jeudi 16 juin 2016

- La légende du château de la Tour-de-Loup.

Dans un ravissant cadre de verdure, sur une pittoresque colline, aux environs de Labastide-de-Sérou se trouvent les ruines du château de la Tour-de-Loup, qu'embellit une vieille légende de passion amoureuse. Les murs croulants de l’antique demeure seigneuriale captivent l'attention du touriste, quand on ressuscite à ses yeux le drame dont ils furent les témoins au quatorzième siècle.


En 1306, à l'instigation et sur les ordres de Philippe-le-Bel, Gaston 1, onzième comte de Foix, répudia sa femme Ferdinande, fille du prince de Négrepont, pour épouser Jeanne d'Artois, nièce du roi de France. Pendant que le prince des Pyrénées rentrait dans ses Etats avec sa nouvelle épouse, la délaissée se retirait dans le sombre manoir perdu au milieu des bois.

Ferdinande « riche d'intelligence et de beauté » d'après les vieilles chroniques, était grande, d'une taille élancée sans exagération, noble sans raideur. Elle avait les gestes et l'attitude d’une reine. La comtesse était blonde, mais d'un blond tempéré d'ombres légères, ne brillant avec éclat qu'au soleil. Son front était haut et pur. Ses yeux vifs et bleus se fendaient en amandes sous l'arc noir de longs cils recourbés. Sa bouche était mignonne et délicieusement dessinée ; ses dents particulièrement fines et régulières étaient d'une blancheur éclatante. D'une sensibilité exquise, elle avait profondément souffert de la brutale séparation déterminée par la raison d'Etat. Elle aimait toujours le comte de Foix. Elle promenait son chagrin, contenu par la noblesse de son âme, dans les sites sauvages, qui environnaient le manoir.


On monte au pied du coteau « La Fount de Madamo », but favori de ses promenades. Non loin de là, sur la rive gauche de l'Arize, des laboureurs ont découvert les restes d'une ancienne construction qui était « l'Ouratori de Madamo », où la princesse demandait à Dieu l'oubli de ses peines. Dans un hangar, adossé aux remparts de la Tour-de-Loup, on remarque encore la «  Peyro de Madamo », sur laquelle la châtelaine venait se reposer, appelant par la pensée celui qui seul pouvait la réconforter « de cœur, de corps et de vue ».

Son vœu fut un jour exaucé. Gaston ne tarda pas à regretter sa première femme et, une nuit, il vint la rejoindre au pied de la tour. Dans le cadre des amours retrouvées, Ferdinande, désormais heureuse, mit au monde un fils auquel elle donna le nom de « Loup ». Celui-ci, à la mort du Comte de Foix, revendiqua la succession de son père. Philippe-Le-Bel, monarque autoritaire, s’y opposa, mais en compensation il lui attribua quatre grandes baronnies, le nomma chanoine honoraire du Chapitre de Foix et lui concéda ainsi qu'à ses descendants le droit de « commander en souverain » dans la cité comtale pendant les semaines de Noël et de Pâques.


Au cours de ces périodes, le comte régnant quittait Foix pour y laisser son rival et, chose surprenante, cet arrangement ne produisit jamais aucun trouble dans le pays. Les Fuxéens, qui ont toujours eu «le sens du relatif et le goût de l'ironie », avaient apprécié la décision royale et célébraient par des fêtes et par des danses leur attachement profond à tous les membres de la grande Maison de Foix. 

L'ancienne bâtisse féodale, assise sur des rochers, a été décapitée pour être transformée en ferme. Le corps principal de la bâtisse, dont les murs ont une épaisseur moyenne de 1m 80 occupe un espace de onze mètres de large sur vingt-deux mètres de long. Quelques débris de muraille, des meurtrières, une fenêtre, les traces d'une haute cheminée, c'est tout ce qui demeure d'un passé brillant et malheureux. Mais ces lieux sont encore pleins de souvenirs douloureux, qu'une expiation cruelle et injuste a perpétués de génération en génération et que le temps n’a pu effacer.

Les vieilles pierres s’effritent tous les jours un peu plus, mais il restera de Ferdinande de Foix une gracieuse légende, une traînée de lumière, un sillage de beauté sur notre terre d’Ariège.



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