vendredi 26 août 2016

- Telle est l'histoire du Pont du Diable que l'on raconte à Montoulieu ! Et vous, qu'en pensez-vous ?


Peu après jadis, bien avant maintenant, quand hier était demain et aujourd'hui encore à naître, ce matin-là, Raymond Roger Comte de Foix, se leva de fort méchante humeur. Sans doute le sanglier mangé la veille au soir, passait difficilement. Bref il fit seller son cheval favori, et partit au galop dans la montagne. Il eut tôt fait de traverser la ville et de s’engager sur la route qui borde l’Ariège, rive gauche, en remontant vers sa source. Il traversa Ferrières, puis Prayols. Peu après, lui vint la fantaisie de passer sur la rive droite. Il poussa son cheval au bord de l’eau, mais à cet endroit l’Ariège est encaissée, l’eau y est profonde, et le cheval refusa d’avancer. Furieux, le Comte fit demi-tour et rentra au château.

Immédiatement, il envoie chercher le Baron de Saint Paul, et lui commande de faire un pont sur l’Ariège, à tel endroit au-dessous de Montoulieu d’un côté, et du territoire de Saint-Antoine de l’autre. Que ce soit fait dans un mois...sinon, le Baron sera pendu haut et court, au sommet de la Tour Carrée. Aucune excuse n’est admise, tout est dit !

Le comte se retire, laissant le pauvre Baron de Saint-Paul tout désemparé. Hélas, le baron était un poète, insouciant du lendemain et dépensant dès qu’il avait quelques écus. Aussi n’avait-il rien pour engager les travaux. Et lui qui chantait toujours, devint tout triste.
Les jours se succédaient et aucune solution en vue. Il alla sur les bords de l’Ariège, à bout de force il s’écria :
« Oh ! Je traiterais même avec le diable pour me sortir de ce mauvais pas !... »       
« Tope là... » dit une voix derrière lui, et le diable lui tendit la main.       « ...Ton pont sera fait le jour fixé ! Que me donneras-tu ? »
« ...Mais. . .mais. .. » bredouilla le pauvre Baron.

« Tu n’as pas d’argent, je le sais ! D’ailleurs regarde... » et, ramassant une pierre, le diable la lança et il en sortit des pièces d’or.
« ...Ce que je veux, c’est l'âme du premier qui passera sur le pont ! »
« ...Eh bien ! Entendu !... »... dit le Baron. Et chacun s’en fut de son côté.

Michel Raluy 2016.


Mais à partir de ce moment-là, le Baron fut encore plus triste. Il avait traité avec le diable et donné vilainement l’âme du premier qui passerait sur le futur pont. Bourré de remords, il alla où vont ceux qui ont besoin de réconfort. Il partit à l’église St Volusien de Foix. Honteux de son péché, il se cacha derrière le premier pilier de droite, et se prosterna en pleurant. Le frère sacristain aperçut cette masse noire et partit trouver le Révérendissime Abbé :
« ...Mon Père, dit-il, il y a un voleur à l’église !... »
« ...un voleur ! Comment ! Allons voir... »
Il y va et s’arrête un peu avant le piler, écoute et entend les sanglots.
« ...Ce n’est pas un voleur ! C’est un homme qui souffre... » et s’avançant, il frappe sur l’épaule du Baron :
« ...Venez mon ami !... » et il l’emmène à la sacristie où il reconnaît le Baron de St-Paul. Celui-ci raconte son affaire, sa peine et confesse son péché.

Le père Abbé était très sévère, paraît-il. Ce qu’il lui dit ?
Passons, passons, ce n’est pas notre affaire, mais il dut lui passer un « savon » de première classe, et une pénitence assortie. Une fois la confession achevée, le révérend père dit quelques mots à l’oreille du Baron, et cet incorrigible étourdi en eut le sourire. Il rentra chez lui, sifflant comme un merle.

Le lendemain était le jour de l’échéance. Toute la nuit, la vallée retentit d’un bruit infernal. Un chantier terrible ! Les gens de Montoulieu n’en dormirent point. Et le matin venu, le pont bâti, le diable s’installa sur le parapet, attendant le premier client.
Aux premières lueurs de l’aube, arrive le Baron de St-Paul, drapé dans une cape noire.
Le diable ricane :
« ...Ainsi, c’est toi qui va être le premier !  »
« ...Non, non... » dit le Baron... « Le premier, celui qui est pour toi, (car il passe le premier sur le pont), le voilà ! », et ouvrant le panier caché sous son manteau, il délivre un énorme chat noir, à la queue duquel est attachée une casserole. Le chat détale à toutes pattes et traverse le pont. Furieux, le diable veut se précipiter sur le Baron quand, d’un repli du terrain, émerge la procession des moines de St Volusien, chantant des litanies des saints, avec la croix en tête et le père Abbé tenant le goupillon et aspergeant le pont d’eau bénite.
Le diable avait détalé. 

Pendant de longues années, peu de personnes osèrent s’aventurer la nuit pour traverser le pont. Celles qui le firent ne sont jamais revenues. Le diable se vengea ainsi dit-on. Depuis près de 10 siècles, plus de traces de lui. Si vous allez vous promener là-bas et que vous le rencontriez, alors, c’est que c’est vous qui l’avez amené !

Le conte est fini, je vais le replacer sous l'arbre où je l'ai trouvé et où quelqu'un viendra peut-être le rechercher.


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(« La legendo del pount del diable » tirée du livre« La Mandrette- Mémoire d’Ariège » - Ed. LACOUR/REDIVIVA) 



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