dimanche 5 juin 2016

Invasion Espagnoles en vallée d'Auzat en 1810.


Mairie d'Auzat.
Le 8 octobre 1810

L’an mil huit cent dix et le huit octobre, Vers l’heure d’une auprès midi, nous, Jacques Dandine, maire de la commune d’Auzat, et Jeanet….., notre adjoint, sur l’alarme qu’a produit tout à coup la nouvelle répandue que ce matin, à la naissance de l’aurore, on avait distingué des Espagnols passer en nombre conséquent en deçà de nos limites frontières ; convaincus que s’il en est ainsi, ces insurgés n’ont pu que former l’abominable projet de fondre inopinément sur ce sol, de l’isoler en répandent le sang de l’habitant et de le dévaster par les flammes, de tenir une semblable conduite dans les communes environnantes et de se répandre, ensuite successivement sur la partie restante du département pour y exercer les mêmes ravages et y commettre les mêmes horreurs ; 


  • En vue du salut public et pour obvier de tous nos moyens a ce genre de calamité, en prévenir les effets et les suites, nous avons à l'instant fait sonner le tocsin et battre la générale.

  • Nous n’avons pas borné là nos soins; nous avons parcouru, décorés de nos écharpes, la généralité de nos maisons placées dans les divers quartiers, avec cette rapidité que commande le danger, surtout lorsqu’il est présumé possible d’être encouru; nous avons enjoint à chaque domicilié capable d’un service actif, de prendre ses armes n’importe l’espèce et, sans délai, d’aller se réunir à ses concitoyens sur la place publique.

  • Rendus ultérieurement nous-mêmes sur la dite place, nous y vîmes avec quelque satisfaction, malgré notre sollicitude, la totalité de nos administrés valides, munis chacun d’une arme; nous en primes nous-mêmes chacun une et dans cet état, attendit que tous les moments étaient précieux, nous nous acheminâmes avec ordre vers l’ennemi, animés tous du désir de mesurer nos forces avec les siennes.


  • A une très petite distance nous fûmes joints par les habitants valides de Vicdessos et par la majeure partie de ceux de la commune de Saleich, portant chacun une arme et manifestant le même désir que nous.

  • Nous avions à peine marché deux heures, lorsque nous fûmes avertis que pousser plus loin serait peine inutile : que les insurgés Espagnols s’étaient transportés en force et en armes sur notre montagne de Soulcem, qu’ils y avaient recueilli tous les bestiaux qui y pacageaient  depuis le mois de juin dernier et les avaient amenés sur leur territoire, en observant, pour rendre la conduite moins lente et moins difficile de les diviser en cinq troupeaux, précédés chacun d’environ trois quarts d’heure de marche et ayant chacun une avant-garde et une arrière-garde : qu’ils avaient enlevé encore les armes à feu qui seraient à l’usage des gardiens, avec leurs chaudrons et autres ustensiles et que ces derniers, effrayés par le nombre, comme incapables d’opposer une résistance, avaient pris la fuite pour sauver leurs jours


  • Sur ce rapport, ayant considéré qu’il nous serait impossible de joindre ces expoliateurs, nous avons rétrogradé, nous réservant d’appeler dans la journée de demain tous les individus expropriés de leurs bestiaux, dans l'évènement survenu.

  • De quoi et de tout ce dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal pour justifier de notre conduite et pour valoir exprès  en outre, ainsi que de raison, et à qui il appartiendra et nous sommes signés.


DANDINE, maire ; JEANET, adjoint.

Communiqué par Mr Jean Augé d'Auzat  
Pour l'Ariège Pittoresque du 13 mars 1913     

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