vendredi 17 juin 2016

- Terribles inondations de 1875 en Ariège, la catastrophe de Verdun.


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Les inondations du bassin de la Garonne

5- La catastrophe de Verdun.

Pour compléter ce que j’avais à dire sur l’Ariège, il ne me reste plus qu’à parler de la catastrophe de Verdun, petit village assis dans une gorge verdoyante, sur la rive droite de l’Ariège, à 1 kilomètre environ de cette rivière, entre les thermes d’Ax et les thermes d’Ussat. 



De hauts plateaux entrecoupés d’étangs dominent ce site. 
A quelque distance en amont du village, sur le bord du ruisseau qui traverse la gorge, se trouvait un arbre déraciné et couché à terre. Personne n’y avait prêté aucune attention et n’avait songé à le déplacer. Des roches, des terres, d’autres arbres, entraînés par les pluies, étaient arrêtés au passage et formaient une sorte de barrage au-dessus du hameau. Ce premier barrage avait été emporté, du moins en partie, par le torrent pour aller se reformer plus bas, être entraîné de nouveau et se reconstituer encore plus loin, augmentant chaque fois de volume et chaque fois aussi se rapprochant de Verdun. 



La dernière digue ainsi formée céda avec un bruit formidable dans la nuit du 22 au 23, sur les quatre heures du matin, en rasant toute la partie du village qui se trouva sur sa course. 50 maisons sur 70 étaient détruites, 500 têtes de bétail avaient péri, 72 personnes restaient ensevelies sous les décombres. Les habitans qui avaient survécu à l’horrible catastrophe, aidés bientôt par un détachement du 120e de ligne accouru en toute hâte de Foix, s’occupèrent à déterrer ces malheureuses victimes afin de leur rendre le dernier devoir ; puis ce détachement fut remplacé par une compagnie du génie appelée de Montpellier pour aider les habitans à déblayer les ruines du village. 



Une scène fut particulièrement navrante. A un moment donné, un habitant remue la vase avec une bêche. Lorsqu’il retire l’instrument, il met à nu l’extrémité d’un foulard. La bêche est abandonnée, les recherches continuent avec les mains. On découvre une tête d’homme, puis à côté et comme collée à la première une tête de femme : c’étaient deux jeunes mariés de la veille. Les infortunés avaient célébré leurs noces au chef-lieu du canton, aux Cabannes ; ils devaient même y passer la nuit. Ils s’étaient déjà couchés lorsque le nouvel époux eut la fatale idée de rentrer à Verdun malgré la pluie ; il arriva avec sa femme vers deux heures et demie du matin ; moins d’une heure après, ils étaient morts. A quelques pas d’eux, on trouva la mère et la sœur, jeune fille de dix-huit ans arrivée de Marseille pour assister à la noce. 

Une scène non moins attendrissante eut lieu lors du passage du maréchal de Mac-Mahon. Une dame lui présenta un jeune garçon de seize ans, dernier survivant d’une famille de 8 personnes. Le moulin qu’ils habitaient s’était écroulé pendant leur sommeil, le lit où reposait le jeune homme, à côté d’un de ses frères plus jeune que lui, fut entraîné par le courant et flotta quelque temps à la surface des eaux. 



Cependant le bois de lit et la paillasse disparurent successivement, et le matelas vint se heurter à son tour contre une maison. Le choc sépara les deux frères, qui disparurent dans le tourbillon. Le jeune perdit la vie, mais l’aîné fut retrouvé dans la cour d’une ferme et put être sauvé, grâce à deux doigts de sa main, qu’on aperçut au-dessus du limon qui le recouvrait.

La Revue des Deux Mondes.
Novembre 1875
Adolphe d'Assier


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