samedi 16 juillet 2016

- Coutumes Chrétiennes en Ariège au début de XX siècle.

La Croix du 29 octobre 1913.


Voici quelques notes sur des habitudes chrétiennes en Ariège qu'il serait souverainement désirable de voir renouvelées là où elles sont tombées, et conservées jalousement partout ou elles subsistent encore.

a) Rameaux bénits dans les champs.
Dans quelques vallées, fort pittoresques d'ailleurs, de nos montagnes, subsistait il y a fort peu le temps l’usage de placer des rameaux bénits dans les champs. Bénit en grande solennité, le rameau de buis ou de laurier était enfoncé à une extrémité du champ pour préserver les récoltes de la grêle, de la pluie trop continue ou de la sécheresse prolongée.



b) Au même sentiment de conservation des récoltes, se rattache à l'habitude de terminer les meules de gerbes de blé ou de seigle par une croix en paille que l’on fixait dans le sol au devant des gerbes. N’y a-t-il pas là un rappel de la providence nous donnant les récoltes, ou peut-être l’occasion d'une réflexion religieuse pour les misérables qui, par vengeance, deviennent quelquefois les incendiaires nocturnes des gerbes du voisin ? La scène est facile à reconstituer. Le misérable approche dans un but criminel. Il aperçoit le signe de celui qui a pardonné à ses ennemis. Une lueur de remords et son âme, et il éteint la flamme qui allait ruiner toute une famille !

c) Sonnerie des cloche du « Sanctus» à l’Élévation. - A toutes les messes (semaine et dimanche), on tinte la cloche dans les églises de campagne. Cette sonnerie est connue sous le nom de « Miéjo mésso-moitie messe » et dure du Sanctus à l’Elévation.
Au moment précis de la Consécration, dans les champs, sur les routes, dans les maisons, le travail est interrompu pour donner à tous le temps de réciter une prière. Il n'est pas rare de voir des hommes un genou à terre, découverts, prier ainsi quelques instants. Symbolisme touchant : Jésus et le prêtre priant à cette heure pour tous les habitants de la paroisse, voient tous les chrétiens saluer la venue de Dieu dans l’église.



d) Promesses aux parents le jour de la communion solennelle.— Les enfants, entourés de leur père et de leur mère, vont en procession aux fonts baptismaux. Ils prononcent la formule connue : « Je renonce au démon », et ajoutent, mettant leur main dans les mains réunies de leur père et de leur mère : « Et à vous, mes parents, je promets affection, obéissance et respect. »
Qui peut dire quels souvenirs durables produira dans les coeurs des enfants cette promesse très émotionnante qui touche les pères de famille les plus endurcis et les moine mystiques !

e) Les costumes de deuil le jour du Vendredi-Saint. — Dans certaines paroisses de la montagne, les femmes, jeunes filles et enfants revêtent pour l'anniversaire de la mort de Jésus leurs habits de grand deuil et, viennent à l’église voilées tout comme pour les funérailles d'un membre important de la famille : père ou mère…

f) Dans les mêmes paroisses, au matin du Jour de l’An, bien avant la sonnerie de l’Angelus, vers 4 h. 1/2 du matin, la population se rassemble à l’église et à l'étranger étonné le plus petit enfant répondrait : « Nous venons souhaiter bonne année au bon Dieu et le prier pour toutes les personnes auxquelles tout à l’heure nous offrirons nos voeux. »

g) Les nouveaux mariés sur la tombe de leurs morts. — Terminons par cet usage touchant d’une paroisse de la montagne. Le jour du mariage, avant d’aller à l’église, chacun des futurs époux se met à genoux devant son père et sa mère : ceux-cl le bénissent avec un buis bénit et le père ajoute quelques paroles sur la fidélité aux traditions de la famille au milieu du plus grand respect et silence de l'assistance.
Après la cérémonie religieuse, le cortège, les deux jeunes époux en tête, va au cimetière. L’assistance les suit sur la tombe de tous leurs parents, et les morts des deux familles nouvellement unies ont leur part dans la commune prière. Symbole de la race qui se perpétue par successives familles, mais dans les mêmes idées traditionnelles.

Il est inutile de citer d'autres usages moins caractéristiques et communs  à bien d’autres régions. Ceux qui précèdent suffisent à montrer la grande place de l’idée dans les traditions d'une race qui habite une des plus belles parties de nos Pyrénées centrales, « l’Ariège ».

Abbé PIERRE RUFFIE,

missionnaire diocésain de Pamiers.

1 commentaire:

  1. l’abbé Ruffie c'est celui qui écrivait si mal dans les registres paroissiaux ...!!
    que j ai du mal à décrypter ..

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