dimanche 10 juillet 2016

- Campilla , le bandit d'Orgeix.


Journal de la gendarmerie de France.

Deux gendarmes de la brigade d’Ax, dans l’Ariège, viennent encore d’être l’objet d’une tentative d’assassinat de la part d’un malfaiteur qu’il poursuivaient sur une route, en vertu d’un mandat d’arrêt. Cet homme qui était armé d’un fusil, a fait feu sur eux de ses deux coups, au moment où ils allaient l’atteindre. Le gendarme Loubet a été grièvement blessé au bras et à la hanche; on espère lui sauver la vie, mais il est malheureusement à craindre qu’il reste estropié. Son camarade Marrota eu son ceinturon coupé mais n’a été que légèrement touché. L’auteur de ce double attentat nommé Campilla, a pu s’enfuir et les recherches sont restées jusqu’ici sans résultat.



Le Matin 6 octobre 1884

 3 octobre, matin. —  Campilla est en train de se faire une réputation extraordinaire dans le département de l’Aude et de l’Ariège. Maintenant ses hauts faits tiennent de la légende. Aujourd’hui , on est sûr qu'il n'agit plus seul. Il est à la tête de trois ou quatre bandits aussi déterminés que lui, qui porteront la terreur dans toute la région si la justice ne met bientôt le holà.

Campilla Signalé dans la Montagne.

Hier, un berger avertissait le garde-champêtre d'Orgeix, que depuis deux jours il lui avait semblé voir, dans les environs d’un chalet isolé dans la montagne, et non loin d'une Sapinière, Campilla et quelques acolytes.
L'autorité, avertie, dépêcha dans le plus grand secret, gendarmes et forestiers dans la direction du chalet. Les gendarmes arrivèrent à la nuit tombante auprès de la ferme qu’ils cernèrent. Aussitôt un brigadier et deux gendarmes s'avancent en rampant vers la maison qui parait inhabitée.



La Fusillade.

Ils étaient à quelques mètres à peine du chalet, quand une balle siffle aux oreilles du brigadier. Les gendarmes croient que c'est le signal convenu et veulent se précipiter vers la porte de la ferme. Mais un feu roulant les accueille, et  les assaillants sont obligés de se dissimuler derrière les rochers et les pins.
En vain le brigadier crie-t-il à Campilla de se rendre. Personne ne répond.

Tentative d’Assaut.

Pour en finir, les gendarmes et les forestiers décident de faire le siège en règle de la ferme. Pendant qu’une partie de la troupe tiraille par devant et sur les cotés, le reste doit essayer de pénétrer dans le chalet par derrière. Ce plan d'attaque allait réussir, quand, probablement, l'un des bandits eut vent du piège qui leur était tendu.

Les Gendarmes battent en Retraits.

Un coup de feu partit tout à coup de la lucarne dominant les précipices qu’allaient escalader les gendarmes. Il fallut se replier. Presque au même instant une grande fumée suivie d'une lueur rougeâtre s’éleva. La ferme était en feu. Sont-ce les bandits qui y ont mis le feu ou bien est-ce par accident ? Toujours est-il qu’au milieu de la clarté de la maison en feu, les gendarmes virent bondir trois hommes sur les rochers. Malgré la fusillade qui les accueillit, ces hommes parvinrent à gagner le bois de sapins dans lequel ils furent en sûreté.

La fuite de Campilla.

On n’a pas pu retrouver la trace de Campilla qui, une fois de plus, a échappé aux gendarmes.



Dans GIL BLAS, 15 octobre 1884.

Vous savez, le bandit, qui est en train de se faire une histoire ! Eh bien, je l’ai connu… je l’ai connu à AX, quand il était garde chez M. le marquis d’Orgeix … 
C’était le premier chasseur d’isards du pays et j’avais un cousin qui ne serait jamais parti pour la montagne sans le prier de l’accompagner. Il passait, en ce temps-là, (Campilla, mais mon cousin aussi) pour un fort honnête homme, serviable entre tous, et les gendarmes qu’il poursuit aujourd’hui  de ses balles, - car ne vous y méprenons pas, c’est la maréchaussée qui bat en retraite devant lui - lui seraient alors la main avec délice. 



L’estime du conseil municipal lui était acquise et le candidat ne dédaignait pas de lui venir demander sa voix, aux époque d’élection. car ces messieurs ne sauraient perdre aucune occasion de platitude , Qui a changé ce calme citoyen en bête furieuse. ? On vient de me conter la chose dans les plus grands détails. Il avait épousé une femme très belle et recueilli chez lui un neveu peu fortuné. Ce bon parent s’empressa de le faire cocu. Campilla avait pardonné une fois. Alors le bon parent, désespérant de la vexer suffisamment en le trompant à domicile, enleva sa tante. Cette dernière espièglerie eut un succès complet. L’amour fait lâche le plus intrépide. 

Cet homme de fer pouvait tout supporter fors la perte de celle dont chaque baiser lui mettent un peu de honte au visage. Il vit rouge. Vous croyez qu’il courut après eux ? Non ! Il aurait eu trop peur de les tuer, cette gouge ! Mais les passants, les heureux que leurs femmes n’avaient pas quittés, les indifférents qui sifflent en allant à leurs affaires ; ceux-là il leur voua une haine absurde , féroce. C’est à la société qu’il en veut, à la société qui n’a pas assez bien gardé sa femme ! C’est idiot et c’est humain …



Pendant que d’anciens ami de Campilla me disent son histoire, je jette un coup d’oeil oblique dans les cuisines de l’auberge. Un marmiton sent, au derrière un lièvre qu’il va embrocher et prononce ces mémorables paroles : Cré matin, il était temps qu’on le tue !

Ce sera, sans doute, toute l’oraison funèbre de Campilla.



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