dimanche 4 septembre 2016

Coutumes Ariégeoises. La noce au XVIII Siècle.

La noce.




Vient ensuite le repas des « nobis », lequel se renouvelle parfois durant plusieurs jours de suite, selon la richesse de ces paysans. Le lendemain des noces, on porte de grand matin au couple une soupe avec des cérémonies plus ou moins grotesques. On finit toujours par l'obliger à la manger. Cette coutume est encore très répandue dans toute la campagne Saint Gironaise. C'est vers 2 ou 3 heures du matin, qu'on va porter le bouillon aux jeunes mariés. On va les surprendre au lit, parfois en passant par la fenêtre. Ce bouillon, fortement épicé, doit être fait avec une poule noire donnée par la marraine de la mariée. Les jeunes gens de la noce, les garçons d'honneur, ne manquent pas de réclamer cette poule à la marraine. Souvent celle-ci prétend l'avoir oubliée, alors on menace de la prendre, le jeu va parfois assez loin, et enfin la maimi (marraine) s'exécute et l'on met joyeusement la volaille au pot, dont la cuisson est surveillée jalousement par la jeunesse, qui y prodigue les assaisonnements : ail, oignon, poivre, laurier, thym, etc. ?
La noce ne se passe point sans qu'on tire un grand nombre de coups de pistolets et de fusils, surtout au retour de l'église. Il ne faut pas croire non plus qu'une noce ait lieu sans danser. La danse est un des principaux amusements des habitants de ces montagnes. Mais comment dansent-ils ? c'est encore dans ce genre de plaisir que se dépeignent les moeurs et les usages de ces contrées.
Nos paysans dansent deux à deux, un garçon et une fille et tout pêle-mêle. Leurs bourrées sont d'un mouvement très précipité et conforme à leur caractère qui est naturellement vif. La fille a, le plus souvent, ses bras pendants et ses yeux baissés vers la terre. Le jeune homme, au contraire, tient ses bras étendus et les yeux fixés sur sa danseuse. Il accompagne ordinairement le mouvement de la danse d'un certain claquement du doigt, qu'il obtient en pressant fortement et rapidement le pouce contre le doigt du milieu. De temps en temps aussi, il frappe ses mains l'une contre l'autre, comme pour exciter et aiguillonner sa compagne.

L'instrument au son duquel on danse ordinairement est le hautbois. Mais il arrive quelquefois qu'il n'y a point de paysan qui sache en jouer, alors un de la troupe chante l'air de bourrée particulier à ces montagnes, mais 'avec une volubilité de langue difficile à imaginer. J'ai vu, à l'époque d'une fête locale, un de ces chanteurs. Il se tenait immobile, regardant uniquement ceux qui dansaient. Ce jeune homme, selon l'usage du pays, tenait les doigts de la main droite appliquée sur la joue du même côté et, avançant la paume de cette main jusqu'au devant de la bouche, il obtenait par ce moyen un chant plus volumineux et moins fatiguant pour lui. Il chanta plus d'une heure de suite et, pendant tout ce temps, on le vit à peine respirer. Dans une autre occasion, j'ai vu deux filles chanter pour faire danser leurs compagnes. Elles se tenaient enlacées de leurs bras, ayant leurs visages appuyés l'un contre l'autre et leurs bouches très voisines, dans cette attitude leurs voix n'en faisaient qu'une; elles chantèrent longtemps et fort vite et ne parurent point fatiguées.


D'après un mémoire de Pierre Dardenne, faisant partie de la bibliothèque de M. le Comte Begouen.



Moeurs, Caractères, Usages de l'Ariège en 1805.

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