mercredi 27 avril 2016

- Les armes de Foix, Écu et Devises.


— L’ÉCU

Ariégeois et étrangers ont pu voir chaque année l’Écu de Foix se dresser, brillant d’or avec trois raies rouges, au sommet du majestueux portique des féeriques salles de bal de Villote, lors de la renommée fête locale du 8 septembre.


Les trois raies rouges ou, pour parler le langage héraldique, les trois fasces ou pals de gueules, n'existaient pas primitivement sur le champ d’or du blason comtal ; voici, d’après un vieux livre, comment elles y furent ajoutées :
Il y a longtemps, très longtemps, quand les Sarrasins étaient les maîtres de I’Espagne, les Chrétiens se rendaient en masse de toutes parts pour essayer de chasser par delà les mers, d’où elle était venue, cette race maudite et dévastatrice.

Le roi de France d’alors (il n’y a pas son nom dans le vieux livre), dit au comte de Foix de venir avec lui pour se battre contre ces sectateurs de l’Islam. Aussitôt dit, aussitôt fait, et voici nos deux nobles sires frappant sans relâche, d’estoc et de taille, sur ces païens qui mettaient, au lieu de la Croix sainte, une queue de cheval sur leur bannière. De prime abord, tout alla pour le mieux. Mais, un jour, tant d’ennemis surgirent à la fois que le roi en fut entièrement cerné et vit le moment où il allait être écrasé avec tout ce qui lui restait d’hommes. Le comte s’en mêla à temps, et voici que le valeureux Fuxéen se jeta au milieu des ennemis comme un faucheur dans un champ de blé. 
Les Sarrasins tombaient anéantis, sans savoir d’où venait le coup qui les terrassait. Mais, plus on en tuait, plus il y en avait. Aussi, sur le soir, le comte, las à force de mater, fut, à son tour, frappé d’un coup de lance qui faillit lui mettre l’âme au repos. Entre temps, le roi avait pu réussir à se venger des païens ; et quand la lutte fut terminée, il fit chercher partout le brave qui l’avait sauvé. 
C’est seulement à la fin du jour qu’ou le trouva, ruisselant de sang, au milieu des cadavres des Sarrasins qu'il avait fauchés. Alors le roi vint au galop pour le voir, et il lui demanda ce qu’il désirait en récompense de son héroïque vaillance.



— « Pour quelques heures de vie qui me restent encore, répondit le comte, je n’ai besoin, noble sire, ni d’argent ni d’honneurs; je voudrais seulement que les miens puissent se souvenir que j’ai fait aujourd’hui tout mon devoir ! »
Alors le roi trempa sa main dans le sang du brave seigneur, et, de ses doigts ainsi empourprés, il traça sur sa bannière, toute dorée jusqu’alors, les trois raies rouges qui y sont demeurées depuis.

— LA DEVISE

Jadis, les seigneurs de Foix étaient toujours en mauvais termes avec ceux de I’Armagnac ( le pays de l’eau-de-vie, comme vous le savez), à cause de la terre de Bigorre que ces derniers auraient voulu voler aux nôtres.

Quand le grand Gaston Phébus fut comte à son tour, il continua contre le seigneur d’Armagnac qui vivait de son temps, les luttes que ses pères avaient menées contre les aïeux de son adversaire. Et comme notre Gaston était un rude et fier mâle, il surprit et empoigna toute une troupe d’ennemis au castel de Launac (Haute-Garenne). Là, pour faire bien voir à son rival comment il se moquait de lui, le comte de Foix força ce prisonnier de marque à sortir de la forteresse par une espère de trou barrier creusé à ras de terre et si étroit que le sire d’Armagnac dut drôlement se « gourdisser » pour pouvoir en sortir.


Pensez si l’Armagnac fut remué par cette aventure ! Sur ce, le comte de Foix partit pour l’Espagne. C’est alors qu’il fit graver sur la porte d’entrée de tous ses castels cette fameuse devise : « Toco y se gausos!  - Touches-y si tu oses ! » Une manière comme une autre de passer une plume sur les lèvres de « l’ome de l’aigorden », l’homme de l’eau de vie, qui se le tint pour dit et ne bougea plus. 

C’est depuis cette mémorable, époque que les autres comtes et plus tard la Cité de Foix ont chargé leur écu de l’énergique et immortelle devise de Gaston Phoebus.

Maurice de LANAC.
Foix - janvier 1914


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