samedi 25 juin 2016

-- 19 janvier 1840, graves émeutes à Foix.




Une lettre de Foix contient les détails suivants sur les troubles de cette ville :

Les bruits qui circulaient depuis quelques jours sur les désordres qui auraient éclaté à Foix n'étaient malheureusement que trop fondés. voici les détails que nous transmet notre correspondance particulière sur les causes de ces déplorables et sanglantes collisions :

Dans le double, but d'être utile au commerce et à l'armée , le conseil municipal de la ville de Foix avait autorisé le maire à faire l’acquisition d’un terrain assez vaste, situé entre la promenade publique appelée Villote et le lieu destiné aux exécutions de haute justice. Par cette acquisition , un champ de l'aire vaste était livré au commerce des bestiaux , et les troupes en garnison à Foix trouvaient en même temps un champ de manœuvre commode pour les évolutions militaires.


- Pour payer cette acquisition, le ministre de la guerre avait consenti, par décision du mois de novembre dernier, à se charger de la moitié de la dépense que l'établissement de ce champ de manœuvres occasionnait, laissant l'autre moitié à la charge de la ville, qui devait y établir ses foires.
Une ordonnance royale, approuvant ces dispositions a sanctionné également une, décision municipale qui, afin de couvrir les frais frappait un léger droit d'octroi sur le bétail qui entrerait au champ de foire. Un arrêté  du maire de Foix, portant règlement d'un tarif, avait été approuvé par le ministre du commerce, et la perception de ces droits tut affermée, dans les formes voulues par la loi, à dater du 1 janvier 1840.
- Ces droits devaient donc être perçus pour la première fois le jour de la foire, dite des Rois qui se tient ordinairement à Foix, le lundi 13 janvier.
- Les marchands de la ville, qui avaient connaissance des nouveaux règlements, payèrent sans difficulté les droits réclamés d'eux pour les bestiaux introduits au champ de foire; mais les marchands étrangers au département déclarèrent que cette perception était illégale et qu'ils ne s'y soumettraient pas.


-  En vain les gendarmes et les soldats de ligne qui se trouvaient sur les lieux pour maintenir l'ordre , essayèrent-ils de faire respecter les agents  chargés de la perception. Ceux-ci, et les soldats eux-mêmes , furent bientôt l'objet des injures et des voies de fait des marchands et des nombreux paysans qui s'étaient groupés autour d’eux.
- L’officier qui commandait le piquet de garde voyant sa troupe assaillie de pierres et menacée par une foule qui grossissait à chaque instant, et
dont l'exaspération menaçait de se porter aux plus grands excès, cru devoir faire retirer sa troupe à fin de ne pas exposer inutilement la vie de ses soldats. Cette retraite que rendait nécessaire la force des choses , fut un encouragement de plus donné à la sédition. Le champ de foire fut envahi, et bientôt plus de six mille individus, hommes et femmes, se trouvèrent réunis, faisant entendre des cris de menace et de vengeance.


Cependant l'alarme avait été bientôt donnée , les autorités n'avaient pas perdu un moment. M. Petit de Bantel, préfet de l’Ariège. M. Joffrès, maire de Foix , et M. Donat , procureur du Roi , se transportèrent immédiatement sur les lieux du désordre , suivis de la brigade de gendarmerie et d'un peloton de troupe de ligne.
- Vainement ces magistrats cherchèrent-ils , par leurs exhortations. à calmer l'irritation populaire; les séditieux ne répondirent que par une grêle de pierres. Plusieurs soldats furent atteints, M. Joffrès lui même fut blessé.
- Alors M. le préfet crut devoir faire les sommations légales, annonçant que si le rassemblement ne se dissipait pas, il allait être procédé par la  force des armes. Ces sommations ne firent qu’exciter encore davantage les perturbateurs, et au moment où la troisième sommation fut faite, M. le préfet reçut à la tête une pierre qui lui fit une grave blessure.
  • C'est alors que la troupe a fait feu, et quarante personnes ont été tuées ou blessées.
Le Constitutionnel, dimanche 19 janvier 1840.

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