tantôt des bas, tantôt des jupes pour la mariée, et, à chaque fois, les assiégés répètent et tanco l'y la porto. Enfin, les assiégeants chantent « Le joï d'amour bous poùrto, nobio » (mariée, nous vous apportons la joie ou le joyau de l'amour). Alors, les portes s'ouvrent solennellement et la place se rend. La garnison est faite prisonnière et ne recouvre sa liberté qu'après avoir embrassé tous les assiégeants. Dans la vallée d'Ercé, lorsque les portes sont ouvertes, le cortège masculin chante : « Aïci l'abets bello l'Epous, Allegray bous » (Belle, voici votre époux, réjouissez-vous).
Dans quelques lieux, la mariée se cache soigneusement pendant la chanson et, lorsqu'on a ouvert la porte, chacun est obligé de la chercher plus ou moins longtemps. Celui qui la trouve la présente au futur avec beaucoup de cérémonie ; il y a quelquefois des jeunes gens qui ne veulent point chanter l'hymne, l'entrée de la maison leur est alors interdite. Ils essayent alors d'enfoncer la porte ou la fenêtre. D'autres, plus hardis, grimpent sur le toit qui n'est, souvent, couvert que de paille, le découvrent et entrent victorieusement par la brèche qu'ils ont faite .
Le reste de la soirée se passe en amusements qui sont presque tous d’étiquette.

Le jour du mariage, la mariée, assise et tenant un plat sur ses genoux, reçoit de chacun l'accolade et l'offrande. Ailleurs, les deux époux font un présent à chacun des conviés, celui du mari consiste ordinairement en mouchoirs de poche, et celui de la femme en épingles et en rubans. On fait ensuite courir une bourse, dans laquelle chacun met ce qu'il veut, mais en général la somme équivalant la valeur des cadeaux que l'on a reçus. Cet argent sert pour les premiers frais du mariage. Avant de partir pour l'église, la mariée demande humblement à ses parents la bénédiction paternelle, après quoi il est d'usage que la fille s'afflige et jette les hauts cris sur le malheur qu'elle a de quitter la maison de son père et de sa mère. Les invités s'efforcent de la consoler. Autrefois, sans doute, il n'y avait que celles qui avaient un regret vif et réel de se séparer de leurs parents ou que l'on mariait contre leur gré, qui se conformaient à cette cérémonie de bon coeur. A présent, toutes sont obligées de suivre cet exemple. L'on a assuré qu'à Bonnac, dans le Biros, une fille était déjà en marche avec le cortège pour se rendre à l'église, mais se rappelant qu'elle n'avait pas rempli ce devoir indispensable, elle quitta brusquement ses amies, en disant qu'elle avait oublié de pleurer. On rentra et, après qu'elle eut versé d'abondantes larmes et écouté les consolations d'usage, elle alla gaiement à l'église recevoir la bénédiction nuptiale.
A Massac et dans plusieurs autres endroits, l'époux et l'épouse mettent dans leurs souliers quelques poignées de millet de peur d'être ensorcelés. A Moulis, c'est de la graine de choux et, en outre, ils portent des objets bénits. Ils croient que les sorciers ne peuvent exercer leurs méchancetés qu'après avoir compté les graines de millet ou de choux ; or, comme ils les cachent dans leurs souliers, ils se croient en toute sûreté. Mais ce peuple bon et crédule n'aurait-il en effet rien à craindre, s'il y avait de véritables sorciers, si ceux qui en prennent le nom, pour tromper leur bonne foi, n'étaient pas des imposteurs ?

Du côté de Bernode, de retour de la cérémonie, les époux s'arrêtent sur la porte de leur maison et là on leur présente une soupe dont ils mangent quelques cuillerées, après quoi, ils jettent le plat à terre et le cassent en plusieurs morceaux. Ils s'imaginent apparemment marquer par cette pratique singulière la durée de leur union et de leur amour et que leur hymen n'aura de fin.


D'après un mémoire de Pierre Dardenne, faisant partie de la bibliothèque de M. le Comte Begouen.



Moeurs, Caractères, Usages de l'Ariège en 1805.

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