samedi 23 juillet 2016

- Mai 1866, Grand Concours Viticole de Foix.


CONCOURS RÉGIONAUX.
Foix, le 7 mai 1866.

Les départements qui composent la région produisent tous des vins en assez grande abondance. Je citerai Tarn-et-Garonne, le Gers, la Haute-Garonne, Lot-et-Garonne, les Landes et les Basses-Pyrénées. Les Hautes-Pyrénées et l’Ariège occupent le dernier rang.

Quelques départements de la région cherchent à s’organiser et à s’affranchir des intermédiaires qui enlèvent aux vignerons le plus clair de leurs revenus. Je citerai entre autres Lot-et-Garonne, qui sous l’habile direction de son préfet, M. Féart , vient d'établir un marché permanent aux vins.



M. Féart donne gratuitement les caves de la préfecture; les producteurs y expédient leurs échantillons. Un préposé les fait goûter au public, et lorsqu'ils sont agréés, il adresse la demande au vigneron qui les expédie directement à l’acheteur. Ce service est rémunéré au moyen d'un droit de commission.
Ce système fort simple est bien préférable à celui établi à Beaune. Là le vigneron porte fini-même ses échantillons au marché et traite directement avec l’acheteur. Or, Comme cet acheteur est presque toujours un négociant qui connait les besoins du vendeur, il en abuse pour obtenir le vin aux meilleures conditions possibles. A Agen, au contraire, l'acheteur n'est jamais en rapport avec le vigneron. Il ne connaît pas ses besoins et ne peut pas profiter de sa détresse. Il n’a devant lui que des échantillons et un préposé qui reste neutre et se borne à transmettre les ordres qu’il reçoit. Je le répète, ce système, sans nuire a l’acheteur, protège les intérêts du vigneron, trop souvent méconnus avec le mécanisme commercial actuel. A tous les points de vue il est donc préférable.

Bien que la région produise beaucoup de vins, le concours de Foix n'en compte qu’un petit nombre d'échantillons. C'est le département de l’Ariège qui en expose le plus. ll est représenté par neuf concurrents, qui exhibent 3 échantillons. Je dois à l’obligeance de M. Chambellant, commissaire-général, d'avoir pu déguster ces produits fort peu connus du restant de la France. Vous me permettrez donc de leur consacrer cet article.

Les détails dans lesquels je vais en entrer m'ont été fournis par M. de Bermond, viticulteur émérite, et par M. Laurens, président de la société d'agriculture de Foix.



L’Ariège commence vers les derniers contreforts des Pyrénées et se prolonge jusqu’à leur sommet, sur les limites de l’Espagne.
L'exposition du versant français est au nord.
Dans la zone de la vigne, les plantations se trouvent généralement  tournées vers le couchant ; le sol de la partie basse se compose d’alluvions avec un sous-sol de galets, de marne ou d’argile; dans la partie haute, le sol est calcaire plus ou moins mélangé de silice et d'argile avec un sous-sol de roche calcaire ou de dépôts marneux.

Les vins produits par les terres calcaires à sous-sol de roche sont légers et délicats , ils se font très vite et supportent bien le voyage. Au contraire, ceux provenant des terrains d’alluvions, à sous-sol argile-marneux, se font lentement; ils ont une couleur foncée et résistent beaucoup moins aux fatigues des voyages. On attribue généralement ces défauts aux cépages du pays qui laissent beaucoup a désirer.

C'est l’arrondissement de Pamiers qui donne le meilleur vin. Ceux des cantons du Mas-d’Asil, de Fossat, de Lezat et de Saverdun occupent la tête. Le canton de Varilhes produit en abondance des vins communs. Il en est de même des cantons de Pamiers et de Mirepoix.

L’arrondissement de Saint-Girons, situé dans la partie montagneuse, ne possède que très peu de  vignes. L’arrondissement de Foix vient après  celui de Pamiers. Les plantations s’étagent sur les coteaux que des murs de soutènement divisent en terrasses. Ces vignes tantôt basses, tantôt palissées, sont d’un effet très pittoresque. Le rendement n’est point considérable et varie entre 35 et 50 hectolitres par hectare suivant la fertilité du terrain et la fécondité des cépages.

Les vieilles vignes se composent de négrette, que M. Laurens pense être une variété du pinot, de l’auxerrois ou bouchalès, qui me paraît être le même que la négrette, de la blanquette ou mazac, de la merille, du mourastel, du durozé, du mourat, du piquepont, du grenache, etc. Tous ces plants sont tardifs. Au printemps ils redoutent la gelée, à l'automne, ils mûrissent mal; et comme les vignes sont mélangées, et que chaque cépage mûrit ses fruits à des époques différentes, il en résulte que, à côté de raisins, très doux, il y en a d'autres encore verts, ce qui donne au vin une certaine rudesse.
Pour remédier à cet état de choses, des propriétaires intelligents ont introduit dans des plants du Bordelais et de Bourgogne. Ces importations remontent à 1830.



Les cépages du Bordelais sont dus à M. Duroy de Varilhes, et les cépages de Bourgogne à M. de Bermond, de Saint-Paul, en Sarrat. A Saverdun, les vignes de M. Laurens se composent de la négrette, du lot, du bouchatel, du masbek, de Bordeaux, du mourastel, de l’Hérault, du mourveb ou petit gamay de Bourgogne. Les cépages blancs comprennent le mosac, le Sémillon, le cabernet-sauvignon, qui donnent les vins de Graves et de Sauternes, et la petite sira de l’Hermitage, un des premiers crûs de la côte du Rhône. Les vignes furent d’abord mélangées.

Aujourd’hui, M.Laurens plante chaque cépage à part. Cette disposition sauternes lui semble préférable.
Les cépages du Bordelais, introduits par M. Duroy, ne se sont pas étendus aussi rapidement que ceux de Bourgogne. M. de Bermont les a propagés avec la ferveur d’un apôtre, il eut à lutter contre les préjugés et la routine. Pour les vaincre, les jours de marché, il fessait goûter son vin aux vignerons; il leur distribuait gratuitement des crossettes, et leur enseignait le mode de cuvage usité en Bourgogne, le seul qu'il employait.

En 1842, M. Lafont, pharmacien à Tarascon-sur-Ariège planta un millier de crossettes de pinot et de petit gamay. Le premier essai fut bientôt suivi par MM. Dumas frères de Pésant. A Foix, MM. Bernadais et le capitaine Rousse imitèrent cet exemple. Vinrent ensuite MM. Pommier frères, propriétaires de l’Ariégeois et M. Luppé, dont les produits ont   mérité une médaille au dernier concours régional de Toulouse.

Depuis 1862, époque à laquelle le docteur Jules Guyot a visité l’Ariège, les plantations de cépages fins ne se ralentissent point, c’est qu’en effet les vins qu'ils donnent sont bien préférables à ceux fabriqués avec les vieux cépages, ne titrant que 7 degrés d’alcool; au contraire ceux qui proviennent du pinot et du petit-gamay, titrent de 10 à 11 degrés. Les produits des vieilles vignes, faits avec des raisins égrappés, manquent généralement de tannin ; cuvés trop longtemps ils perdent‘ une partie de leur force, ils sont sujets à se piquer; ils supportent difficilement le transport et ne se gardent pas toujours d’une année à l'autre.

Ceux qui sont faits avec des plants fins supportent le transport et sont de garde parce qu'on les cuve d'après les méthodes du Bordelais et de la Bourgogne et qu’on leur donne tous les soins après le décuvage.
Les vignerons routiniers s'en tiennent aux anciennes méthodes qui sont barbares. La cuvaison dure au moins un mois. Pendant cette longue période, le chapeau s'échauffe et devient acide; il faut alors le retirer de la cuve sous peine de voir le vin s’aigrir; avec de tels procédés, on ne peut pas faire de bons vins.



Les succès obtenus par les novateurs ont porté les derniers coups à la routine. Déjà les praticiens les plus entêtés songent à réformer leurs vignes et à substituer des cépages fins aux anciens cépages. Ils arrachent leurs vieilles vignes ce qui est très dispendieux et les prive de quatre ou cinq récoltes. La greffe me paraît un moyen plus simple, plus rapide, plus économique pour arriver à cette transformation. Je la conseille donc, et je soutiens que les cépages fins greffés sur vieilles souches seront plus rustiques, plus féconde , que ceux plantés directement. C'est une expérience que l'on peut faire, et l'on verra que je reste dans le vrai.

Les vignes; se cultivent de trois manières dans l’Ariège. Les unes sont basses et se gouvernent comme dans le Languedoc. Les autres sont palissées en lignes avec branche à fruit et branche de remplacement, comme dans une partie du Bordelais , à l’exception toutefois que la branche à fruit, au lieu d'être courbée, s'étale et suit une ligne parallèle à l'horizon. Enfin, on cultive aussi en hautains, comme dans l’Isère. Mais on renonce à prendre des arbres pour supports et on les remplace par des poteaux en bois carbonisé tels qu'on en rencontre dans Saône-et-Loire et dans l’Ain. Les hautains se trouvent dans la partie basse du département, les vignes palissées dans la zone intermédiaire et les vignes basses dans la partie haute. 

Les vins faits avec les anciens cépages sont raides; ils manquent d'esprit et de tannin. Il n'en figurait à l'exposition que quelques échantillons assez médiocres . Cependant je dois citer celui de M. Pomiés, fait d'après la méthode bourguignonne: cet échantillon est très bien conditionné et promet un vin ordinaire très agréable. Je remarque encore les échantillons de MM. Comfans, Deramont, Dumas, Fauré et Vigarosy.
Ces derniers ont un petit goût de terroir que je retrouve dans d’autres encore.

Les vins faits avec des cépages fins, mélangés des cépages du pays, ont un certain mérite. Ces sortes rappellent les passe tous grains de la Côte-d’Or, composés de trois quarts de gros gamay et de un quart de pinot. Je les trouve un peu moins acides.
M. de Bermond expose un mélange de petit gamay et de pinot qui est franc et délicat, mais qui est encore un peu sucré; M. Deramond du vin fait avec les mêmes cépages qui a le même défaut. Les mélanges de M. Fauré sont remarquables. Ils ont le bouquet du bourgogne. J'en dirai autant du bourgogne de M. Pomiés. L'ensemble de cette exposition est satisfaisant, il me fait bien augurer de l'avenir des vins de l’Ariège.

Au reste, ce département ne suffit pas à la consommation. Les produits de l'arrondissement de Pamiers s'exportent dans la montagne. Les importations de l’Aude et des Pyrénées-Orientales viennent combler le déficit.
A Saverdun, M. Laurens vend son vin rouge l0 fr l’hectolitre et son vin blanc 15 francs.
A Saint-Paul de Sarrat, près de Foix, M. de Bermond vend son vin commun 12 fr; à mesure que l'on s'élève dans la montagne les prix augmentent.



Tel est en résumé l’aspect des vignobles de l’Ariège, tels sont ses produits. Les réformes que l’on est en train de faire subir aux vieilles vignes doivent encore améliorer ces vins. Les consommateurs de la localité en profiteront à peu près seuls, car il n’est pas présumer que ce département devienne jamais exportateur; il est même pour moi douteux qu’il puisse un jour se suffire.

Jacques Valserres.
Le Constitutionnel
Mercredi 16 mai 1866

Une autre histoire sur mon blog, le vin nouveau de la Guinguette


Valorisation des variétés de vigne minoritaires du piémont pyrénéen.

Le très officiel Institut français de la Vigne et du Vin (IFV) lance un avis de recherche à l’échelle de toutes les Pyrénées, afin d’identifier, de sauvegarder voire même de valoriser des cépages oubliés, anciens ou rares.

Vous connaissez une ancienne parcelle de vigne ?
Vous avez observé des pieds de vigne isolés lors d’une promenade en forêt ?
Vous possédez une vieille treille sur la façade de votre maison ou des pieds de vigne âgés de plus de 30 ans dans votre jardin ?

N’hésitez pas à le signaler car il pourrait s’agir de variétés rares en voie de disparition !

Site internet à contacter:Les vins de Cailloup.














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